La bioéthique en débat

8 octobre 2019 Par

Les contours du projet de loi de bioéthique se précisent avec l'avancée des travaux législatifs. Dans la rue, et dans les médias, les opposants et les partisans du texte font valoir leurs arguments.

PMA pour toutes: le temps des auditions a débuté

Durant quinze jours, les députés de la commission spéciale vont se mettre à l’écoute d’associations pro et anti PMA, de scientifiques, de juristes, sans oublier de religieux.

Soixante six députés, six rapporteurs, plusieurs dizaines d’auditions. Les auditions de la commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique ont débuté mardi 27 août. Durant deux semaines, ce sont des scientifiques, des associations, des juristes et des religieux qui vont faire part de leur avis concernant ce projet de loi, et notamment l’un de ses points principaux : l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes.
 

Les députés à l'écoute

Mardi, place aux associations. Les associations favorables à l’extension de la PMA débuteront la série d’auditions. Des associations issues du Collectif PMA, comme par exemple l’association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL). En fin d’après-midi, les associations opposées à la PMA pour toutes prendront la parole devant les députés de la commission. Parmi elles, La Manif Pour Tous, Alliance Vita et les Associations Familiales Catholiques (AFC). Chaque association bénéficie d’un temps de parole de dix minutes.

Mercredi 28 août, les députés laisseront la parole aux scientifiques. La commission spéciale aura l’occasion d’entendre l’avis de chercheurs d’université, spécialisés sur la famille et sur la santé. Le lendemain, jeudi 29 août, ce sera au tour des responsables religieux de prendre la parole devant les parlementaires. Mgr Pierre d’Ornellas, l’archevêque de Rennes, responsable du groupe bioéthique à la Conférence des Evêques de France s’y exprimera au nom de l’Eglise catholique, le pasteur François Clavairoly au nom de la Fédération protestante de France, Haïm Korsia au nom des juifs de France. Sans oublier un représentant du Conseil français du culte musulman (CFCM), la fédération de la Libre Pensée, ainsi que sept obédiences franc-maçonnes.

La semaine prochaine, des juristes prendront la parole devant les députés. Le défenseur des droits Jacques Toubon, devrait quant à lui intervenir le 4 septembre prochain. Enfin, les ministres responsables du projet de loi, à savoir Agnès Buzyn, ministre de la Santé, Nicole Belloubet, garde des Sceaux, et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, clôtureront cette série d’auditions, le 9 septembre prochain.
 

"Une logique de passage en force du gouvernement" pour Xavier Breton

Ces auditions pourraient faire évoluer le texte, estime Xavier Breton, député LR de l’Ain, président de la mission d’information sur le projet de loi et membre de la commission spéciale. "Tout le monde se crispe sur l’assistance médicale à la procréation, mais il y a bien d’autres sujets comme la recherche sur l’embryon, avec des risques de dérive qui sont importants. Ça c’est le travail d’associations qui nous éclairent, tout comme les acteurs de la recherche, les sociologues. C’est un enrichissement avant d’aborder la partie sur l’examen du texte" lance-t-il sur RCF.

"On a déjà eu des premiers travaux avec la mission d’information que j’avais présidé durant plus de quatre mois, le rapporteur en était Jean-Louis Touraine. On avait travaillé ensemble même si nos conclusions étaient différentes, on n’a jamais caché nos divergences. Mais ce travail était de faire le point sur la loi précédente, celle de 2011. Et voir les pistes qui s’offraient devant nous. L’élément nouveau, c’est qu’on ne travaille plus à la lumière de ce qui a été voté en 2011, mais par rapport au projet de loi que le gouvernement a préparé. L’avis des associations et des acteurs n’est plus seulement par rapport à leur souhait général, mais bien pour avoir leurs réactions par rapport au texte. On rentre progressivement sur le travail du texte" explique Xavier Breton.

Une batterie d’auditions qui a un but précis : éviter l’échec du mariage pour tous en 2012, où les opposants au texte avaient dénoncé un mutisme de la part des politiques, et recueillir tous les avis possibles sur l’extension de la PMA dans le cadre d’un débat apaisé. Le député reconnaît tout de même que le gouvernement est assez fermé sur ces questions, notamment en ce qui concerne la PMA. "Il suffit de voir les déclarations de la garde des Sceaux, qui dit qu’un enfant est né de deux mères. Ce qui est faux. Cela va devenir un mensonge d’État. On voit bien que là, on ne peut pas discuter avec le gouvernement qui entre dans une logique de passage en force. Pourtant il n’y a pas qu’une minorité, un lobby LGBT à l’œuvre dans notre société. Il y a aussi des familles qui souhaitent continuer à vivre leur vie de famille en se basant sur des piliers qui sont dans notre société, et qui permettent sa solidité depuis des siècles" conclut-il.

Passées ces auditions, le texte sera examiné à la commission le 10 septembre prochain. Pour cette étape, les amendements au texte doivent avoir été déposés impérativement avant le 5 septembre. Enfin, le projet de loi fera son entrée pour l’examen final dans l’hémicycle le 23 septembre. Le texte devrait être adopté au début du mois d’octobre par l’Assemblée, avant une première lecture au Sénat. Son adoption définitive est enfin prévue pour début 2020, au plus tard.
 

Xavier Breton, député LR de l’Ain, président de la mission d’information sur le projet de loi et membre de la commission spéciale au micro d'etienne pépin:

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Extension de la PMA: pour les AFC, une industrie de la procréation se met en place

Mercredi 28 août dernier, plusieurs associations dont les AFC étaient reçues à l’Assemblée nationale dans le cadre des auditions sur le projet de loi portant sur la bioéthique.

Dans le rang des associations opposées à l’extension de la PMA, l’un des sujets du projet de loi, mais qui mobilise quasiment à lui seul l’espace médiatique, étaient reçues La Manif Pour Tous, Alliance Vita, et les Associations Familiales Catholiques. Sa présidente, Pascale Morinière, est revenue sur cette audition et sur ce qui la dérange dans ce projet de loi, sur RCF.
 

"Un écosystème fragile n'est pas respecté : la famille"

"Nous relevons que dans le projet de loi tel qu’il est rédigé pour le moment, si on se donne la peine d’être plus attentif aux écosystèmes fragiles dans notre pays, il existe un écosystème fragile qui n’est pas respecté, c’est celui de la famille. Dans ce projet de loi, il y a la mainmise d’une génération sur la suivante" explique-t-elle. Dans un communiqué envoyé peu après l’audition, Pascale Morinière avait déjà dénoncé "les intentions caricaturales de parlementaires idéologues".

"Les adultes sont dans la toute-puissance d’un désir d’enfant, qui est une vraie souffrance. Mais cette souffrance n’autorise pas à faire n’importe quoi avec la génération suivante : on organise l’absence du père ratifiée par la loi, on organise une recherche sur l’embryon encore plus poussée, on accepte qu’il y ait toujours plus d’embryons surnuméraires, on accepterait de congeler les ovocytes des femmes pour que leur carrière ne soit pas gênée par la venue d’enfants etc" dénonce encore Pascale Morinière.
 

La PMA, le sujet le plus emblématique

Ce projet de loi contient de nombreux articles, mais c’est la PMA qui semble occuper le terrain médiatique. Pour Pascale Morinière, "c’est le sujet le plus emblématique. C’est un sujet de société. Chaque gouvernement a sa réforme sociétale : là c’est l’extension de la PMA pour tous. Mais de fait il y a aussi toute la question de la recherche sur l’embryon. Une industrie de la procréation est en train de se mettre en route, et l’AMP est la partie émergée".

Cette dernière confirme que le texte va évoluer. "Mais il y a une majorité à l’Assemblée qui ne nous est pas favorable, très loin de là, sur ces questions. Je ne suis optimiste mais je pense toujours qu’il faut agir comme si tout dépendait de nous, et prier comme si tout dépendait de nous. C’est aussi pour cela que nous appelons les citoyens à se mobiliser le 6 octobre prochain pour une manifestation à Paris" conclut-elle.
 

Pascale Morinière, présidente des Associations Familiales Catholiques au micro d'Etienne pépin: 

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Révision des lois de bioéthique: après les auditions, place aux amendements

3 questions à

Les auditions de la commission spéciale chargée de la révision des lois de bioéthique se sont achevées hier. De nombreuses personnalités ont défilé devant les 72 députés.

Des représentants des cultes, des juristes, des courants de pensée, du corps médical, scientifique se sont succédé durant deux semaines devant la commission spéciale chargée de la révision des lois de bioéthique. Des auditions qui se sont achevées jeudi 5 septembre dernier. Durant pas moins de 55 heures, ils ont pu s’exprimer sur le projet de loi présenté le 24 juillet en Conseil des ministres.

Retour sur cet épisode du marathon législatif avec Agnès Firmin Le Bodo, présidente de la commission chargée de la révision des lois de bioéthique à l’Assemblée nationale.

 

Bioéthique: plus de 2.000 amendements au projet de loi de révision

Le dossier du jour

​Après 15 jours d’auditions les 32 articles du projet de loi sur la bioéthique arrivent mardi 10 septembre à l’Assemblée. Avec au programme, plus de 2.000 amendements.

Le parcours législatif du projet de révision de la loi de bioéthique se poursuit. Après deux semaines d'auditions, le texte et ses 32 articles arrive mardi 10 septembre, dans l'après-midi, sur les bancs de l'hémicycle. Les représentants de la Nation vont devoir éplucher plus de 2.000 amendements.

Parmi eux, de nombreux concernent la filiation, suite à la volonté du gouvernement d'élargir la Procréation Médicalement Assistée (PMA) aux couples de femmes ainsi qu'aux femmes seules. Face aux nombreuses critiques, la ministre de la justice Nicole Belloubet a finalement fait de nouvelles propositions lundi soir. Qu'en est-il vraiment ? 

Bioéthique: "ma place n’est pas dans une manifestation" estime Mgr de Moulins-Beaufort

Bioéthique: "ma place n’est pas dans une manifestation" estime Mgr de Moulins-Beaufort

Crise interne, révision des lois de bioéthique. La rentrée est chargée pour l’Eglise catholique en France, et pour son nouveau président, Mgr Eric de Moulins-Beaufort.

L’Église catholique fait aussi sa rentrée. L’occasion pour RCF de recevoir Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Évêques de France (CEF), archevêque de Reims. Ce dernier est à la tête de l’Église de France après avoir été élu par ses pairs au printemps dernier, à Lourdes. Une élection qui s’est tenue alors que l’Église catholique traversait une crise importante avec la révélation de scandales pédophiles et d’abus sexuels sur des religieuses.
 

"Le Christ nous demande d'être des serviteurs, non des maîtres"

"Nous avons des choix à faire. Tout ce qui était caché a été révélé au grand jour. Personnellement, jusqu’en 2016, je n’ai aucune connaissance de tout cela. Maintenant, tout ceci est connu. Il faut continuer à le mettre à jour le plus possible. Pour ma part, je pense que c’est un moment de l’action de Dieu. Il veut purifier son Église, et il nous offre la chance de le faire. C’est rude, c’est décapant, mais nous avons besoin de le faire" ajoute l'archevêque de Reims.

Plus largement, Mgr Eric de Moulins-Beaufort estime que religieux et fidèles laïcs ont à travailler davantage ensemble. Quitte à mieux expliquer la nature du pouvoir spirituel. "On se rend compte que dès qu’un prêtre a un certain comportement, il va user de son pouvoir spirituel pour créer autour de lui un univers dans lequel il va pouvoir abuser. Il faut que nous regardions mieux ce qu’est ce pouvoir spirituel. Le Christ nous demande d’être des serviteurs, mais non des maîtres" analyse-t-il.
 

Bioéthique: "cela fait longtemps que nous réfléchissons sur ces sujets"

Dans un tel contexte, on ne peut s’empêcher de se poser la question suivante : comment l’Église peut-elle porter une parole crédible ? D’autant plus lorsqu’elle évoque le cas des enfants, avec la révision de la loi de bioéthique. Pour le nouveau président de la Conférence des Évêques de France, "il faut quand même le faire. Nous sommes sollicités. Nous répondons. Sur ces sujets, cela fait longtemps que nous réfléchissons. Au-delà de la loi, l’enjeu, c’est l’attitude profonde de nos concitoyens vis-à-vis de la technique médicale, de la justice, des enfants".

Sur la question de l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, sur l’élargissement de la recherche sur l’embryon, sur la congélation des ovocytes, l’Église oppose une fin de non-recevoir, au nom du respect de l’être humain. "Qu’est ce qu’un être humain ? Chaque fois que l’on révise ces lois, on rabote un peu les barrières que l’on avait mises sur l’expérimentation sur les embryons. On nous dit qu’on n’ira pas plus loin, et sept ans après on va plus loin. Sur l’extension de la PMA, c’est la remise en cause du fait qu’un être humain vient d’une lignée féminine, et d’une lignée masculine" lance Mgr Eric de Moulins-Beaufort.
 

"Je n'irai pas manifester le 6 octobre"

"Ce qui me rend triste, c’est qu’un système culturel fasse croire aux gens que la technique médicale et la technique juridique vont résoudre toutes les souffrances. C’est faux. On ne fera jamais que déplacer la souffrance. Le désir d’enfant n’est pas un absolu. L’absolu, c’est la vie éternelle. On ne fabrique pas d’enfants pour vivre. C’est une possibilité, une liberté. Une autre fécondité est possible. Les enfants ne sont pas portés par le désir des parents" rappelle le président de la CEF.

Et de conclure, face au calendrier législatif qui se profile, concernant la révision des lois de bioéthique : "je ne veux pas que sous prétexte d’un débat serein, il n’y ait pas de débat du tout. Il faut au contraire nourrir ce débat. Les catholiques sont des citoyens comme les autres. Ils peuvent ne pas être d’accord avec les moyens politiques. Cela n’empêche pas qu’il faut se respecter mutuellement. Je n’irai pas manifester le 6 octobre. Ma place n’est pas dans une manifestation. Mais à chacun d’employer les moyens politiques qu’il a envie d’employer".

Faire le pas de la bioéthique à l'écologie environnementale

La chronique Écologie

Devant la mobilisation contre la loi bioéthique se pose la question de la continuité de cet engagement vers la vie au sens plus large

Si j’osais, je dirais que le fait que tout soit lié ne doit pas nous amener à conclure qu’il suffit de faire les choses à moitié pour qu’elles soient faites entièrement. Le pape François dans Laudato Si’ nous rappelle que l’anthropologie adaptée au défi écologique reste à inventer, et n’hésite pas à rappeler que nous, chrétiens, avons été touchés par la dérive anthropocentriste qui nous fait négliger tout ce qui vit autour de nous. Il ne suffit pas de s’en tenir à la position traditionnelle de l’Eglise sur les sujets bioéthiques pour qu’en découle automatiquement dans nos cœurs le respect de la Terre vue par notre pape comme le pauvre parmi les pauvres. Autrement ce serait fait depuis longtemps et l’écologie serait née il y a un bon siècle en milieu chrétien, ce qui n’est clairement pas le cas. Nous avons encore un appel auquel répondre.

Délaisser la bioéthique pour l’écologie environnementale ?

Lors des états généraux du christianisme à Lyon, j’avais assisté à une quasi-empoignade entre plusieurs catholiques engagés dans divers domaines, chacun dans le sien, et revendiquant à coups de citations bibliques d’être le porteur de l’enjeu numéro un qui primait sur celui des autres. Rendons plutôt grâce à Dieu pour la diversité des engagements et des engagés, chacun se saisissant de ce qui le touche le plus. La mobilisation bioéthique montre un potentiel d’engagement. Mais si malgré ce potentiel un sujet aussi brûlant que la crise écologique reste largement délaissé, c’est qu’il y a un problème. C’est que le sujet ne fait pas partie des « bulletins de vote » où nous choisissons de nous engager. Pourtant, si nous avons reçu une encyclique, c’est que l’urgence écologique est très concrète et devrait toucher davantage de cœurs et d’actions.

On dit aussi qu’il est plus facile de se mobiliser contre un projet précis que pour des principes un peu vagues.

C’est certain. On réagit en présence d’un projet de loi, bien délimité, dont on peut saisir les enjeux. On peut dire à un gouvernement « il faut ceci, pas cela ». Quand on manifeste pour le climat ou la biodiversité, on est un peu comme une manif bioéthique qui aurait lieu au stade de développement d’une technique pernicieuse comme les chimères homme animal. Ce serait plus compliqué. Mais l’engagement écologique ne passe pas que par la grande manifestation. C’est l’action de type Eglise verte par exemple, mais aussi rejoindre les ONG laïques déjà engagées. Elles nous attendent. Nous y sommes encore très peu nombreux.

PMA, bioéthique, l'exception française

PMA, bioéthique, l'exception française

La manière dont une partie des Français se mobilise pour des enjeux concernant des sujets hautement complexes comme la famille, ou la procréation, étonne nos voisins européens.


Déjà pour le mariage pour tous, institué sans vraiment de réactions dans les autres pays européens, les débats et manifestations suscités par le projet dans l’hexagone avait surpris.

Et hier, ils étaient de nouveau relativement nombreux, près de 80.000, à manifester à Paris contre la réforme Bioéthique, et l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes. Les Français qui s’y opposent se savent minoritaires, mais c’est une minorité non négligeable. Là encore, c’est une exception française car il n’y avait absolument pas eu de débats aussi importants dans les onze pays européens qui ont déjà opté pour cette ouverture de la PMA (l’Irlande, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Danemark, l’Espagne, le Portugal, la Finlande, la Suède, la Croatie et le Royaume-Uni).

Alors, comment expliquer cette spécificité ? La France serait-elle plus chrétienne que ses voisins, sachant que la composante chrétienne dans la mobilisation est tout de même importante ? Non. On sait bien que, si l’on s’en tient à la pratique religieuse, c’est l’inverse, et que la France est le pays le plus sécularisé d’Europe.

Mais cela s’explique sans doute par quelque chose de spécifiquement français, un attachement à une vision de la société qui perdure, et qui a longtemps été porté aussi bien par les Républicains tenants de la laïcité que les catholiques, comme l’a bien analysé le sociologue Philippe Portier.

Il y a deux conceptions de la bioéthique en Europe. Celle, anglo-saxonne qui veut que la liberté soit totale tant qu’elle n’enfreint pas la liberté d’autrui. Et une conception proprement française, qui considère que la législation Bioéthique ne concerne pas seulement la liberté individuelle, mais le bien commun d’une société, et notamment la protection des plus faibles, (enfants), et la dignité humaine, (non-marchandisation du corps humain, don gratuit, refus d’expérimentation sur l’embryon). Ce que le Conseil d’État a appelé le « modèle français de bioéthique français » dans son arrêt de 2018 (repris en 2019) sur la réforme des lois de bioéthique. Un modèle français qui, dans le triptyque solidarité-liberté-dignité confère, dit-il, « une place de premier plan à la dignité de la personne humaine ».

C’est pourquoi les réticences en France restent nombreuses, dans tous les camps politiques, et ne viennent pas seulement, contrairement à ce que certains prétendent, de partisans d’une conception traditionnelle de la famille. Qu’il s’agisse de critiquer le désir absolu d’enfant, la volonté de tout maîtriser, y compris le patrimoine génétique, l’institutionnalisation d’une procréation sans altérité sexuelle, c’est bien une vision globale de la société qui est en cause.

On peut dire que cette conception est de plus en plus minoritaire, et battue en brèche par le grand vent de libéralisme qui secoue nos sociétés, et ne sera bientôt plus qu’un souvenir, même en France. On peut aussi espérer que, quoi qu’il en soit des prochaines réformes, ce « modèle français de Bioéthique », pour reprendre l’expression du Conseil d’État, restera assez fort pour obliger au moins nos représentants politiques à en débattre à chaque fois en profondeur, à penser aux conséquences, à avancer avec précaution. Et à se dire qu’il relève aussi de leur responsabilité de savoir, parfois, dire non à ce qui est techniquement possible.
 

Révision de la loi de bioéthique: un texte qui divise et qui interroge

Le dossier du jour

C’est la première grande réforme sociétale d’Emmanuel Macron. Le projet de loi bioéthique arrive aujourd’hui à l'Assemblée nationale.

Le projet de révision de la loi de bioéthique arrive mardi 24 septembre à l'Assemblée nationale, pour un examen global qui durera trois semaines. Mesure phare du texte :  l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Mais ce n’est pas le seul sujet et le projet de loi suscite inquiétudes et interrogations.

A en croire  Emmanuel Macron "c’est le texte de tous les dangers mais il a été très bien préparé". C’est ce que le président a assuré la semaine dernière aux parlementaires de la majorité. A droite, c’est l’inquiétude qui prévaut. Certains députés, comme Xavier Breton estime que des lignes rouges sont en train d’être franchies. Retour sur un projet de loi qui divise et interroge.
 

Loi de bioéthique: les évêques de France livrent leurs opinions

Lors d’une conférence diffusée en direct sur KTO, depuis le collège des Bernardins, les évêques de France présentent leurs positions quant à la révision de la loi de bioéthique.

Le projet de révision de la loi de bioéthique poursuit son parcours législatif. Il arrivera la semaine prochaine à l’Assemblée nationale pour un examen dans l’hémicycle. À cette occasion, et avant que le texte ne soit débattu en séance plénière, la Conférence des Evêques de France a choisi de livrer ses positions au cours d’une soirée organisée lundi 16 septembre, au Collège des Bernardins, à Paris.

Dès 18h30,et jusqu’à 20h15, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail sur la bioéthique, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF, et Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, présenteront les opinions de la conférence épiscopale française, sur les différents sujets présents dans le projet de loi : extension de la PMA, recherche sur l’embryon, intelligence artificielle etc.
 

Une conférence que vous pouvez suivre ici, grâce à nos confrères de KTO : 

 


À revoir sur le site www.ktotv.com 

Mardi 17 septembre, ne ratez pas la conférence organisée par RCF et le quotidien La Croix, qui se tiendra également au Collège des Bernardins, à Paris, dès 20h. Un événement public, que vous pourrez également suivre sur RCF et sur rcf.fr.

Bioéthique, écologie, il est encore temps d'agir

La chronique de l'OCH

Les députés étudient en commission le projet de loi bioéthique. Les champs ouverts sont vastes, au point que certains, favorables ou opposants, parlent de révolution ou de mutation…

« En 2078, à 75 ans, si j’ai des enfants, peut-être qu’ils me demanderont pourquoi vous n’avez rien fait ». C’est Greta Thunberg, qui tenait ces propos devant les chefs d’état de la COP 24. Cette jeune femme, autiste asperger, lance un cri d’alarme vibrant pour la planète, sacrifiée selon elle, pour que des riches puissent vivre dans le luxe, au prix de la souffrance des plus fragiles.

Greta s’est adressée ainsi avec la même force aux parlementaires français en juillet dernier : « Cela ne fait que commencer et cela va empirer » leur a-t-elle lancé en dénonçant leur refus d’agir.

Pure coïncidence, c’est au même moment que le gouvernement présentait son projet de loi bioéthique que ces mêmes députés s’apprêtent à voter. Et là aussi, on a envie de leur dire : « Cela ne fait que commencer et cela va empirer ». Car sans surprise, dans tous les domaines, les lignes rouges infranchissables d’hier deviennent les bonnes mesures d’aujourd’hui, bien encadrées bien sûr, pour éviter toute dérive…Sauf que chacun sait que le cadre dérive déjà vers les nouvelles lignes rouges qui tomberont la prochaine fois. « La GPA, jamais ! » entend-on, sauf qu’elle emboite déjà le pas à la PMA. Ca n’est qu’un exemple.

Un lien entre bioéthique et écologie

Hélas, en matière bioéthique, comme en matière climatique, nous allons là où nous ne voulons pas aller, et là aussi, nos enfants nous demanderont pourquoi nous n’avons rien fait. Et dans les deux cas, il est question de fragilité et de limite, celles de la planète d’un côté, celles de l’homme de l’autre. Le refus de la fragilité et de la limite de la personne humaine traverse presque tous les aspects du projet de loi bioéthique : diagnostics prénatal et préimplantatoire, sélection génétique embryonnaire, embryons transgéniques, tout cela pour un bébé conforme à nos attentes. Une pression que la PMA, pour toutes ou non, renforce : la science toute puissante doit me « livrer » un enfant sans défaut que je ne peux avoir par moi-même.

« On sort de la perspective de l’homme soigné pour entrer dans la logique transhumaniste de l’homme dépassé » déclare le Professeur Emmanuel Sapin, chirurgien et néonatologue, dans le Figaro.
 
En bioéthique, comme pour le climat,  ces changements sont portés par les besoins individualistes des plus riches, les nôtres, dans un marché mondialisé et dominé par la science. Dans les deux cas, les plus fragiles seront au mieux les oubliés, au pire les victimes, à moins d’agir tant qu’il est encore temps ! Et dans les deux cas, il est encore temps !

Mgr Pierre d’Ornellas: "avant que la technique existe, un enfant avait un père et une mère"

Le Grand Invité

L’examen du projet de révision de la loi de bioéthique débute mardi 24 septembre prochain, à l’Assemblée nationale.

De débat apaisé à débat aveuglé

Il y a une semaine, la Conférence des Évêques de France organisait au collège des Bernardins, à Paris, une conférence afin de présenter ses réflexions sur les différents sujets portés par le projet de révision de la loi de bioéthique. Il était alors possible de sentir une réelle inquiétude chez les représentants de l’épiscopat français.

"C’est un avenir qui est en jeu. C’est le passage d’un débat apaisé qui état désiré à un débat aveuglé. C’est un aveuglement vis-à-vis de la fascination de la technique qui rend possible beaucoup de choses et qui nous fait oublier les principes fondamentaux de dignité, de respect. Des droits fondamentaux. Il y a quatre jours, l’Académie nationale de médecine a rappelé qu’il était dangereux de légaliser la production d’un enfant sans père. Même le CCNE avait dit que le rôle du père était essentiel. Maintenant, dans un aveuglement sidérant, les députés estiment qu’il est tout à fait normal qu’un enfant n’ait pas le droit d’avoir un père" explique Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, et responsable du groupe de travail sur la bioéthique à la Conférence des Évêques de France, auteur de "Bioéthique : quelle société voulons-nous ?" (éd. Balland).

"La technique est devenue notre maître"

Pour l’archevêque de Rennes, les questions de bioéthique relèvent davantage du bon sens que de la technique. "Avant que la technique existe, on savait bien qu’un enfant avait un père et une mère. Maintenant que la technique existe, on pourrait penser que ce n’est plus évident. Cela veut dire que la technique est devenue notre maître. C’est elle qui dirige, et plus notre réflexion sur la dignité de la personne humaine qui implique la fraternité" ajoute-t-il.

Le responsable du groupe de travail sur la bioéthique à la Conférence des Évêques de France rappelle que différents sondages ont été réalisés, notamment sur la question de la procréation médicalement assistée, et de son élargissement aux couples de femmes et aux femmes seules. D’après ces sondages, plus de 80% des Français estiment important qu’un enfant ait un père. Par ailleurs, rappelant un sondage réalisé au moment des États Généraux de la Bioéthique, Mgr d’Ornellas précise que 90% des Français s’opposeraient à l’extension de la PMA. L’occasion pour lui d’illustrer l’aveuglement des députés sur la question.

PMA pour toutes: pour Ludovine de la Rochère, "on entre dans la marchandisation humaine"

PMA pour toutes: pour Ludovine de la Rochère, "on entre dans la marchandisation humaine"

A 3 jours d’une manifestation organisée par des associations et des mouvements opposés à la PMA pour toutes, Ludovine de la Rochère, présidente de la Manif pour Tous, est l’invitée de RCF.

"La République prive des enfants de père"

La Manif pour Tous appelle aujourd’hui à descendre dimanche 6 octobre prochain dans la rue, pour dire non à la PMA sans père. L’article 1er du projet de loi de bioéthique, qui ouvre la PMA à toutes les femmes, a été adopté vendredi dernier. Il ne s’agit que d’un vote portant sur une première lecture. Rien n’est joué pour la présidente de la Manif pour Tous, qui explique que le processus législatif va être très long, probablement jusqu’à l’été 2020.

Concernant l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, Ludovine de la Rochère estime que "la République, volontairement, prive des enfants de père. Ce qui est sans précédents et stupéfiant. Elle efface complètement les pères pour toute la vie des enfants concernés. Jusqu’à présent, on avait les pupilles de la Nation qui étaient protégés par l’État. Là, à l’inverse, on fait des orphelins de père. Ensuite, on détourne la médecine de sa finalité, qui n’est plus là pour soigner mais pour réaliser des désirs individuels, comme une prestation de service".
 

"On entre dans la marchandisation humaine"

Reconnaissant qu’un couple de femmes peut aimer et élever un enfant, Ludovine de la Rochère rappelle qu’un enfant a le droit d’avoir des parents, "un père et une mère, ceux qui lui ont donné la vie". "L’enfant a besoin d’amour, mais aussi de repères, de cohérence. Il a besoin de se retrouver avec un père et une mère. C’est la réalité de notre humanité. Ce projet de loi a une visée transhumaniste, destinée à casser notre condition humaine que nous n’acceptons plus, et à utiliser la médecine pour nous permettre de faire des choses qui ne sont pas possibles" précise-t-elle.

La présidente de la Manif pour Tous met sur le même plan la PMA pour les femmes célibataires, et pour les couples de femmes. "Dans tous les cas il y a une absence de père, le détournement de la médecine, l’invraisemblance, le fait qu’il va falloir beaucoup de gamètes que nous n’avons pas. Comme dans tous les pays qui ont étendu la PMA, nous allons rémunérer le donneur, ou à acheter aux pays qui rémunèrent les hommes. On entre dans la marchandisation humaine" lance Ludovine de la Rochère.
 

L'altérité sexuelle est fondamentale pour les enfants

"Un père est une altérité par rapport à la mère pour l’enfant. Une altérité sexuelle. Notre identité sexuelle est très importante. Un enfant a besoin d’une personne du même sexe au plus près de lui, et d’une personne de sexe différent.  L’éducation vise à conduire l’enfant vers l’autonomie, et le père a un rôle dans ce domaine là. Cette altérité sexuelle est fondamentale pour les enfants" précise la présidente de la Manif pour Tous.

Pour montrer leur opposition à ce projet de loi, la Manif pour Tous appelle donc à descendre dans la rue dimanche prochain. Certains doutent de la capacité de l’organisation à rassembler. Ludovine de la Rochère préfère ne pas s’avancer sur l’ampleur de la manifestation. "Je n’ai pas de boule de cristal. Certains en ont, ils ont de la chance. En tout cas il est certain que si nous laissons passer un projet de loi comme celui-ci, nous aurons inéluctablement la suite. J’entends parfois : à quoi bon ? Ce genre de choses n’arrive que si l’on renonce" conclut-elle.

PMA pour toutes: "nos enfants ne ressentent pas ce manque de père"

PMA pour toutes: "nos enfants ne ressentent pas ce manque de père"

Au lendemain d’une manifestation de grande ampleur qui a fait défiler les adversaires de la PMA pour toutes, Stéphanie Gallet reçoit une chrétienne, qui soutient ce projet de loi.

Près de 80.000 selon les chiffres officiels, plusieurs centaines de milliers selon les organisateurs. Les adversaires de l’extension de la PMA étaient nombreux à être descendus dans la rue à l’appel de La Manif pour Tous, dimanche 6 octobre dernier, à Paris. Une manifestation qui inaugure une semaine de clôture du projet de révision de la loi de bioéthique à l’Assemblée nationale.

 

"Pas un droit à l'enfant, mais un droit à fonder une famille"

A cette occasion, RCF donne la parole à Isabelle Vincent, membre de l’association David et Jonathan. Il s’agit d’une association homosexuelle chrétienne, ouverte à toutes les sensibilités, et qui ne s’oppose pas à l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Avec sa compagne, Isabelle est la maman de deux garçons nés par PMA, en Belgique.

Réagissant à la manifestation de dimanche, Isabelle Vincent exprime sa tristesse. "Entendre à nouveau tous ces slogans qui rappellent malgré tout les débats du mariage pour tous, on est face à des personnes qui ont de fortes certitudes et qui semblent nier la réalité de la société française, où il y a de nombreuses formes de familles différentes, où des enfants sont élevés, et pas seulement des couples de femmes" explique-t-elle avant d’ajouter avoir regardé les infos avec ses enfants dimanche soir. Ses enfants ont réagi avec colère face aux images de la manifestation.

Cette dernière précise que l’extension de la PMA fait consensus au sein de son association, David et Jonathan, ainsi que dans la communauté homosexuelle. "Le droit à la PMA s’inscrit pour nous dans des histoires de famille, dans des histoires de couple, des histoires de vie. Ce n’est pas un droit à l’enfant, mais d’un droit à fonder une famille, afin de permettre les conditions les meilleures pour accueillir avec amour des enfants" lance Isabelle Vincent.
 

"Nos enfants ne ressentent pas ce manque de père"

Elle rappelle le parcours du combattant qui a été le sien, à la naissance des enfants. C’est sa femme qui a porté les garçons. "Quand les enfants sont nés, je n’avais aucun droit. Nous avons dû faire une demande de délégation d’autorité parentale devant un tribunal. J’ai fini par l’obtenir. Ensuite nous avons eu le mariage. Mais ce n’était pas suffisant. J’ai dû adopter mes enfants. J’ai pu le faire en 2014" explique-t-elle.

Parmi les arguments des opposants à l’extension de la PMA, figure l’absence de père. L’Académie de médecine a d’ailleurs émis plusieurs avis dans lesquels elle critique le fait de vouloir faire naître volontairement des enfants privés de père. Elle évoque même une rupture anthropologique majeure. "Pour nous, le donneur n’est pas le père. Il y a une différence entre le don et la fonction paternelle. Nos enfants ne ressentent pas ce manque de père. L’altérité que l’on retrouve dans un couple homosexuel suffit. L’altérité masculin-féminin, nos enfants la retrouvent en permanence chez leurs amis, dans notre entourage" lance-t-elle.

L’autre argument phare des opposants à la PMA pour toutes, c’est la porte ouverte, au nom de l’égalité, vers la GPA. A ce sujet, Isabelle Vincent botte en touche. "Le gouvernement a été très clair là-dessus. Ce n’est pas à l’ordre du jour. Les lois de bioéthique sont là pour aider à réfléchir et à discerner sur ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Ces amalgames ne font pas avancer les choses. Il faut y réfléchir, mais actuellement c’est une fausse question. La GPA est avant tout une question pour les couples hétérosexuels" conclut-elle.

Blanche Streb (Alliance Vita): "nous continuerons à nous mobiliser"

​Présente à la manifestation de dimanche dernier, Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche d'Alliance Vita, exprime ses inquiétudes sur RCF.

"Un projet de loi qui avance à marche forcée"

"Ce qui se passe dans l’hémicycle nous inquiète. Depuis le début, c’est un projet de loi qui avance à marche forcée. Ils travaillent jour et nuit. Et il y a la question du temps de parole programmé, qui limite les interventions de l’opposition pour défendre ses amendements. On voit surtout que la majorité déborde le gouvernement, qui a mis en place une espèce de machinerie infernale, avec des députés qui viennent aggraver le texte avec des surenchères très outrancières" explique Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche d'Alliance Vita.

Au sein de la majorité, explique-t-elle, "des voix se sont levées. On sent qu’il y a quelque chose qui se craquèle au sein de la majorité, une parole qui se libère. On espère que la liberté de vote de chaque député sera vraiment assurée". On ne peut que repenser à l’éviction du parti d’Agnès Thiel, ancienne député LREM, pour avoir exprimé son opposition à l’extension de la PMA.
 

"Faire des bébés sous la couette, c'est bio et c'est gratuit"

Pour Blanche Streb, la technique et le marché viennent s’imposer dans une loi "qui vient prendre la main sur nos modes de pensée. Il y a la question du droit à l’enfant. Si on considère que le désir fait la loi, alors il n’y aura plus de limites. Et on voit déjà des demandes complémentaires comme la PMA post-mortem, ainsi qu’un glissement vers la GPA". Elle dénonce ainsi une fragilisation du principe de non-marchandisation du corps humain.

Dans une société qui fait l’apologie du bio, du naturel, Blanche Streb dénonce une forme de schizophrénie. "Faire des bébés sous la couette, c’est bio, c’est naturel, c’est gratuit. Et on va vers un système de procréation de plus en plus artificiel qui utilise la technique, la chimie, les labos, les techniciens, et qui nous revendent une capacité magnifique et naturelle de manière financière et technique. Dans un retour à la nature, il est très étonnant de considérer que c’est au corps des femmes de subir des choses lourdes, au lieu d’essayer de trouver des causes à l’infertilité" lance-t-elle.
 

"Il n'y a pas de consensus"

Néanmoins, sur certains points, Blanche Streb salue la victoire des opposants au projet de loi. Dernier exemple en date, le dépistage pré-implantatoire qui faisait partie du projet de loi, et qui a été abandonné. "Nous avons vraiment été entendus sur cette question. Nous l’avons abordée très régulièrement. Et nous avons vu des députés faire des témoignages extrêmement poignants sur leur histoire personnelle, parfois avec des enfants fragiles, porteurs de handicap" lance-t-elle.

Revenant sur la manifestation de dimanche, Blanche Streb qualifie ce mouvement de "grand succès. Il y avait une foule immense, déterminée. Mais nous ne manifestons pas que contre la PMA, mais contre l’ensemble des injustices et des graves transgressions qui sont présentes dans ce projet de loi. Nous attendons une réponse du gouvernement. Edouard Philippe avait déclaré en 2013 qu’il s’opposerait à la PMA pour les couples homosexuels, ainsi qu’à la GPA. Emmanuel Macron avait indiqué qu’il n’y aurait de loi qu’avec un consensus. Il n’y a pas de consensus dans notre société. Donc nous continuerons à nous mobiliser".

Blanche Streb, directrice de la formation et de la recherche d'Alliance Vita au micro d'Etienne pepin:

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PMA pour toutes: pour Martin Steffens, "on pense être libre mais on s’aliène à la technique"

PMA pour toutes: pour Martin Steffens, "on pense être libre mais on s’aliène à la technique"

Les députés terminent aujourd’hui l’examen du projet de loi bioéthique, en première lecture. Il reste encore un long chemin législatif à parcourir à ce texte.

Martin Steffens s’était engagé avec conviction contre le mariage pour tous, il y a six ans. "Quand je me suis engagé dans la Manif Pour Tous, c’était pour cette raison que l’on voit advenir sous nos yeux. À l’époque, on m’avait fait le récit d’un parcours de femmes qui avaient acheté du sperme à Namur et qui avaient hésité à prendre le moins cher, car il y avait une réduction sur le sperme des métisses. Et je me suis dit que ce que décrit Heidegger, la transformation de l’homme en matériau, est en train de se réaliser" explique le philosophe, auteur de  "Et si c’était la fin d’un monde..." (éd. Bayard) avec Loup Besmond de Senneville, pour justifier son engagement et sa réflexion.
 

"Un père réduit à l'état de matériel"

"On se retrouve avec des enfants nés d’un père réduit à un matériel. Dans quel récit allons-nous pouvoir les accueillir, nous qui somme la religion du Père. Le pire est déjà là, et j’admire les militants qui osent se prendre la caricature d’eux-mêmes. Quand on est chrétien, on a aussi une autre main, cette main qui console, et il va falloir être en forme car si on est le lieu où l’on accueille les pauvres, soyons vifs pour accueillir ces enfants" ajoute Martin Steffens.

Concernant l’extension de la PMA, l’Académie de médecine a évoque un basculement idéologique. "Le terme basculement est à double tranchant. Si on dit cela, c’est pour évoquer les constructivistes, ceux qui pensent que tout est construit. Penser qu’il puisse avoir un basculement anthropologique, c’est se dire en fait que l’homme, on en fait ce qu’on en veut, car rien ne résiste" analyse encore le philosophe au micro de RCF.
 

La technique qui prive l'homme de visage

Évoquant les partisans de la PMA pour toutes, Martin Steffens remarque une contradiction dans leur argumentaire. "On fait cela au nom du droit, on pense qu’avoir un maximum de droits c’est être de plus en plus libre, alors qu’en réalité on s’aliène de plus en plus à la technique, un dispositif sans visage qui fait de l’homme ce qu’il veut, jusqu’à le priver de visage" lance-t-il, évoquant les embryons chimère du projet de loi, des croisements entre l’homme et l’animal que l’on retrouve dans les peintures de Jérôme Bosch, qui décrivait… l’enfer.

Pour autant, Martin Steffens ne veut pas désespérer. "Tant qu’on désigne les choses comme nous faisant souffrir, c’est qu’on est encore en vie. Dans la souffrance que nous avons avec ce qui est en train de se passer, là est l’humain, nous continuons d’être" conclut le philosophe.

PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, pourquoi certains s'y opposent

PMA pour les couples de femmes et les femmes seules, pourquoi certains s'y opposent

Des associations opposées à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules appellent à manifester. À quoi s'opposent-elles précisément et pour quelles raisons?

INTERVENEZ EN DIRECT ! Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission au 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire@rcf.fr.

 

Le projet de loi de bioéthique arrive demain en discussion en séance à l’Assemblée nationale après l’avoir été en commission. 32 articles composent ce texte avec une mesure phare : l’extension de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples de femmes et aux femmes seules. Rassemblées en un collectif "Marchons enfants !", une vingtaine d'associations opposées à ce projet de loi appellent déjà à une grande manifestation le 6 octobre. Pourquoi s'y opposent-elles ? Quels sont leurs arguments ?
 

A-t-on eu de réels débats ?

À quoi ont servi les états généraux de la bioéthique entre janvier et avril 2019 ? Selon Loup Besmond de Senneville, "il y a une énorme maldonne sur ces états généraux" dont "l'objectif n'a jamais été clairement défini". Était-ce une façon de consulter les Français ? De déterminer une majorité ? Ou encore de faire montre de pédagogie pour les convaincre ? Ce flou permet aujourd'hui de dire aux défenseurs du projet d eloi que le débat au eu lieu mais aux opposants d'affirmer qu'il n'a pas eu lieu, "car les conclusions sont les mêmes que les prémices".
 

vers une société sans père ?

Ce projet de loi n'est autre pour Blanche Streb, qu'un "signal donné" énonçant que le père est "accessoire". "Un père c'est plus que des données médicales et plus qu'une identité qu'on aura à l'âge de 18 ans." 
Pour Christian Flavigny, "la loi qui viendrait décider de la possibilité de priver un enfant de son père crée un brouillage psychologique pour l'enfant". Ce qui serait ainsi effacée c'est la dimension symbolique non pas du masculin mais du paternel.
 

devenir mère par intention : Une façon de nier la maternité

Le projet de loi propose un nouveau mode de filiation pour les couples de femmes : elles feront devant notaire une déclaration avant la naissance de l'enfant attestant de leur volonté de s'engager dans un projet parental. Et c'est cette déclaration que les couples de femmes porteront à l'état civil au moment de la naissance de l'enfant.

"Jusqu'à aujourd'hui, ce qui faisait la mère c'était qu'elle accouchait, demain avec ce système uniquement réservé aux couples de femmes, ce qui va faire qu'elles sont mères toutes les deux c'est que toutes les deux ont eu la volonté, et en ont fait la déclaration, de s'engager dans un projet parental." Ce qui pour Blanche Streb revient à "nier ce qu'est la maternité" et "la grossesse".
 

vers une dérégulation de la technique

​"On ne réfléchit pas à toutes les conséquences" d'un tel projet de loi, selon Blanche Streb, pour qui on s'achemine "vers un emballement complet de la technique" et une soumission à la "loi du marché". En plus d'être une porte ouverte vers la légalisation de la GPA (gestation pour autrui), ce projet de loi serait un pas vers le diagnostic préimplantatoire.

Si le texte actuel ne mentionne pas le diagnostic préimplantatoire, "on va y revenir" selon Loup Besmond de Senneville, car certains "députés souhaitent élargir les tests pratiqués sur l'embryon en particulier sur la trisomie 21". Le diagnostic préimplantatoire consiste à autoriser les professionel de la reproduction de chercher des anomalies sur des embryons qui vont être implantés lors d'un processus de PMA. Ce qui ressemblerait fort à des pratiques eugénistes.
 

ON TOUCHE À DES ENJEUX ANTHROPOLOGIQUES FONDAMENTAUX

Le psychanalyste Christian Flavigny insiste sur la "crédibilité" de ce que l'on dit aux enfants. "On énonce des principes juridiques qui ne sont pas crédibles pour l'enfant." Selon lui, le point de vue de l'enfant est d'ailleurs  "complètement occulté". Ce qu'il dénonce dans son livre "Le débat confisqué" (éd. Salvator). "L'enfant a fondamentalement besoin d'être le fruit de la rencontre d'un homme et d'une femme parce que cette rencontre est celle de l'incomplétude, c'est-à-dire ce qui fait notre humanité."