A Lyon une association rassemble les victimes d’un prêtre accusé d’agressions sur mineurs

12 janvier 2016 Par

© Capture d'écran - L'association publie des témoignages de victimes du prêtre lyonnais sur son site internet

"La Parole Libérée" s'interroge sur les décisions prises à propos d'un prêtre dénoncé en 1991 pour pédophilie. Le diocèse de Lyon répond qu'aucune plainte n'était déposée depuis 1991.

Les faits remontent au moins à 1990, et sans doute même 10 ans plus tôt selon l'association "La parole libérée". Mardi 12 janvier 2016 à Lyon, elle présentait une série de témoignages de victimes présumées d'un prêtre du diocèse de Lyon, accusé d'agression sexuelle sur mineurs.

Si le prêtre en question - le Père Bernard Preynat - a bien été relevé de toute ses fonctions et interdit de contact avec les enfants à l'été 2015, l'association soulève de multiples questions liées au traitement de l'affaire par le diocèse. D'un premier courrier datant de 1991 et adressé au Cardinal Decourtray, jusqu'à des courriers électroniques échangés à partir de 2014, l'association démontre en publiant ces correspondances sur le site internet, que le diocèse était informé des faits. Et estime que les réponses apportées jusque là restent insuffisantes aux yeux des victimes. 

 

L'association veut recueillir d'autres témoignages

Aujourd'hui "La Parole libérée" indique qu'une dizaine de plaintes ont été déposées, et que 20 autres pourraient l'être ensuite. Les membres de l'association comptent recueillir d'autres témoignages d'abus, qu'ils fourniront aux enquêteurs. Ensuite, ce sera à la justice de faire son travail estiment-ils, car certains faits pourraient s'avérer prescrits. François Devaux, président de l’association et victime insiste, au-delà des actes commis par le prêtre, sur le silence du diocèse :

00:00

00:00

En octobre dernier, le diocèse de Lyon, a rendu public l'existence de plusieurs plaintes et les avait condamnées indiquant que ce prêtre avait été relevé de ses fonctions. Aujourd'hui l'association s'interroge sur les raisons du maintien en poste du Père Preynat de 1991 - date de révélation de la première agression sexuelle, jusqu'à juin 2015. Les explications de Régine Maire, déléguée par le diocèse pour l'écoute des victimes:

00:00

00:00


 

Le diocèse a publié dans la journée un nouveau communiqué indiquant: "Les questions que posent les victimes sont légitimes : il faut qu’elles sachent que l’Eglise a changé et qu’elle veut désormais être une « maison sûre »." Le diocèse apporte également des précisions sur l'affaire en cours: aucune plainte n'a été déposée contre ce prêtre pour des faits postérieurs à 1991. Et ajoute qu'un "procès canonique est envisagé à l'issue de la procédure civile selon les règles prévues par l'Eglise, de façon à ce que justice soit faite".

 

Lutter contre la pédophilie: Ce que dit l'église

Jusqu'en 2000 les affaires de pédophilie dans l'Eglise étaient traitées au cas par cas, avec une certaine tradition de silence et de non dits. En 2001, la condamnation par la justice de l'évêque de Bayeux-Lisieux, Mgr Pican, pour n'avoir pas dénoncé des actes pédophiles d'un prêtre de son diocèse et dont il avait connaissance, a non seulement secoué l'Eglise de France mais aussi provoqué une prise de conscience de la nécessité de règles claires.
En 2003 les évêques de France publient une brochure qui fait encore référence aujourd'hui "Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs".

Dans ce texte, l'Eglise de France indique qu'elle condamne les actes pédophiles. "Désormais aucun groupe, aucune institution, aucun mouvement, ne pourra ni ne voudra nier ou dissimuler les faits" écrivent les rédacteurs de la brochure. Sont ainsi abordées les obligations de dénonciation d'un crime pour celui qui en aurait connaissance, la question du secret professionnel auquel sont soumis les prêtres. Enfin, le texte donne des pistes de prévention.
captureeglyon.png
En mars 2015 le diocèse de Lyon a publié un document reprenant les grandes lignes de la brochure de la CEF.  Destiné à rassurer les familles comme à informer les personnes en contact avec les enfants, ce document intitulé "Lutter contre la pédophilie, repères et conseils" rappelle quelques règles simples: ne pas recevoir un enfant seul chez soi, rester en groupe pour accompagner les enfants, repérer et signaler les comportements à risque...

Dénonciation et prescription des faits: ce que dit la loi

En France le code pénal consacre une partie de ses articles aux infractions sexuelles commises sur des mineurs: viol, agression sexuelle, inceste ou encore harcelèment. La loi indique que toute personne ayant connaissance d'abus de nature sexuelle à l'égard d'un mineur doit le signaler. Le signalement devient même obligatoire lorsque la victime a moins de 15 ans. Le secret professionnel ne peut justifier le silence rappelle le législateur. La non-dénonciation constitue un délit, puni de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

Dans les affaires d'infractions de nature sexuelle, le délai de prescription des faits est allongé. En cas de viol, attouchement sexuel sur mineur de moins de 15 ans, ou commis par un ascendant, une personne ayant autorié ou plusieurs personnes, le dépôt de la plainte est possible jusqu'aux 38 ans de la victime. Dans les autres cas d'infractions sexuelles, le dépôt de plainte est possible jusqu'aux 28 ans de la victime. (source Ministère de la Justice)

Sur le même thème :