PMA pour toutes: les médecins sont divisés

21 septembre 2018 Par

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Le Conseil national de l'Ordre des médecins s'est déclaré favorable à l'extension de la PMA aux couples de femmes. Mais ce n'est pas l'avis de tous les praticiens.

Le Comité consultatif national d'éthique doit rendre son avis sur l'extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules le 25 septembre prochain. Mercredi 19 septembre dernier, le Conseil national de l'Ordre des médecins a déclaré à ce sujet qu'il ne serait pas opposé à une extension, tout en expliquant que sur cette "demande essentiellement sociétale", c'est à la société de trancher.

Les représentants du Conseil national de l'Ordre des médecins étaient auditionnés mercredi à l’Assemblée nationale dans le cadre des travaux de la révision de la loi de bioéthique. Pourtant, tous les praticiens ne souscrivent pas à l'avis donné par ce conseil au sujet de la PMA. C'est le cas du docteur Raphaël Nogier. Il est l’auteur d’un manifeste signé par 1.800 médecins sur le rôle de la médecine. Pour lui la procréation médicalement assistée n’est pas un soin.
 

"Le désir n'est pas une pathologie"

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"La position qu’a pris l’Ordre des médecins est contraire au serment d’Hipocrate. Elle va à l’encontre du but de la médecine. La médecine est faite pour soigner les malades, et là on ne va même pas soigner, on va satisfaire des désirs. Or le désir n’est pas une pathologie. On ne sait pas où ça s’arrêtera. […] On va satisfaire des femmes qui veulent des enfants et qui ne sont pas malades. Une femme qui a trente ans, qui peut avoir un enfant avec un système hormonal et un système génital correct n’a pas besoin de médecine. On n’est pas là pour prendre partie sur des faits sociétaux. Et puis on suit la nature. Deux femmes entre elles ne peuvent pas avoir d’enfant, une femme toute seule ne peut pas avoir d’enfant" explique le médecin.

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Ce dernier craint de violentes réactions contre les médecins qui refuseraient de pratiquer des PMA. "J’ai peur quand j’ai vu les réactions qui ont été observées après les déclarations du docteur Bertrand de Rochambaut [le gynécologue qui a déclaré à l’émission Quotidien qu’il refusait de pratiquer des IVG NDLR]. Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi il a dit ça, tout le monde lui est tombé dessus. Mais celui qui a fait médecine a fait médecine pour accompagner la vie, pas pour faire n’importe quoi et pour détruire la vie. Nous sommes là pour accompagner les malades, c’est notre seul but. Chaque fois que la médecine est sortie de ses rails dans l’histoire, elle s’est égarée et elle a servi des politiques totalitaires" ajoute le docteur Raphaël Nogier.
 

44% des médecins favorables à l'extension de la PMA

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Le praticien dénonce enfin un problème d'égalité. "Les lois internationales le disent. Il faut toujours prendre l’intérêt supérieur de l’enfant. Cela veut dire que dans une situation où l’enfant est impliqué, il faut toujours faire passer l’enfant avant. L’égalité pour l’enfant, c’est d’aider les enfants à avoir un père et mère. Et là on va être dans une situation d’injustice totale puisque l’on va fabriquer des enfants qui n’auront pas de père, ni de référent paternel. Une double peine. Et on appelle ça l’égalité. À partir du moment où l’on va créer des discussions sur des problèmes éthiques comme ceux-là, on va créer des divisions, des partitions et on va sans doute obtenir des manifestations de médecins qui vont ruer dans les brancards" conclut-il.

On l'aura compris, Les médecins sont assez divisés sur la PMA. Un sondage Exafield/Quotidien du médecin réalisé en mai dernier révélait que 44 % des médecins approuvent l’extension de la PMA aux couples de femmes, 45 % s’y opposant. Le président du Centre catholique des médecins français (CCMF), Bertrand Galichon déclarait au quotidien La Croix que les médecins ne sont "pas là pour répondre à n’importe quelle demande". Il dénonce les propos du conseil national de l’Ordre des médecins qui selon lui, mettent "clairement en danger la clause de conscience".
 

Pour l'Ordre des médecins : une demande sociétale, une réponse médicale

Malgré toutes ces réserves, d'autres médecins ont décidé de jouer de le jeu de la PMA. C'est le cas du docteur Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’Ordre des médecins. Pour ce médecin, la procréation médicalement assistée n’est pas contraire au code de déontologie médical. 

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"Cela fait des années que l’ordre des médecins se penche sur ces questions. L’Ordre estime que c’est une demande surtout sociétale, et que la réponse ne peut être que médicale. […] L’Ordre, en s’interrogeant, a choisi une méthode particulière. Est-ce-que, dans le code de déontologie médicale, il y a un article qui dise que c’est contraire à la déontologie ? Et bien non. Il n’y a qu’un seul article sur ce sujet-là, l’article 7 sur la non-discrimination, qui explique que le médecin doit soigner tous les patients avec le même souci, le même soin, en faisant fi de leurs convictions personnelles, religieuses, politiques, de leurs modes de vie etc. Il n’y a pas d’article de déontologie que l’on puisse opposer à ce projet" explique-t-il.

Il s’explique ensuite d’un point de vue éthique. "Les principes éthiques c’est l’autonomie, la bienfaisance, l’absence de malfaisance, l’équité et la justice. L’autonomie, c’est la volonté de la personne qui doit être respectée et celle du médecin qui doit pouvoir refuser quelque chose réclamé par un patient dans certaines circonstances qui sont définies. La bienfaisance : lorsqu’une femme décide d’avoir un enfant dans des conditions particulières, comme le médecin pourrait lui dire non ? L’Ordre des médecins ne peut pas s’arroger une présence moralisatrice. L’absence de malfaisance : je crois qu’autoriser la PMA pour toutes n’est pas malfaisant en soi. On a parlé des droits de l’enfant mais il n’appartient pas à l’Ordre des médecins de se prononcer dessus. Enfin, équité et justice : il est évident qu’une femme qui est à la frontière d’un pays qui pratique l’AMP n’aura qu’à passer la frontière et obtenir ce qu’elle cherche, alors qu’une femme qui habite dans le Massif central, avant de passer la frontière, elle aura des tas de frais, et peut-être renoncera-t-elle à son projet".