Sanction, réinsertion, prévention. A quoi sert (vraiment) la prison?

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Le Temps de le dire

mardi 21 juin 2016 à 9h03

Durée émission : 55 min

Le Temps de le dire

© P.RAZZO/CIRIC - Le 23 Janvier 2014: Maison d'Arrêt de Bois d'Arcy. (78) France.

A chaque époque il nous repenser le système carcéral et réévaluer sa nécessité. C'est le propos que défend Jean-Marie Delarue, invité de Stéphanie Gallet.

En 1975, 26.000 personnes étaient incarcérées ; en mars 2016, on en comptait 67.580 - et près de 10.000 placées sous bracelet électronique. "Des chiffres qui dépassent de très loin l'augmentation de la population française et l'augmentation de la délinquance", observe Jean-Marie Delarue. Si en France, les conditions d'incarcération se sont améliorées en 40 ans, la prison n'a cependant toujours pas fait la preuve de son efficacité. C'est le constat que dressent les auteurs de "Prisons, quel avenir?" qui propose des pistes de réflexion.

Certes il y a une provocation à réfléchir aux conditions d'incarcération aujourd'hui, alors que l'on vit sous l'état d'urgence et que l'on cherche à se protéger des terroristes. Le livre qu'a coordonné Jean Bérard pointe cependant du doigt des points intéressants et qui nous concernent tous. Parce que la Justice concerne tous les citoyens, la prison est un sujet dont tous devraient débattre.

Questionner le rapport à l'autorité. Jean-Marie Delarue, qui présente cet ouvrage, a été entre 2008 et 2014 le premier contrôleur général des lieux de privation de liberté. Pour lui, on écoute pas assez les personnes en prison, les détenus comme ceux qui y travaillent. Or, l'un des points que l'on devrait pouvoir aborder avec eux c'est la question de la discipline. Certes il y a là "tout l'héritage de notre prison depuis deux siècles". Mais il y a dans certaines prison des marques d'autorité incompatibles avec ce qui se fait aujourd'hui dans l'entreprise, juge le conseiller d'État qui nous interpelle ainsi: "L'évolution des esprits - y compris des délinquants - n'appelle-t-elle pas autre chose?"

Mieux évaluer sur la sanction pénale à appliquer. La prison sert à punir. Elle doit aussi servir à la réinsertion des détenus et à la prévention de la récidive. "Il faut se demander quelle est la forme de punition que l'on doit avoir", avance Jean-Marie Delarue. Pour lui, "la prison n'est pas indispensable pour tous ceux que l'on y met". Il cite notamment les "délinquants routiers". Ces personnes qui se retrouvent responsables de la mort de quelqu'un sur la route doivent-elles nécessairement aller en prison. Autrement posée, la question est: la prison va-t-elle leur apprendre à conduire?

Qu'est-ce que l'on veut cacher derrière ces murs? Pour l'ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté, le mur est éminemment symbolique. "Je crois que nous souhaitons mettre les gens en prison car ils sont une gêne pour la vie collective (...) mais avec l'espoir qu'ils ne ressortiront jamais." Or, comme il le rappelle, il faut toujours se souvenir que l'on sort un jour de prison. Et les gens ressortent-ils avec plus de sûreté pour notre propre vie?

Invités

  • Jean-Marie Delarue , conseiller d'État, ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté

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La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.