Il y a trente ans, on ne parlait pas encore d’occuper les places, mais un vent de liberté et de renouveau commençait à souffler sur la planète. Et en Chine, notamment. Trente ans auparavant, des étudiants chinois, réclamant plus de liberté, installent leur campement sur la place Tien An Men, à Pékin. Un sitting violemment réprimé par le pouvoir de l’époque. Au total, plus de 2.000 personnes seront massacrées.
De ce massacre, le monde ne retiendra qu’une image, celle d’un homme seul arrêtant une colonne de chars. Une photo mythique qui n’a pas été prise au début du massacre, mais au lendemain. "Beaucoup de gens se trompent sur la date de cette photo. Elle est prise le dimanche. Le massacre a eu lieu dans la nuit du vendredi au samedi. La place est totalement contrôlée par les militaires envoyés pour réprimer. On voit quelqu’un dont on ne sait pas le nom, qui se dresse face au char. Nous avons choisi ce cliché pour illustrer ce massacre" explique François Bougon, journaliste au Monde, spécialiste de la Chine, auteur de "La Chine sous contrôle" (éd. du Seuil).
Ce dernier revient sur la décision d’envoyer les chars pour stopper ces militants pacifiques qui dérangent. "C’est Xiaoping qui décide. Il estime que c’est un mouvement contre-révolutionnaire. La confrontation va avoir lieu. Il y a d’un côté les conservateurs qui vont obtenir l’écoute de Xiaoping. Il y a des divisions également chez les étudiants. Mais Xiaoping a estimé que seule l’armée pouvait sauver le parti" ajoute François Bougon, qui précise que beaucoup de cadres du parti craignaient un retour de la Révolution culturelle.
Trente ans après, le régime chinois justifie encore un tel massacre, estimant que les autorités de l’époque ont pris une décision correcte. "C’est un événement très important qui préfigure le régime chinois d’aujourd’hui, à savoir l’utilisation du libéralisme économique sans aucune libéralisation du régime politique" lance encore le journaliste, qui indique qu’il y a la volonté aujourd’hui pour le régime "d’imposer sa vision de l’histoire, de la politique, et de refuser complètement les valeurs universelles".
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