La Joconde, ce n’est pas seulement une œuvre d’art inestimable, c’est un mythe, que dis-je, une légende ! De quoi attiser la curiosité de centaines de milliers de visiteurs et aiguiser aussi l’appétit des collectionneurs. Pas étonnant qu’on ait envie voler la Joconde, ce qui a fini par arriver le 21 août 1911.
Emoi dans la galerie, mobilisation policière… Une enquête qui conduit, tenez-vous bien, jusqu’à Picasso et Apollinaire, ce dernier passant même quelques jours derrière les barreaux ! Et tout ceci est vrai.
Ce qui l’est moins, c’est la version rocambolesque racontée par Dan Franck. Au fil des pages, nous suivons les deux compères traversant Paris avec, dans leur valise, deux têtes sculptées du Ve siècle avant Jésus-Christ qu’un cambrioleur du Louvre leur avait confiées. Leur renommée n’est pas encore bien établie, et ils craignent, tous deux étrangers, d’être tout simplement expulsés.
Tout à fait, d’autant plus que l’auteur se joue des contraintes historiques. Par exemple, il nous explique que Le Douanier Rousseau était mort en 1910, mais, poursuit-il, « rien n’étant impossible à qui écrit une balade dans le Paris et les années d’alors, prolongeons sa vie et admettons que le bon Douanier vit encore ».
Tout ce petit monde effervescent du début du XXe siècle se connaît, et il ne reste plus au romancier qu’à imaginer les rencontres avec Matisse, Modigliani ou Alfred Jarry… Sans oublier ce duo désopilant qui se taquine à la moindre occasion : « les peintres voient plus loin, plus profond que les poètes, affirme Picasso. Ils comprennent immédiatement ce que votre pensée ânonne ».
Quelques citations d’Apollinaire jaillissent au détour d’une page – « Sous le pont Mirabeau coule la Seine/ et nos amours/ faut-il qu’il m’en souvienne… » C’est drôle, plein de rebondissements et bourré d’anecdotes : les experts feront la part du vrai et du faux.
C’est vrai, et en même temps, les livres de Dan Franck – à qui on doit « Les aventures de Boro », long feuilleton écrit avec son complice Jean Vautrin – sont toujours très documentés. Au travers cette comédie, c’est le Paris cosmopolite d’avant-guerre avec Picasso l’espagnol, Giacometti l’italien, Fujita le japonais, Blaise Cendrars le suisse, et encore Soutine, Chagall, Brancusi…
Une fraternité de potaches qui vivent de trois fois rien, insouciants, promis à une reconnaissance certaine mais trop souvent tardive… N’est-ce pas le destin des artistes, mais aussi leur audace, tel que le décrit bien plus tard Pierre Soulages : « l’artiste et l’artisan savent où ils vont, mais l’artiste ne connaît pas le chemin ». Dès lors tout peut arriver…
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