'Le principe de la centralité de la personne humaine (...) nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale.' Ces propos sont ceux du pape François, publiés le 15 août dernier en vue de la Journée mondiale du migrant et du réfugié du 14 janvier 2018. Des propos 'très forts' voire 'provocants' admet le Père Xavier Dijon. Juriste spécialiste de la bioéthique et les instruments juridiques de lutte contre la pauvreté a publié 'Les Réfugiés' (éd. Fidélité).
Le message du pape, intitulé 'Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés', a donc suscité de vives réactions, y compris au sein de l'Église où la question des migrants est clivante. Selon une étude publiée l'an dernier pour le magazine Pèlerin, 37% des catholiques de France considèrent que les migrants représentent une potentielle menace pour l'Europe. Et les propos du chef de l'Église catholique à ce sujet ont tendance à ternir l'image du pape François chez certains fidèles.
Il est vrai que l'Europe doit faire face à un afflux important de personnes en grande précarité. Quand il parle de 'faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale', le souverain pontife pointe du doigt nos politiques européennes qui préciséément invoquent la sécurité du pays ou du continent européen.
'La recrudescence des attentats n'est pas faite pour calmer les appréhensions', observe le P. Dijon. Mais pour le juriste, ce qui justifie ces propos c'est 'la personne humaine'. Ainsi lorsque la vie d'un être humain est en jeu, y a-t-il 'une nécessité morale' de l'accueillir. Une position qui va dans le sens de la convention de Genève.
En 1945, la charte de San Francisco crée l'ONU, dont la mission est de garantir la Déclaration universelle des droits de l'homme énoncée le 10 décembre 1948. Pour 'donner effectivité' à cette déclaration, au sein de l'ONU se propose la convention de Genève. 'Lorsqu'une personne partout dans le monde craint pour sa vie et son intégrité physique du fait de sa race, son sexe, son orientation politique... et ne peut réclamer de son propre État la protection de ses droits, il demande le droit d'asile, explique le Père Dijon, les signataires de cette convention s'engagent à ne pas refouler cette personne qui vient trouver refuge.'
Seulement voilà, parmi les personnes qui fuient leur pays, certains sont des migrants dits économiques. Ils espèrent trouver de meilleures conditions de vie. Peut-on les mettre sur le même plan que les demandeurs du droit d'asile ? Une question éminemment difficile et complexe. Dans la convention de Genève, précise le Père Dijon, on lit 'un élément d'intention dans la persécution, une malveillance'. Reste à savoir si les conditions de vie misérables dans laquelle vivent certaines personnes peuvent procéder d'une intention étatique...
De même qu'il existe un droit de migration, un certains nombre d'observateurs jugent qu'il devrait exister 'un droit à ne pas migrer'. C'est-à-dire à 'trouver dans son propre pays les conditions de vie suffisantes pour rester sur place'. Puisque la migration est 'un arrachement, un déracinement', il faut que la personne puisse exiger de son gouvernement 'la garantie de ses droits civils et politiques'.
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