Le Musée des Beaux-Arts de Lyon réunit dans sa nouvelle exposition temporaire trois versions du Saint François d'Assise peint par Francisco de Zurbarán (1598-1664) qui ne s’étaient jamais retrouvées à nouveau ensemble depuis leur sortie d’atelier au XVIe siècle.
À travers tout un parcours d’œuvres du XVIe siècle jusqu'à aujourd'hui, l’exposition Zurbarán, Réinventer un chef-d’œuvre propose de plonger dans l’univers à la fois majestueux et hypnotique d’un des plus grands peintres du Siècle d’Or espagnol. À voir jusqu'au 9 mars 2025.
Ce sont trois grandes toiles de deux mètres de hauteur, sur lesquelles est à chaque fois représenté le même personnage : saint François d’Assise (1182-1226), le célèbre fondateur des franciscains. Fils de riche marchand italien, il connut un retournement spirituel qui l’entraina à la suite de Jésus-Christ dans une vie de total dépouillement matériel.
Tous trois signés du peintre espagnol Francisco de Zurbarán, ces tableaux représentent le corps intact du saint, tel qu’il apparut au pape Nicolas V dans l’église inférieure d’Assise, deux siècles après sa mort. Ces trois tableaux ont été réalisés pour trois commanditaires différents et ont donc été rapidement séparés. Aujourd'hui, ils sont respectivement conservés au musée des Beaux-Arts de Lyon, au Museu Nacional d’Art de Catalunya (MNAC) à Barcelone et au Museum of Fine Arts de Boston aux Etats-Unis.
L’exposition du musée des Beaux-Arts de Lyon propose d’abord un tour d’horizon de l’iconographie du poverello d’Assise avec d’autres représentations du saint par les grands artistes des XVIe et XVIIe siècles – Rubens, Georges de la Tour, El Greco - avant de nous plonger dans la production de Zurbarán lui-même.
Au cœur de l’exposition, une salle met face à face ces toiles et leur pendant de bois réalisés par Pedro de Mena, rare occasion en France d’admirer cet art si particulier de la sculpture polychrome (peinte) du baroque espagnol. La répétition obsédante de ce corps monumental, drapé dans une semi-obscurité de brun et de gris, est une des réussites esthétiques de la muséographie de l’exposition.
« Cette peinture dérivait évidemment de l’âpre et de la terrible mystique de saint Jean de la Croix : c’était de l’art de tortionnaire, le delirium tremens de l’ivresse divine ici bas ; oui, mais quel accent d’adoration, quel cri d’amour, étouffé par l’angoisse, jaillissaient de cette toile ! » Huysmans, 1898, cité dans l’exposition.
Le clair-obscur qui caractérise les Saint François de Zurbarán nous enveloppe comme si nous étions nous-mêmes présents en 1449 dans cette crypte, dans un face-à-face poignant avec le corps du saint. De sa bure rapiécée ne sortent que des mains émaciées et un visage tourné vers l’au-delà, silhouette imposante et sculpturale au premier regard qu’anime seulement quelques discrètes touches plus rosées.
Le corps de l’ermite extatique, buriné par les austérités, devenu comme un bois sec dans la mort, reprend vie dans la proximité. Sa bouche entrouverte encore habitée d’un souffle, son regard toujours lumineux nous communiquent son espérance tendue comme une flèche dans les derniers instants qui le séparent de Celui qu’il aura cherché toute sa vie.
La seconde partie de l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Lyon nous propose ensuite de découvrir l’impact que ces œuvres produisirent tant au XVIIe qu’au XXe siècles. Redécouverte au lendemain de la Révolution, la toile lyonnaise de Zurbarán connut une grande renommée au milieu du XIXe siècle, lorsque le Siècle d’or espagnol se fit connaître en France.
Inspirant des artistes reconnus comme le peintre lyonnais Fleury Richard, diffusé par la gravure puis la photographie, le Saint François devient l’œuvre emblématique de Zurbarán jusqu’à nos jours. L’exposition se termine sur ses échos dans l’art contemporain, jusque dans la mode, en particulier une frappante Exécution d’un paysan espagnol de Xavier Bueno (1937), où la silhouette du poverello rend sa dignité à la souffrance du pauvre anonyme des conflits modernes.
Info pratiques :
Zurbarán, Réinventer un chef-d’œuvre
Exposition au Musée des Beaux-Arts de Lyon, du 5 décembre 2024 au 2 mars 2025.
Ouverture du mercredi au lundi de 10h à 18h, le vendredi de 10h30 à 18h00.
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