Réfléchir sur le racisme pour mieux le combattre

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Le Temps de le dire

jeudi 11 janvier à 9h03

Durée émission : 55 min

Réfléchir sur le racisme pour mieux le combattre

© Cyril BADET/CIRIC - 06 décembre 2013, dépôt de gerbe devant l'ambassade d'Afrique du Sud à l'appel de SOS Racisme après l'annonce du décès de Nelson Mandela (Paris)

Quelle société voulons-nous ? Alors que notre civilisation se prétend civilisée pas un jour ne se passe sans qu'un fait d'actualité nous rappelle que le racisme n'a pas disparu.

Pas un jour ne passe sans qu’un nouveau fait d’actualité nous rappelle que le racisme n’a pas disparu. Que ce soit au détour d’une comptine tendancieuse dans un manuel scolaire, au cœur d’un match de football durant lequel les insultes de supporters à l’endroit de certains joueurs pleuvent, sans parler d’une enseigne de prêt-à-porter qui a récemment fait polémique dans une publicité... En octobre 2017 a été publié l'ouvrage collectif "Antiracistes" (éd. Robert Laffont), qui dresse un état des lieux pour comprendre et analyser le racisme, ses origines et ses manifestations.
 

Depuis la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, "le racisme a changé" : on est passé d'un racisme "biologique" à un racisme "culturel" où la différence s'établit sur les idées et les coutumes

 

"Antiraciste", un Mooc puis un livre

"L'antiracisme", énième serpent de mer politiquement correct que certains polémistes aiment à railler ? Ne serait-ce pas plutôt une attitude de fond qu’il faut cultiver si nous nous voulons encore demain vivre dans des sociétés réellement démocratiques et plurielles ? Le racisme, dans nos sociétés du XXIè siècle, pourtant prétendument civilisées, semble être une de ses réalités latentes, toujours prête à émerger et à s’étendre si nous nous n’y prenons pas garde. Mais pour cela, le bon sentiment ne suffit pas. II est nécessaire du prendre du recul pour analyser patiemment et le plus intelligemment possibles les ressorts du racisme afin de mieux le combattre.

À l'origine de la publication de l'ouvrage "Antiracistes", le Mooc (ou massive open online course, c'est-à-dire un cours en ligne) intitulé Le racisme et l'antisémitisme demandé à Michel Wieviorka par le ministère de l'Éducation nationale pour former les référents "racisme et antisémitisme" des établissements de l'enseignement supérieur. Un cours gratuit et accessible à tous qui rassemble les enseignements de Michel Wieviorka mais aussi d'une vingtaine de spécialistes, d'Etienne Balibar à Nonna Mayer, d'Edgar Morin à Lilian Thuram.
 

 

du racisme biologique...

Le racisme, un phénomène pluriel et protéiforme auquel on peut donner plusieurs définitions. Le mot vient du terme "race" et que par conséquent "beaucoup pensent que c'est la vieille croyance qu'il y a une inégalité, une hiérarchie des races humaines", comme le précise Nonna Mayer. En référence aux idéologies nazies, notamment. "Aujourd'hui, 8% des personnes interrogées en Fance pensent qu'il y a une hiérarchie des races."

Cette façon de définir le racisme selon une association étroite avec la génétique est quelque chose de relativement récent, rappelle Etienne Balibar. Cela date de l'année 1978 au cours de laquelle l'UNESCO a publié deux déclarations sur les races et le racisme.
 


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... Au racisme culturel

Depuis la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, "le racisme a changé", observe Nonna Mayer. Il a pris d'autres formes, car "les barrières ne sont plus celles de la race mais l'idée que les gens sont différents". On est passé selon la sociologue d'un racisme "biologique" à un racisme "culturel" où la différence s'établit sur les idées et les coutumes. "Plus simplement, le racisme, c'est un pré-jugé : on ne voit plus la personne mais on voit un groupe" auquel elle appartient et à propos duquel on a des clichés. Ce que, en somme, Claude Lévi-Strauss a nommé ethnocentrisme : ce qui fait qu'il y a "nous" et "eux".

Reste un élément "très fort" dans le racisme, "fondamental" même, selon Etienne Balibar et que celui-ci appelle "le schème généalogique". "Même dans le cas où on ne parle de plus de biologie", persiste l'idée que d'être né "dans une certaine culture et dans une certaine condition, ça se transmet intdéfiniment". D'où, selon le philosophe, cette façon de continuer à nommer "immigrés" des personnes qui sont Françaises depuis plusieurs générations.
 

Invités

  • Michel Wieviorka , sociologue, spécialiste des questions traitant du racisme, de la violence ou de l'antisémitisme, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), président de la Fondation maison des sciences de l'homme

  • Nonna Mayer , sociologue, directrice de recherches émérite au CNRS, rattachée au Centre d’études européennes de Sciences Po, ancienne présidente de l’Association française de science politique

  • Etienne Balibar , philosophe, spécialiste d'épistémologie, de philosophie politique et d'anthropologie philosophique, professeur émérite de philosophie politique et morale à l'université Paris-X Nanterre, professeur affilié au département d'anthropologie à l'université de Californie (Irvine), visiting professor à l'Institut de littérature et société comparée de l'université Columbia

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L'émission

Tous les jours du lundi au vendredi, à partir du lundi 4 septembre 2017

La grande émission interactive pour aborder tous les sujets de société, qui font l'actualité. Antoine Bellier reçoit ses invités pour réfléchir, approfondir, apprendre et donner du sens à tous les sujets du moment. Posez vos questions ou témoignez en direct pendant l’émission 04 72 38 20 23 ou par mail à l'adresse letempsdeledire[arobase]rcf.fr.

Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par Le Mans et La Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.