Allez voir : "Sing me a song"

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Les enjeux du numérique

lundi 21 septembre à 7h20

Durée émission : 3 min

Allez voir : "Sing me a song"

© DR

« Sing me a song », le dernier documentaire de Thomas Balmès décrit la manière dont les nouvelles technologies viennent bouleverser les habitudes d'un monastère bouddhiste du Bhoutan.

« Sing me a song », le dernier film - documentaire de Thomas Balmès a notamment été primé à Sundance en 2014 pour son film Happiness. « Sing me a song », sort ce mercredi en salles et l'association dans laquelle je suis engagé, Lève les yeux, a noué un partenariat avec la société de diffusion, si bien que nous participons à des débats après des projections, un peu partout en France. Ce film transmet notre message, mais de la meilleure des manières, c'est à dire avec poésie.

Nous sommes avec Peyangki, jeune moine bouddhiste dans les hauteurs du Bhoutan. La mélodie des cloches, le scintillement du soleil d'Himalaya sur les dorures du Monastère... On est bouleversé par tant de beauté, puis très vite... une autre émotion s'invite en nous, une gêne un peu obscure, quand un intrus, en apparence anodin, fait son apparition. Cet intrus, c'est le smartphone. Il est connecté à internet, et il vient planter le drapeau de la modernité numérique tout en haut du petit paradis perché, du pays du Bonheur intérieur brut... Je ne veux pas spoiler évidemment et j'invite nos auditeurs à aller voir ce superbe film mais, on l'aura compris : le chemin vers l'Eveil est quelque peu obstrué...

Et ce film a aussi une résonance particulière pour moi qui ai vécu en Birmanie quand internet et les smartphones sont arrivés.  C'est à vrai dire la même émotion qui m'a poussé à vouloir fonder Lève les yeux de retour en France, avec mon ami d'enfance Florent Souillot. Cette même gêne, ce malaise que l'on ressent quand autour de nous les têtes sont baissées et les âmes semblent s'éteindre dans la lumière bleue des écrans. Arrivé début 2014 à Rangoun, je m'étais fait une bande d'amis dans le quartier où je vivais. On jouait de la guitare sur les petites chaises des teashops. L'attention aux autres, dans cette région du monde, est extraordinaire, chaque personne croisée vous regarde dans les yeux et vous sourit. Puis, exactement de la même manière que pour les jeunes moines du monastère au Bhoutan, les smartphones sont venus « voler » l'attention de tout un peuple... et donc bien sur celle de mes amis, qui ne jouaient plus de guitare et ne me regardaient plus. L'aliénation a été fulgurante.

On pourrait me rétorquer que la modernité numérique fait partie du « progrès », qu'elle est souhaitée par ces populations... Ce sont en réalité des questions très compliquées et je renvoie à l'ouvrage décisif de Serge Latouche, « L'occidentalisation du monde », qui répondra bien mieux que moi. Ce qui reste incontestable, c'est la nature de mon ressenti, et donc celle que vous aurez sans doute quand vous visionnerez « Sing me a song ». L'arrivée de la société de consommation et de la technologie numérique, partout assèche les âmes, et amène tout sauf le bonheur. On ressort avec une forme de tristesse, mais qui ne doit pas nous abattre et bien au contraire nous mobiliser, ici et maintenant. En se demandant par exemple : a-t-on vraiment besoin de la 5G, dont 2 français sur 3 disent qu'ils n'en veulent pas, et qui s'annonce comme une catastrophe écologique et sanitaire de plus... 

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