Brésil: "Bolsonaro a eu du mal à définir une ligne très claire" explique Jean-Jacques Kourliansky

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vendredi 14 juin à 6h41

Durée émission : 4 min

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© EVARISTO SA AFP

Après cinq mois au pouvoir, le président brésilien, Bolsonaro, et son gouvernement, font face à un vent de contestation venu de la gauche et de la société civile.

Elles ont appelé vendredi à une grève générale et à des manifestations aux multiples revendications.
 

Cela fait cinq mois maintenant que le président Bolsonaro est au pouvoir. Est-ce qu’il engage les mesures pour lesquelles il a été élu ?

"Le principal constat que l’on peut faire est celui d’une grande confusion. Il a été élu porté par un certain nombre de groupes qui avaient tous un point commun : ne pas vouloir le retour du parti des travailleurs au pouvoir. Mais il n’avait pas pour autant une plateforme de gouvernement très claire, commune et discutée. On a constaté qu’il y avait une répartition entre des groupes idéologiques d’extrême droite, le secteur des agro-exportateurs, des militaires et le soutien de groupes protestants qui mettaient en avant des projets sociétaux. Au milieu de tout cela, Bolsonaro a eu du mal à définir une ligne très claire. Aujourd’hui on assiste à une autre phase plus cohérente, la réforme du système de retraite et de protection sociale, une diminution du budget dans les Universités. Tout cela dans un contexte rendu difficile par les révélations assez compromettantes sur l’indépendance de la justice au Brésil" explique Jean-Jacques Kourliansky, chercheur à l’Iris sur les questions d’Amérique latine.
 

Vendredi, tout ce qui compte d’opposition au président Bolsonaro est descendu dans la rue. Que leur reproche-t-il, que demandent-ils ?

"En ce qui concerne les étudiants, c’est le maintien de ce qui avait été accordé à l’époque de Dilma Rousseff et de Lula da Silva à la formation sans réduction de crédit. Les petits agriculteurs revendiquent une défense de l’agriculture familiale, et il y aura aussi les défenseurs de l’information, de la démocratie, ceux qui réclament une justice indépendante. On trouve par ailleurs les partis de gauche. Le contexte économique n’est pas très bon puisque le Brésil est entré en récession. Là ce sont les syndicats qui vont être actifs, et les associations de droits de l’homme sur le port d’arme élargi par Bolsonaro" ajoute-t-il.
 

Est-ce que toute cette opposition peut faire vaciller le pouvoir ?

"Pour l’instant non. Il n’y a pas de bloc constitué politiquement, au contraire. Depuis la destitution de Dilma Rousseff et la condamnation de Lula, on a assisté à un choc au sein du parti des travailleurs et une attitude assez ambigüe de la part des autres partis de gauche qui ont eu plutôt tendance à considérer que l’affaiblissement du PT pouvait considérer une aubaine en ce qui les concernait. Ces manifestations vont peut-être ouvrir une deuxième phase, mais qui sera probablement assez longue" conclut Jean-Jacques Kourliansky.

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Jean-Baptiste Labeur