Rana Plaza: cinq ans après, les entreprises ont-elles tiré des leçons?

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Le Grand Invité

mardi 24 avril à 8h10

Durée émission : 15 min

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© MUNIR UZ ZAMAN AFP

Focus sur le Rana Plaza, cinq ans après le drame, et sur les conséquences de cet accident qui a dévoilé la responsabilité de certaines entreprises dans les pays en voie de développement.

Il y a cinq ans, au Bengladesh, l’immeuble du Rana Plaza s’effondrait, provoquant la mort de 1138 ouvriers, et faisant plus de 2000 blessés parmi les 5000 personnes qui travaillaient dans les entreprises textiles regroupées dans cet immeuble de huit étages.
 

"Un plancher social et environnemental"

Dans les décombres, on a retrouvé des étiquettes de grandes marques occidentales : Auchan, Benetton, Camaïeu, H&M, Mango ou encore Primark. Un drame à part dans l’histoire de l’industrie textile. "Il faut se rendre compte que c’est l’un des drames qui a entaché l’année 2013. Il y en a eu beaucoup avant. Mais ce que celui-là a de particulier, c’est le nombre de morts qu’il y a eu. C’était une catastrophe industrielle par son ampleur, mais aussi par la lumière crue que cela a jeté sur les vêtements que nous portons, et les liens entre les consommateurs dans les pays occidentaux, et les conditions de travail des personnes qui sont inclues dans ces chaînes de sous-traitance mondiale" explique Swann Bommier, docteur en sciences politiques, spécialiste de la responsabilité des acteurs privés dans les questions de développement, membre du CCFD Terre Solidaire.

Un sujet qui met évidemment en lumière les dérives de la mondialisation. "On a une chaîne de sous-traitance mondiale. Plus de 60 % du commerce international est intra-firmes. Les produits sont des composants ou des sous-produits qui vont ensuite être assemblés. Et dans cette chaîne de valeur mondiale, on ne peut pas être à l’abri de violation des droits de l’homme, des droits environnementaux, et il s’agit aujourd’hui de réussir à mettre un plancher social et environnemental pour s’assurer que les produits que nous achetons sont faits dans de bonnes conditions" ajoute ce spécialiste.
 

Des progrès en demi-teinte

Au lendemain de cette catastrophe, les syndicats et les associations de défense des droits humains se sont mobilisés pour obtenir l’indemnisation des victimes et la sécurisation des usines dans ce pays. "Sur l’indemnisation des victimes, cela a été un combat extrêmement long puisque les marques ont tout d’abord dit que ce n’était pas leur responsabilité mais celle de leurs sous-traitants. Il a fallu plusieurs années de bataille pour que le fonds d’indemnisation des victimes soit abondé par ces entreprises, qui ne l’ont pas fait de façon complète. Les victimes garderont des séquelles toute leur vie et ont reçu 1800 euros de dédommagement alors que ces personnes sont en incapacité de travailler pour le restant de leurs jours" précise Swann Bommier.

Sur la sécurisation des usines textiles en revanche, il y a eu du progrès. "Il y a eu un accord appelé Bengladesh Accord, proposé par l’OIT, des ONG internationales ainsi que des syndicats pour permettre de meilleurs audits des bâtiments. Cet accord était proposé depuis de nombreuses années mais les entreprises ne voulaient pas le signer car elles le trouvaient trop contraignant. A la suite du Rana Plaza, l’émotion et la pression étaient telles que de nombreuses entreprises ont signé cet accord, pour couvrir 1600 usines, et deux millions de travailleurs. Cet accord a visé à identifier les travaux nécessaires pour éviter d’éviter une nouvelle catastrophe" lance encore Swann Bommier.
 

Consommer différemment

En France, il y a moins d’un an, a été adoptée une loi historique, sur le devoir de vigilance des entreprises. "Elle a été adoptée en mars 2017. Ce fut un processus extrêmement long. C’est la première loi au monde à rendre les entreprises responsables de leur impact tout au long des chaînes de valeur et ce aussi bien sur les droits humaines, et environnementaux avec l’idée que le commanditaire final est responsable" explique-t-il. Aujourd’hui, ces entreprises doivent réaliser des plans de vigilance, pour montrer comment elles gèrent les risques en vue de les minimiser.

Aujourd’hui pourtant, ces grandes marques n’ont pas changé leur modèle économique. "On a aujourd’hui un phénomène qui s’appelle fast fashion. Les collections changent extrêmement rapidement. Les gens sont de plus en plus incités à changer leur garde-robe, sans même que leurs habits soient usés. On voit une accélération du processus de la mode, avec une course vers des prix de plus en plus bas, ce qui se traduit par des conditions de travail dégradées pour les personnes qui travaillent dans les chaînes de sous-traitance" conclut Swann Bommier.

Face à cela, les consommateurs peuvent agir : opter pour une mode plus lente, ne pas gaspiller, ne pas jeter trop vite. Choisir où l’on achète ses vêtements. Consommer de manière plus responsable en somme.

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Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

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Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.