"Traverser la lumière" : les stars de l'art non figuratif

Présentée par PR-16591

La chronique Patrimoine

mardi 26 novembre 2019 à 8h52

Durée émission : 3 min

"Traverser la lumière" : les stars de l'art non figuratif

Aujourd'hui on parle d'art et d'architecture de l'après deuxième guerre mondiale : des références en matière d'art religieux

Si je vous dit Jean Bazaine, Roger Bissière, Jean Le Moal, Gustave Singier, ou Alfred Manessier, vous n’allez tout de même pas me répondre, Stéphanie, que ces noms ne vous évoquent rien. On leur doit quantité d’œuvres, dont de très nombreuses créations de vitraux : dans la célèbre église du plateau d’Assy, en Haute-Savoie pour Bazaine, ou dans celle moins connue des Bréseux, un petit village dans le Doubs, pour Manessier. Des références en matière d’art religieux.

Eh bien, ces stars françaises de l’art non figuratif dans les années 1950 sont tombées dans un relatif et injuste oubli qu’ont voulu réparer La Piscine, le magnifique et étonnant musée d’art et d’industrie de la ville de Roubaix, dans le Nord, installé dans une ancienne piscine municipale, en partenariat avec une fondation suisse, la Fondation Jean et Suzanne Planque.

L’exposition porte un titre qui résume parfaitement son esprit : « Traverser la lumière ».

Il faut savoir en effet que nos artistes non-figuratifs français ont été littéralement balayés du marché de l’art hexagonal à partir des années 1960 par leurs alter égo américains, comme Jackson Pollock ou Mark Rothko, et cela à la suite d’un véritable forcing financier et artistique, auquel dit-on, la CIA aurait participé.

Bref, je vous passe les détails. Reste que la Suisse a continué à aimer et à collectionner nos non-figuratifs. De sorte que la plupart des œuvres exposées à Roubaix viennent de là-bas, de Suisse.

Pourquoi non-figuratifs et pas abstraits ?

C’est un terme que ces artistes ont eux-mêmes revendiqués. Ils ont expliqué qu’ils voulaient exprimer dans leurs tableaux leurs émotions devant la réalité, et non pas la réalité elle-même, encore moins une construction abstraite née de leur imagination. Une émotion d’ordre spirituelle – religieuse même pour Alfred Manessier -  traduite sur la toile, ou dans le  verre, par des vibrations de couleurs et de formes. A la manière des dernières grandes toiles de Claude Monet, ses célèbres nénuphars exposés à demeure au musée de l’Orangerie, à Paris.

Jean Bazaine poussait même le bouchon, affirmant : « Nous sommes passés de la représentation des formes à celle des forces qui tiennent le monde ». C’est vous dire ! Clou de l’exposition : quatre immenses toiles de Manessier incarnant sa vision des Passions selon les quatre évangélistes, Luc, Mathieu, Jean et Marc. C’est à couper le souffle !
  

Manessier, auteur aussi de vitraux dans une chapelle dans l’agglomération de Roubaix, à Hem …

Oui, Alfred Manessier fut sollicité par un patron de filature, Philippe Leclerq, un catholique à la fibre sociale et ouvert aux arts de son temps, pour la création de vitraux dans une chapelle qu’il faisait bâtir par un architecte Suisse – encore eux ! - dans ce qui était alors un quartier ouvrier. Inaugurée en 1958, la chapelle Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face d’Hem sert toujours de lieu de culte. Elle est devenue la chapelle des artistes du Nord. Alfred Manessier y a réalisé un somptueux mur en dalles de verres retraçant, toujours de manière non-figurative, la courte vie de sainte Thérèse.

Sa visite est une sorte d’appendice inspiré de l’exposition. D’autant que la Piscine expose les vêtements liturgiques que Manessier a créé pour cette chapelle. C’est une découverte pour moi. Mais aussi les objets liturgiques dessinés et réalisées par un orfèvre Danois du nom de Christian Fjerdingstad, d’une pureté toute nordique. Franchement, n’hésitez, car c’est une journée nourrissante que vous passerez entre Roubaix et Hem … A traverser la lumière !  
 
Jusqu’au 2 février. Rens : 03 20 69 23 60 et www.roubaix-lapiscine.com

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