Terrorisme: "en prison, il n'y a rien face à l'islam radical" explique Olivier Roy

13 décembre 2018 Par

Quelles mesures prendre face au terrorisme islamiste ? Après l'attentat de Strasbourg, cette question revient à la Une de l'actualité.

Strasbourg, ville symbolique pour le terrorisme islamiste

Chaque nouvel attentat relance le débat sur les causes du terrorisme islamiste et donc sur les mesures à prendre. L'attentat perpétré mardi 11 décembre au soir, à Strasbourg, n'y fait pas exception. Après l'avoir presque oubliée, la gueule de bois d'après-attentat se fait de nouveau sentir dans l'Hexagone.

"Le marché de Noël de Strasbourg est une cible ancienne. Il avait déjà fait l’objet d’une tentative en l’an 2000. Cela avait été déjoué à l’époque. Il y a une charge évidemment symbolique. C’est Noël, c’est la capitale de l’Europe. En même temps, Strasbourg est un des lieux de radicalisation" explique Olivier Roy, directeur du programme méditerranée de l'Institut universitaire européen de Florence, auteur de "Le Dijhad et la Mort" (éd. du Seuil).
 

Une mouvance terroriste moins saisissable que les réseaux djihadistes structurés

La France réalise mercredi qu’elle avait presque oublié cette menace terroriste. "Il y a eu d’une part le mouvement des Gilets jaunes où on s’est remis à parler de guerre civile, mais où l’islam était totalement absent. Et d’autre part, on a un essoufflement des mouvements terroristes depuis deux ans. On a de plus en plus affaire à des individus isolés qui ne sont pas vraiment insérés dans des réseaux. On a souvent affaire à des radicalisés récents, beaucoup plus connus comme délinquants que comme militants. Cette mouvance marginale est beaucoup moins saisissable que les réseaux structurés qui ont une base en Syrie, sont liés à des réseaux logistiques quasiment professionnels" ajoute-t-il.

On sait désormais que le principal suspect de l’attentat de Strasbourg, Chérif C.  est fiché S, qu’il était sous surveillance après s’être radicalisé en prison. Pour certains, la thèse du loup solitaire n’existe pas et il ne peut pas avoir agi hors d’une organisation. "C’est un faux problème cette histoire du loup solitaire. On a toute une gamme qui va du réseau professionnel à des individus très marginaux qui s’emparent à un moment du symbole Daech. Entre les deux, on trouve de tout. Il est encore trop tôt pour savoir si le terroriste en question est vaguement affilié à un réseau djihadiste ou si c’était plutôt un criminel qui a décidé de sortir par le haut, se sentant ciblé par la police" analyse l'auteur de "Le Dijhad et la Mort" (éd. du Seuil).
 

Comment l'islam de France doit se reprendre en main

Il ajoute que "des dizaines de gars comme ça sont neutralisés régulièrement. Et de temps en temps, il y en a un qui passera à travers les mailles du filet. Mais le filet se perfectionne de mois en mois, ou d’année en année". Olivier Roy affirme par ailleurs qu’il faut saturer le champ religieux, ne pas laisser cette question dans la société, et lui donner de la place pour qu’il puisse y avoir un certain nombre d’échanges et de repères. "Beaucoup de ces gars découvrent l’islam en prison et se construisent sur cet islam radical. Mais il n’y a rien en face. On évacue le religieux de l’espace public pour se retrouver dans le privé" lance-t-il.

Concernant la stigmatisation, Olivier Roy rappelle que certaines formations politiques n’ont pas attendu les attentats pour montrer du doigt la communauté musulmane en France. "La question, c’est la prise en charge, par les musulmans français, de leur islam. C’est très débattu en ce moment. C’est très compliqué car il y a très peu de leaders. Et on voit émerger une génération de jeunes intellectuels. C’est à eux de prendre en main l’islam de France. Le problème c’est que depuis trente ans on a construit une représentation artificielle de l’islam de France, aux mains de pays étrangers" analyse ce spécialiste.
 

Olivier Roy, directeur du programme méditerranée de l'Institut universitaire européen de Florence, auteur de "Le Dijhad et la Mort" (éd. du Seuil):

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