Critique de la société du déchet: ce que nos détritus disent de nous

Présentée par Béatrice Soltner

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Sur le rebord du monde

lundi 11 septembre à 13h30

Durée émission : 25 min

Critique de la société du déchet: ce que nos détritus disent de nous

© Baptiste Monsaingeon /B.Soltner

Existe-t-il un bon déchet? Quand on voit la "grande soupe" de restes qu'est devenu l'océan, les Homo detritus que nous sommes ont intérêt à repenser leur façon de produire du déchet.

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Homo detritus, la face cachée de l'Homo œconomicus? Qu’ils soient stockés dans les décharges, éparpillés à la surface des océans ou dispersés dans l’air sous forme de particules fines, les déchets sont partout. Plastiques, radioactifs, chimiques... ces restes de nos sociétés technico-industrielles, fermement dénoncées par le pape François dans son encyclique Laudato Si', sont les symptômes de notre monde. Un monde qui produit toujours plus et qui tente d’enfouir ses restes. Des questions au cœur de l'essai passionnant signé Baptiste Monsaingeon, "Homo detritus" (éd. Seuil).
 

Avant le tournant du XIXè siècle, les déchets, qui étaient principalement organiques, constituaient une sorte de bien commun, d'une façon ou d'une autre on les réutilisait.

 

SEPTEMBRE, LE MOIS DE LA CRÉATION SUR RCF - Du 1er septembre au 4 octobre 2017, RCF  vous propose une programmation spéciale. C'est en 2007, lors de la 3ème assemblée œcuménique chrétienne réunie à Sibiu en Roumanie, qu'a été lancée l'idée d'un "Temps de la Création". La Journée de prière pour la création a, elle, été créée en 1989 par le patriarche œcuménique de Constantinople, Démétrios Ier. L'association Oeko-logia la célèbre depuis 2009. Quant à l'Église catholique, elle l'a officiellement instituée en 2015.
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du déchet bien commun au détritus qu'on oublie

Mais il faut remonter à la fin du XIXè siècle et à l'émergence de la pensée hygiéniste, pour comprendre ce qui se joue dans l'évolution de notre rapport au déchet. Quand le préfet Eugène Poubelle (1831-1907) invente la désormais célèbre poubelle, "il donne naissance à l'homo detritus", selon Baptiste Monsaingeon.

En effet, dès lors que le déchet est enfermé dans une décharge ou qu'il est mis à part, il devient non plus un "à soi" mais un "à part soi", selon l'expression du philosophe Cyrille Harpet. C'est-à-dire que l'on y pense plus. Avant le tournant du XIXè siècle, les déchets, qui étaient principalement organiques, constituaient une sorte de bien commun, d'une façon ou d'une autre on les réutilisait. Interdit au XIXè siècle, le métier de chiffonnier procurait du travail à plus de 500.000 personnes entre 1850 et 1900. Des chiffonniers qui "participaient à la mise en circulation des restes".

 



 

États-unis, la naissance de l'usage unique

Aux États-Unis, quand on a voulu simplifier la vie de la ménagère, on a valorisé l'acte de jeter à la poubelle ses détritus, comme on jette ses problèmes ménagers. Baptiste Monsaingeon parle de "libération culturelle de l'individu." Tout a commencé avec l'apparition au milieu du XIXè siècle du col jetable, comme l'a montré l'historienne Susan Strasser, qui a beaucoup travaillé sur l'invention de la jetabilité. En remplaçant les cols de chemise en coton par ceux en carton, on a ouvert la voix aux serviettes, aux couches jetables, etc. Jusqu'aux emballages à usage unique, qui aujourd'hui "posent très clairement question à ceux qui étudient les déchets".

 



 

le déchet, histoire d'un refoulé qui refait surface

On parle souvent du continent plastique, le fameux 7è continent flottant. En 2009, à bord d'un voilier, Baptiste Monsaingeon est allé voir de plus près cette réalité. Il a participé à la première expédition dédiée à l’identification de concentrations de débris plastique en Atlantique Nord. Et ce qu'il a pu constater, c'est qu'au lieu d'une masse compacte que l'on pourrait éventuellement récupérer, "une grande soupe" de déchets. Comme un retour du refoulé, ce dont on cherchait à se débarrasser, loin de notre champ de vision, est bel et bien là. Dans les océans mais pas seulement. Des traces indélébiles, souvent infimes, de notre présence sur terre.

 

Invités

  • Baptiste Monsaingeon , sociologue, enseignant chercheur postdoctoral à l’Ifris,

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L'émission

Tous les lundis à 13h30

Le monde vit des transformations majeures qui touchent tous les secteurs de la vie de l’homme: travail, éducation, écologie, religions, médias, économie…Béatrice Soltner et son invité donnent des clés pour mieux penser ce monde mouvant et les défis d’humanisation à relever. Cette émission propose aussi des repères concrets pour construire du sens, là où l’homme serait tenté de ne voir que du chaos.

Le présentateur

Béatrice Soltner

Formée aux arts plastiques et à l'histoire de l'art Béatrice rejoint RCF en 1994. Elle aime faire émerger la parole et l'offrir en partage. La vie intérieure est son domaine de prédilection. Passionnée par la spiritualité et la psychologie, elle s'intéresse aussi au dialogue entre les églises chrétiennes.