"Aga" de Milko Lazarov

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La chronique Cinéma

mercredi 21 novembre à 8h52

Durée émission : 3 min

"Aga" de Milko Lazarov

© Affiche du film "Aga" de Milko Lazarov

Chaque mercredi Valérie de Marnhac vous présente un film qui sort en salles.

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Bonjour Valérie, vous nous emmenez aujourd’hui bien loin de chez nous, avec un film bulgare qui se passe en Iakoutie et qui a remporté le Grand Prix du Festival de Cabourg !

Oui Stéphanie ! AGA se déroule effectivement dans l’une des régions les plus froides du globe, tout au nord de la Sibérie. Le réalisateur Milko Lazarov, dont c’est le 2ème long métrage, était fasciné enfant par tous ces grands récits d’aventures et d’explorateurs du Grand Nord. Et c’est donc là qu’il a voulu situer son récit. Pour qu’il soit universel aussi. Il nous raconte l’histoire d’un vieux couple éleveurs de rennes, Nanouk et Sedna, dont la fille unique Aga est partie travailler à la ville, dans une mine d’or située à plusieurs jours de route de chez eux.

Il y a peu de dialogues dans le film ?

Oui et en même temps, c’est ce qui fait sa force : arriver à dire autant de choses avec aussi peu de mots. On comprend que le départ d’Aga a été vécu par ses parents comme un abandon, de leur famille, de leur mode de vie, de leurs traditions. On découvre aussi lentement leur quotidien, la difficulté de trouver à manger, la rudesse du climat, et les gestes ancestraux pour pêcher, se chauffer, se vêtir. Ils sont en fait les derniers survivants d’un monde qui disparait, dans une sorte de jardin d’Eden des glaces. Et l’aventure aujourd’hui n’est plus celle de la conquête de nouveaux territoires mais celle d’un couple qui dure malgré tout. Vous comprenez mieux maintenant Stéphanie pourquoi le jury des Journées romantiques de Cabourg a primé ce film étonnant.

Alors oui, mais en quoi le film est-il plus qu’une chronique ethnologique ?

D’abord, l’esthétique de l’image est particulièrement travaillée. Le film est tourné en 35mm, sur pellicule argentique et le rendu des lumières et des matières est absolument magnifique. Chaque plan est un véritable tableau -il dit d’ailleurs s’être inspiré de Vermeer pour les scènes d’intérieur- Et les dégradés de blancs où le ciel et la terre se confondent sont aussi sublimes. Ensuite, AGA s’inscrit vraiment dans l’histoire cinématographique. Le choix du prénom Nanouk est une référence évidente au célèbre documentaire de Robert Flaherty de 1922, Nanouk l’Esquimau, qui posait déjà la question de la vérité documentaire face à celle de la fiction. On pense aussi au poignant Dersou Ouzala de Kurosawa qui, avec très peu de mots aussi, racontait à mon sens l’une des plus belles rencontres humaines du cinéma.

Mais comment le réalisateur filme-t-il la modernité en 2018 ?

Et bien justement, comme un surgissement qui vient perturber cet équilibre millénaire. Avec par exemple de simples traces d’un avion dans le ciel, qu’il a captées pendant le tournage et qu’il amplifie au montage par la bande son. Ou avec l’irruption de la moto-neige du neveu qui leur apporte du bois et des nouvelles d’Aga. Mais le plus spectaculaire et le plus bouleversant réside dans le plan final que je ne vous détaillerai pas mais auquel Milko Lazarov tenait tant, qu’il a écrit tout son scénario à partir de là !

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Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats.