Crise sanitaire dans les Ehpad: que fait-on de nos aînés?

Présentée par PR-20213

S'abonner à l'émission

Le dossier du jour

lundi 6 avril à 7h12

Durée émission : 7 min

Le dossier du jour

© JEFF PACHOUD / AFP - 03/04/2020 : des employés de la région Auvergne-Rhône-Alpes préparent du matériel de protection à destination des Ehpad

Les personnes âgées paient un lourd tribut dans cette crise du coronavirus. Une situation tendue, qui interroge la façon dont notre société se préoccupe des plus fragiles.

La France recense 8.078 personnes mortes à cause du Covid-19 depuis le début de l'épidémie, dont 5.889 à l'hôpital et 2.189 dans les Ehpad et autres établissements médicaux-sociaux. Ce sont les chiffres annoncés hier par la Direction générale de la Santé. S'ils restent incomplets, ces chiffres seraient bien en-deçà de la réalité. Il montrent combien les personnes âgées paient un lourd tribut dans cette crise sanitaire. Une crise qui interroge la façon dont notre société se préoccupe des plus fragiles.
 

D'un Ehpad à l'autre, des réalités très différentes

Parmi les 7.400 établissements de type Ehpad, les situations sont bien différentes. À Enghien-Les-Bains (Val-d'Oise), la Commanderie des Hospitaliers fait partie des établissements jusqu'à présent épargnés. Son directeur avait fait le choix de confiner ses résidents 15 jours avant tout le monde. "Parce que les directives de l'ARS restaient quelque peu floues", explique le Dr Gilles Gognet. Et que l'incertitude suscitait déjà l'angoisse des familles. "Il y avait de l'angoisse déjà chez les familles, il y avait une pléthore de visites, d'embrassades : c'était le risque que le virus entre au sein de l'établissement." 

Difficile pourtant de s'assurer que le virus n'entrera pas. Les deux Ehpad de la région lyonnaise où travaille le Dr Stéphanie Libessart avaient pris "des mesures identiques" : aujourd'hui, dans l'un des établissements "on n'a pas de cas de Covid", l'autre par contre "est lourdement atteint". "Malheureusement, il a suffit d'un personnel ou d'une famille porteuse" avant le confinement pour contaminer l'ensemble d'un établissement.
 

Obtenir du matériel de protection : la débrouille et le "système d"

Pour le personnel soignant c’est une bataille quotidienne pour obtenir du matériel. "On est en flux tendu en permanence, on a une vision de quelques jours sur les masques, sur le gel hydroalcoolique, sur les gants, sur les surblouses, sur les lunettes... sur tout le matériel absolument nécessaire pour protéger nos salariés", témoigne Éric Lacoudre.

Dans les deux Ehpad qu'il dirige en Haute-Savoie, une vingtaine de personnes âgées ont déjà succombé au Covid-19. Le personnel soignant déploie pourtant "une débauche d'énergie colossale pour essayer par tous les moyens de bidouiller". Ils comptent sur la solidarité des collectivités mais aussi des voisins... Malgré les élans de générosité, ce "système D" est "vraiment problématique".
 

Maintenir coûte que coûte le lien avec les familles

"Chez les patients qui souffrent d'aggravation des fonctions cognitives, il est important d'éviter l'isolement pour pas qu'on ait des syndromes de glissement, des décompensations." Privées de liens physiques et d’interactions avec leurs proches, les personnes âgées ont besoin d'une vigilance accrue. "On communique un maximum, on parle, on essaie de garder de l'humour, de plaisanter, de recharger les téléphones, explique Gilles Gognet, tout ça de façon à ce que le lien qui est aujourd'hui brisé avec les familles puisse perdurer avec tous les visiteurs qui rentrent dans les chambres."

Du côté des familles empêchées d'aller voir leur parent malade isolé, la situation est "inédite et atroce", décrit Stéphanie Libessart. Les personnels soignants proposent un "accompagnement au cas par cas". "Il y a une vraie inquiétude des familles, nous on leur duit qu'on sera là pour les accompagner."
 

une crise qui interpelle

"Quand une société n'est pas capable d'accompagner, de prendre en charge correctement ses aînés, ses anciens, c'est une société qui va mal." Le gérontologue Gilles Gognet, qui se dit chrétien, rappelle que la "fraternité ne doit pas simplement être que quelques lettres gravées au fronton de nos mairies, c'est aussi être capable de s'occuper des personnes fragiles et les plus âgées". Le directeur d'Ehpad invite à ne pas oublier "que notre pays a été construit, reconstruit par cette génération qui a tant donné".

Une plainte contre X pour "mise en danger de la vie d’autrui" a été déposée par la famille d’une résidente d’un Ehpad des Alpes-Maritimes où 29 personnes sont décédées sur quelques 110 résidents. Le dépistage intégral du personnel et des pensionnaires vient seulement de commencer. L'AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées) prône des campagnes de test systématiques de tous les professionnels et personnes âgées et attend aujorud'hui des actes concrets du gouvernement pour le grand âge.

 

Invités

  • Dr Gilles Gognet, gérontologue, directeur général de la Commanderie des Hospitaliers d'Enghien-Les-Bains

  • Dr Stephanie Libessart, médecin généraliste

  • Éric Lacoudre, directeur d'Ehpad à Cervens et à Sillingy (Haute-Savoie)

Sur le même thème :

Les dernières émissions