Défense européenne : si elle inquiète c'est qu'elle progresse

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La chronique Europe

vendredi 23 février à 7h12

Durée émission : 3 min

Défense européenne : si elle inquiète c'est qu'elle progresse

© 2018 REUTERS / Michaela Rehle - Conférence sur la sécurité de Munich.

Charles de Marcilly a été interpellé par les propos tenus lors de la Conférence annuelle sur la sécurité qui s‘est clôturée à Munich le week-end dernier.

Pour la défense européenne c’est un peu l’envolée lyrique d’Oscar Wilde « Qu'on parle de vous, c'est affreux. Mais il y a une chose pire: c'est qu'on n'en parle pas ». Et bien, enfin, la défense et la sécurité européenne sont désormais identifiées comme une priorité sur laquelle il faut investir. Les Etats-Unis l’avaient déjà dans leur viseur commercial et l’achat à venir d’avion de combat par les armées belges ou polonaises rappellent que pour certains acheter américain, c’est s’offrir un bouclier de l’OTAN renforcé. Mais collectivement, les européens commencent à répondre différemment : investir oui, mais coordonner ce n’est pas inutile non plus et cela fait faire des économies.

Et c’est l’OTAN qui articule ce pilier de sécurité pour le continent. Pour la majorité des Etats européens, plus les Etats neutres qui en bénéficient par extension. Vous vous souvenez lorsqu’en juillet dernier Donald Trump appelait les européens à confirmer leur engagement et dépenser 2% de leur PIB en matière de défense ? Certains Etats le font pour des raisons géopolitiques évidentes, la Pologne ou la Grèce par exemple. D’autres en voyaient moins la nécessité en temps de mer calme. Collectivement, les états de membres de l’Union européenne investissent pour leur défense 1,4% de leur PIB. Les Etats-Unis 4%, et Trump en arrivant l’année dernière avait rajouté 10 milliard. Dans un monde incertain, investir rassure.

C’est un préalable nécessaire : la petite armée slovène échoue aux tests de l’OTAN, et est même déclarée inapte au combat. Pas formidable pour une armée ! Cela s’explique par l’austérité et les coupes budgétaires bien sûr mais devrait permettre de réfléchir à une autre échelle. Le parlement européen rapporte que le coût de la non Europe en matière de défense et de sécurité en raison des doubles emplois, de la surcapacité, et des entraves imposés aux achats militaires nous coûte 26, 4 milliard d’euros par an ! Comme pour tout, il faudra faire plus, avec moins.

Les visions stratégiques ne sont pas les mêmes que vous soyez à Lisbonne ou Varsovie mais des coopérations, des partages, des investissements communs ont du sens. Vous n’achetez pas vos équipements militaires dans un supermarché et vous ne les financez pas à la caisse d’épargne. Il faut deux préalables pour avancer : s’accorder sur une hiérarchisation européenne des enjeux de sécurité. Et investir ensemble. Nous en sommes qu’au début, mais cela inquiète de l’autre côté de l’atlantique. Alors c’est bon signe ! 

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Le présentateur

Charles de Marcilly

Spécialiste des affaires européennes depuis plus de dix ans, Charles de Marcilly est le responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman.