Inégalités et écologie, même combat

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L'édito de Jean Merckaert

lundi 19 février 2018 à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Jean Merckaert

Il y a un an, presque jour pour jour, Stéphanie Gallet et moi-même étions, avec notre confrère Philippe Frémeaux, en train d’interroger les représentants des principaux candidats à la présidentielle. C’était en clôture d’un colloque de trois jours : « Réduire les inégalités, une exigence écologique et sociale »[1]. Un colloque et dont RCF était partenaire.

Si j’y reviens aujourd’hui, ce n’est pas que l’événement, organisé à l’initiative de la Revue Projet et d’une quinzaine d’associations, ait radicalement changé la face de la campagne, mais parce que les constats posés restent essentiels. Sur le plan social, les inégalités battent des records. Sur le plan écologique, notre humanité se comporte plus que jamais en prédatrice, au point que 15 000 scientifiques ont alerté qu’« il [serait] bientôt trop tard (…) pour éviter une misère généralisée et une perte de biodiversité catastrophique ».

Alors entre justice sociale et sauvegarde de la planète, faut-il choisir ? C’est ce que l’on entend souvent :  « Occupons-nous d’abord de la santé, de l’emploi, du logement… ensuite on s’occupera d’environnement ». Ce serait pourtant une grave erreur de remettre à plus tard la transformation écologique au nom des enjeux sociaux. Car bien des problèmes sociaux ont des causes environnementales. Qui peut croire, par exemple, que les produits toxiques dont on asperge nos sols et nos cultures sont sans incidence sur notre santé ? La pollution de l’air, elle, cause déjà la mort prématurée de près de 500 000 personnes par an en Europe, selon la Commission européenne[2]. En Inde, le réchauffement climatique annoncé va rendre des régions entières impropres à la vie humaine. Si l’environnement cette d’être hospitalier, les plus fragiles seront bien sûr les premiers à en souffrir.

Il n’y aura donc pas de justice sociale sans transformation écologique. C’est plutôt une bonne nouvelle ! L’inverse est vrai aussi : on ne préservera pas l’hospitalité et la beauté de cette planète sans réduire les inégalités. Car ce n’est pas l’humanité entière qui détruit la planète : ce sont les plus riches ! 10% des êtres humains émettent 50% des gaz à effet de serre. Autrement dit, c’est aux classes moyennes et supérieures de nos pays riches qu’il revient d’apprendre à « vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre ».

« Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre ». Cette citation parlera sûrement aux chrétiens, en cette période de Carême. Elle est de Gandhi. Cette belle idée, celle d’une économie du partage, est devenue un peu le leitmotiv du colloque, il y a un an[3]. Et on pourrait la décliner : se loger simplement pour que d’autres puissent simplement se loger, se nourrir simplement pour que d’autres puissent simplement se nourrir, travailler simplement pour que d’autres puissent simplement travailler… Reste à ce que nos responsables politiques aient le courage de faire de cette vie simple, cette vie sobre, un slogan de campagne électorale. Rendez-vous dans quatre ans ?

[1] L’intégralité des débats est disponible sur http://www.revue-projet.com/dossier_revue/inegalites/
[2] 487 000 personnes en 2014. Cf. Aude Massiot, « L’UE met la pression sur les Etats pollueurs », Libération, 8 février 2018.
[3] Le socle commun aux 15 associations organisatrices reste un texte important sur lequel s’appuyer. Cf. http://www.revue-projet.com/articles/2017-02repenser-les-inegalites-face...

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