L’Italie, homme malade de l’Europe

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La chronique Europe

vendredi 7 juin à 7h20

Durée émission : 3 min

​La tension est montée d’un cran cette semaine entre l’Italie et la Commission européenne, et plus largement au sein de la zone euro.

Certes, le moment politique est moins "chaud" que lorsque la Commission avait rejeté le premier budget du Gouvernement Conte six mois avant les Européennes. Mais, en proposant d’ouvrir une procédure de déficit excessif à l’encontre de la péninsule italienne, la Commission confirme le désaccord croissant entre le gouvernement formé par le Mouvement Cinq étoiles populiste et la Lega d’extrême-droite et le reste de la zone euro.

Il faut dire que le niveau de la dette italienne atteint des niveaux difficilement soutenables. Avec une dette ayant progressé pour représenter plus de 130% du PIB, l’Italie est le second pays avec le taux d’endettement le plus élevé de la zone euro. Derrière la Grèce. Pour rappel, les règles européennes imposent de contenir ce taux d’endettement à un niveau inférieur à 60%. Et, le pays continue de s’endetter, puisque le déficit structurel devrait continuer de s’aggraver alors qu’il aurait dû se résorber. La faute aux coûteuses mesures sociales (le revenu de citoyenneté promis par le M5S) et fiscales (les baisses d’impôts promises par la Lega) de la coalition.
 

Mais ces problèmes sont-ils sérieux ou la situation va-t-elle finalement se régler et le gouvernement italien rentrer dans le rang comme à l’hiver dernier ?

C’est une très bonne question. A court terme, il existe des signaux positifs. Le premier ministre Giuseppe Conte, qui n’appartient à aucun des deux partis, et le ministre des Finances, Giovanni Tria adoptent des postures conciliantes envers la Commission et les partenaires européens de l’Italie ; à l’opposé des déclarations outrancières d’un Matteo Salvini. Et, le Commissaire Moscovici a signifié que sa porte restait ouverte… laissant entendre qu’une solution négociée était la solution préférée des autorités européennes.

Pour autant, à moyen et long-terme, il existe de véritables signaux d’alerte. La stratégie de tension du gouvernement italien, et de la Lega en particulier en est un. Le projet de monnaie complémentaire à l’Euro (les mini-bots) qui pourrait voir le jour est interprété par certains comme le premier pas d’une sortie de l’Italie de l’Euro. Mais, au-delà, le signal le plus préoccupant est que les fondamentaux de l’économie italienne ne sont pas bons. Cela fait plusieurs années que la croissance de l’Italie est faible. Et, elle ralentit. Les entreprises ont perdu en compétitivité, y compris dans le Nord du pays, et rien ne semble annoncer un rebond. Or, si la machine économique ne redémarre pas nulle chance que la situation s’améliore. Et, c’est là le drame de l’Italie.

Pour sortir de l’ornière dans laquelle elle est, l’Italie a besoin d’investir dans son avenir, dans la modernisation de son industrie, dans la formation de ses hommes et de ses femmes. Or, avec un taux d’endettement si important, l’Italie a besoin de la solidarité de ses partenaires européens et que l’Union construise et mette en œuvre une véritable stratégie d’investissement pour favoriser de nouveaux modes de développements.

Mais, pour cela, le face à face est stérile. L’Italie et l’Europe vont devoir faire des pas l’un vers l’autre. Ce qui est moins confortable que l’affrontement plus ou moins frontal.

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Le présentateur

Edouard Simon

Edouard Simon est directeur du bureau de Bruxelles du think-tank Confrontations Europe