Mohammad Ali Amir-Moezzi: "le Coran est le dernier texte de l'Antiquité tardive"

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Le Grand Invité

vendredi 13 décembre 2019 à 8h10

Durée émission : 15 min

Mohammad Ali Amir-Moezzi: "le Coran est le dernier texte de l'Antiquité tardive"

© RCF

Dans le monde de l’édition, il est des publications qui sont des événements. C’est le cas du "Coran des Historiens", qui sort aux éditions du Cerf.

Quatre années de recherche et de travail, plus d’une trentaine d’historiens des religions. Voila ce qu’il aura fallu pour aboutir à ce "Coran des Historiens", publié aux éditions du Cerf. Un ouvrage dirigé entre autres par Mohammad Ali Amir-Moezzi, professeur des universités, directeur d’étude à l’Ecole pratique des hautes études. Cela fait déjà de longues années qu’il travaille sur le Coran. Pour cet ouvrage, il voulait avant tout faire "une synthèse des travaux scientifiques faits sur le Coran depuis le XIXème siècle, augmentée des recherches actuelles". Ce qui n’a rien d’une démarche religieuse.
 

De nombreuses références juives et chrétiennes

"Nous n’avons pas eu recours à la tradition exégétique musulmane. Ce qui nous intéresse, ce n’est pas ce qui se passe après le Coran avec la naissance de l’islam, mais avant : les origines, les racines, les traditions, les sous-textes du Coran" ajoute-t-il, précisant que pour pouvoir effectuer une telle approche, historique, sur le Coran, il est nécessaire de connaître l’histoire des textes, mais également la maîtrise des langues, que ce soit les langues bibliques, l’hébreu, le syriaque et les langues contemporaines de la naissance de l’islam comme le moyen-perse.

Dans cet ouvrage, on réalise qu’il existe une appartenance du Coran aux autres religions. "Le Coran, à chaque page, est rempli de références bibliques, juives et chrétiennes. Le Coran n’arrête pas de dire qu’il est une sorte de continuité des messages de Moïse et de Jésus. Effectivement, la rupture viendra après, pour des raisons historiques et politiques, avec les conquêtes arabes et la naissance de l’empire arabe" lance-t-il. Ainsi, à l’état brut, on observe qu’il existe une différence entre le texte, et ce qu’on en fait.
 

Comment faire reculer le fanatisme

Pour Mohammad Ali Amir-Moezzi, ce travail est une œuvre civique et politique. "Faire sortir ces recherches, les rendre publique est une œuvre civique. Nous pensons d’autre part qu’introduire de l’histoire et de la géographie dans les choses de la foi font reculer le fanatisme. Ce qui apaise la discussion, c’est la relativisation, c’est la contextualisation. Ces textes ont une dimension spirituelle et universelle, mais également une dimension historique" analyse le spécialiste.

D’après ce dernier, et à l’heure où l’islam et ses dérives inquiètent l’Hexagone, les musulmans de France sont assez mûrs pour recevoir un tel travail. "Nous n’avons pas peur de heurter. Si cela heurte, c’est qu’il y avait nécessité de faire ce travail. À part une petite minorité qui restera réticente à cette approche, et on ne parle pas avec ces gens-là, l’immense majorité des musulmans ont soif de mieux connaître l’histoire de leurs textes, de leurs croyances" conclut-il.

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Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.