Discours d'Aung San Suu Kyi: "Elle s'enfonce dans le déni"

L’ancienne prix Nobel de la Paix s’est exprimée aujourd’hui quant à la situation des Rohingyas en Birmanie. Un discours jugé très ambigu par les observateurs, comme Camille Cuisset.

Aung San Suu Kyi était attendue sur le sujet : son silence a été vivement critiqué ces dernières semaines, alors que des milliers de Rohingyas fuient la Birmanie vers le Bangladesh. Elle a tenu un discours en anglais, à destination de la communauté internationale.

420 000 Rohingyas sont réfugiés dans les camps du Bangladesh, fuyant la Birmanie alors que l’armée mène une campagne de terreur, une répression qui fait suite à une attaque de rebelles rohingyas contre des policiers le 25 août dernier. Les exactions sont nombreuses, et beaucoup d’associations s’inquiètent de la violation des droits de l’homme alors que l’ONU emploie clairement le terme « d’épuration ethnique ».

Aung San Suu Kyi, ministre des Affaires Etrangères et « Conseillère d’Etat », a annulé son déplacement à l’Assemblée Générale des Nations Unies. L’an passé, elle avait déclaré à la tribune qu’elle défendrait les droits de la communauté rohingya.

Aujourd’hui, elle a tenu à Naypyidaw un discours à destination de la communauté internationale qui attendait sa prise de parole avec impatience. En résulte une certaine déception. Aung San Suu Kyi tente de ménager à la fois l’opinion étrangère, l’opinion du pays (à 90% bouddhiste), et l’armée birmane qui dirige pour une bonbne part le pays (25% des sièges réservés au Parlement).

« Le gouvernement civil ne condamne pas ces violences et s’éloigne de toute solution »

Camille Cuisset, de l’association Info Birmanie, relève ce manque de critique envers l’armée. « Sur les questions de sécurité, ce sont les militaires qui prennent toutes les décisions. » Ce sont eux que l’on accuse de violer les droits humains. Pourtant, Aung San Suu Kyi déclare vouloir attendre des « preuves solides » avant d’accuser qui que ce soit. Amnesty International dénonce une « politique de l’autruche ».

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Camille Cuisset souligne l’absence de reconnaissance du conflit et des épreuves subies par les Rohingyas. « Elle s’enfonce dans le déni », dit-elle. Aung San Suu Kyi propose le retour des réfugiés rohingyas avec un « processus de vérification de la citoyenneté », or, depuis 1982, les Rohingyas ne sont pas considérés comme citoyens birmans. Apatrides, ils n’ont aucun droit en Birmanie.

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« Nous sommes profondément désolés pour les souffrances de tous ceux qui se sont retrouvés pris au piège de ce conflit », déclare tout de même Aung San Suu Kyi. Evoquant ainsi tant les Rohingyas, que les bouddhistes ayant dû quitter leur village.

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