Des lieux symboles "fabriqués" de notre histoire

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Les Racines du présent

vendredi 10 août à 19h30

Durée émission : 55 min

Des lieux symboles "fabriqués" de notre histoire

© Wikimédia Commons - Lieu "construit" par les discours, le Palais des Papes d'Avignon, devenu un haut lieu de l'histoire de France, dont l'histoire associée à celle de la papauté n'a pas grand chose à voir avec celle de la France

Alésia, le Palais des Papes d'Avignon... Notre récit national n'est pas fait que de grands hommes et d’événements. Il est aussi fait de lieux dont la symbolique a parfois été fabriquée.

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"Petit Lillois de Paris, rien ne me frappait davantage que les symboles de nos gloires : nuit descendant sur Notre-Dame, majesté du soir à Versailles, Arc de Triomphe dans le soleil." Ainsi Charles de Gaulle donnait-il dans ses "Mémoires de guerre" une illustration du récit national par les lieux. 
 

"Nous avons, nous Européens, un rapport au passé qui peut passer par des émotions et des souvenirs mais aussi par un contact avec des lieux physiques"

 

LEs lieux chargés d'histoire et notre imaginaire

Chaque lieu est enveloppé d'une couverture différente selon les époques, les régimes et les idéologies. Les lieux évoluent : ce que l'on comprend en lisant "Les lieux de l'histoire de France" (éd. Perrin), un ouvrage collectif dirigé par Olivier Wieviorka et Michel Winock, où 34 auteurs présentent 34 lieux, tous théâtres et témoins de moment précis du passé. Pour Olivier Wieviorka, la symbolique de ces lieux dépend aussi de l'usage que l'on en a fait. "On a une évolution des usages des lieux, qui montrent aussi leur contemporainéité."

"C'est à partir de Napoléon III qu'Alesia acquiert une valeur, et une valeur redoublée après défaite de 1870." Olivier Wieviorka parle du "syndrome d'Astérix" pour ce lieu qui, dès le XIXe siècle, symbolise à la fois la défaite française mais aussi la "quintessence de la résistance à l'oppresseur". Autre lieu "construit" par les discours, le Palais des Papes d'Avignon, devenu un haut lieu de l'histoire de France et dont l'histoire associée à celle de la papauté n'a pas grand chose à voir avec celle de la France. Mais au fil des ans, avec l'absorption du Comtat Venaissin puis l'apparition du fameux festival de théâtre, l'édifice a été largement incorporé au patrimoine national.

 



 

Cluny ou Reims, l'exemple de lieux Symboles politiques

"L'abbaye de Cluny, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce lieu n'est pas absolument en rien français." Voilà qui nous surprend dans la bouche d'Olivier Wieviorka ! L'historien explique que c'est "une abbaye où les rois de Fance ne vont pas", et donc qui n'établit "pas de lien entre le trône et l'autel, contrairement à Reims ou au Mont-Saint-Michel". C'est que Cluny est avant tout un lieu avant tout européen. Et ce n'est pas un hasard si François Mitterrand choisit l'abbaye pour prononcer en septembre 1988 un discours sur l'Europe.

Tous les rois de France se sont fait sacrer dans la cité rémoise, sauf sept d'entre eux. Lieu de pouvoir de l'Église, la cathédrale Notre-Dame de Reims a donc suscité une certaine méfiance. Mais Reims est aussi devenu le symbole de la barbarie allemande, puisque l'édifice a été bombardé par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale. Le général de Gaulle, en y recevant Konrad Adenauer le 8 juillet 1962 en fait l'un des lieux symboles de la réconciliation franco-allemande. "Nous avons nous Européens un rapport au passé qui peut passer par des émotions et des souvenirs mais aussi par un contact avec des lieux physiques", explique Olivier Wieviorka.

 

 

La petite histoire, L'histoire vécue

C'est un épisode de la petite histoire que Jacques-Olivier Boudon entreprend de dévoiler avec "Le plancher de Joachim" (éd. Belin). Si l'histoire de villageois des Hautes-Alpes ne fait pas partie du récit national, elle n'en a pas moins d'importance. Et la découverte que Jacques-Olivier Boudon a fait par hasard en 2009 au château de Picomtal est assez exceptionnelle.

72 planches où étaient gravées des inscriptions : rien de moins que le journal d'un certain Joachim Martin, menuisier de son état, qui raconte par le menu la vie de ses contemporains entre 1880 et 1881. Des documents de ce type, les historiens en ont peu. "Les traces laissées par les gens du peuple sont rares", écrit Jacques-Olivier Boudon. Une grande partie de la population étant analphabète, il est difficile en effet de trouver des sources primaires sur le quotidien des Français avant le XVIIIè voire XIXè siècle. Peut-être fera-t-on du château de Picomtal le symbole de l'histoire vécue et non construite...

 

Émission enregistrée en février 2018

 

Invités

  • Olivier Wievorka , historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance, professeur à l'École normale supérieure de Cachan

  • Jacques-Olivier Boudon , historien, spécialiste de la Révolution et du Ier Empire, professeur à l’université Paris-Sorbonne, directeur du Centre d’histoire du XIXè siècle et de l’École doctorale d’histoire moderne et contemporaine, président de l’Institut Napoléon, directeur scientifique de la Bibliothèque Marmottan

  • Paula Boyer , journaliste, responsable des pages Tourisme du journal La Croix

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Du lundi au vendredi à 19h30

L’actualité, nationale et internationale, s’enracine dans notre histoire. Chaque événement peut être relié au passé pour en trouver des clés de compréhension. Relire l’histoire, c’est ainsi mieux connaître et comprendre le présent. Chaque semaine, Frédéric Mounier, journaliste à La Croix, invite des historiens à croiser leurs regards sur un sujet contemporain pour mieux appréhender notre présent et envisager l’avenir. > Les Racines du présent, le blog de Frédéric Mounier

Le présentateur

Frédéric Mounier

Ancien correspondant de "La Croix" au Vatican, Frédéric a toujours été passionné par la vie politique… et la radio. Il a grandi à Paris à l'ombre de la Maison de la Radio. Les jeudis, il hantait les Studios, notamment ceux des « Radioscopie » de Jacques Chancel. Peut-être en reste-t-il quelque chose dans "Face aux Chrétiens" ?