La symphonie du cinéma, une histoire des César

Présentée par

La Symphonie du cinéma

mercredi 17 juillet à 11h00

Durée émission : 25 min

La symphonie du cinéma, une histoire des César

© Wikipedia Commons

Le 3 avril 1976, le Palais des congrès de Paris accueillait la toute 1er cérémonie des César. Fabien Genest revient aujourd'hui dans La Symphonie du cinéma sur l'histoire des récompenses du cinéma français à travers les musiques de films alors que la 44e cérémonie se déroulera, demain soir, salle Pleyel.

Le 3 avril 1976 est une date marquante dans l’histoire du cinéma français. En effet, la toute première remise des César se déroulait sous le parrainage de Jean Gabin, dont ce fut la dernière apparition publique. Pierre Tchernia et Jean-Claude Brialy animaient quant à eux la soirée.  

 
Le César de la meilleure musique de film 2017 était décerné, il y a un an tout juste, à Arnaud Rebotini pour la bande originale de 120 Battements par minute, de Robin Campillo. Un témoignage des années 90 à travers les militants d’Act Up, association engagée dans la lutte contre le Sida.
Le titre Small town boy, un tube des années 80 de Jimmy Somerville, est remixé, ici, pour les besoins du film de Robin Campillo par Arnaud Rebotini, musicien et compositeur de musique électronique français. Il signait l’an passé, également, une autre partition pour le cinéma dans Le Vent tourne, film franco-suisse réalisé par Bettina Oberli avec Mélanie Thierry et Pierre Deladonchamps. Un drame amoureux sur fond de nature et vie à la campagne.  Mais le cinéma français en 2017, ça restera également le film d’Arnaud Dupontel, Au revoir là-haut.    

L’année 2017 aura été riche musicalement au cinéma. La bande originale de Christophe Julien pour le film d’Albert Dupontel Au revoir-là-haut aurait tout aussi bien pu remporter le César.
On vient d’en écouter deux extraits très différents. D’abord Albert Swing, qui vient illustrer les fêtes somptueuses que donne Edouard, mutique personnage principal du film, gueule cassée de la Grande Guerre, dont la vocation d’artiste contrariée, affecte profondément le personnage mélancolique que joue Nahuel Perez Biscayart, qui a le rôle titre, au passage, aussi, dans 120 battements par minute.
Puis, complètement à l’opposé, le titre Seul, vient lui souligner la tristesse de ce film de et avec Albert Dupontel qui évoque les absurdités de la guerre, les non dits familiaux,  et la cupidité des hommes, incarnée dans le film par un Laurent Laffite en homme d’affaires arriviste, sans foi, ni loi.
Le 3 avril 1976 est une date marquante dans l’histoire du cinéma français. En effet, le Palais des congrès de Paris accueille la toute 1re cérémonie des César. Comme ses voisins anglais, avec les Bafta, ou italien, avec les David di Donatello, la France récompensera désormais chaque année ses artistes, ses réalisateurs et ses techniciens. Et pour cette première, retransmise en direct sur Antenne 2, Pierre Tchernia et Jean-Claude Brially font office de présentateurs. Jean Gabin est quant à lui le premier président. L’acteur, déjà malade, décèdera 7 mois plus tard.
Dans la catégorie meilleure musique de film, le statuette revient cette année-là à la bande originale du Vieux Fusil, de Robert Enrico et à François de Roubaix, compositeur surdoué, trop tôt disparu, qq mois auparavant, à seulement 36 ans, dans un accident de plongée et à qui l’on doit d’autres grandes musiques de films comme celles des Grandes Gueules, du Samouraï ou de Dernier Domicile connu.

Le thème de Clara, léger, insouciant, inoubliable, associé au bonheur simple que vivent dans le film Romy Schneider, Philippe Noiret et leur fille. Bonheur brisé par la guerre et la barbarie. Tourné dans les somptueux décors du village du Tarn-et-Garonne de Bruniquel, le film s’inspire du massacre d’Oradour-sur-Glane, commune de la Haute-Vienne, entièrement décimée par la Waffen SS le 10 juin 1944. Comme François de Roubaix, le film et Philippe Noiret obtiennent également un César. 

En 1982, le film Diva d’un jeune réalisateur, nommé Jean-Jacques Beinex, dont c’est le premier film, remporte quatre statuettes dont celle de la meilleure oeuvre, de la meilleure photographie et de la meilleure musique grâce à la remise au goût du jour d’un morceau oublié du grand répertoire que l’on doit à un compositeur italien: Alfredo Catalani.Pour les besoins du film, Vladimir Cosma dirige l’Orchestre symphonique de Londres et la soprano Wilhelmenia  Weggins Fernandez qui reprend La Chanson groënlandaise de La Wally. Diva et son imbroglio policier sur fond de courses poursuites et d’airs d’opéra.
Comme Subway, de Luc Besson quatre ans plus tard, le film incarne les années 80 et marque un tournant dans la manière de raconter une histoire et de la filmer.  C’est aussi l’avènement de nouveaux réalisateurs audacieux, qui n’hésitent pas à casser les codes.    

Au palmarès des compositeurs les plus récompensés aux  César, Michel Portal partage la première place en compagnie de trois ténors de la musique de film que sont Georges Delerue, Bruno Coulais et Alexandre Desplat. En 1988, le jazzman et saxophoniste reçoit en effet sa troisième statuette pour sa partition de Champ d’honneur, de Jean-Pierre Denis, qui raconte le surprenant destin d’un soldat pendant la guerre franco-prussienne de 1870 qu'il traverse avec un jeune enfant perdu. Tout autre ambiance à présent avec la musique qui vient...

Au printemps 1988, Le Grand Bleu est d’abord sifflé au festival de Cannes et très critiqué. Les avis vont pourtant rapidement changer devant l’incroyable succès que connaît le film en salles. Eric Serra, jeune compositeur attitré des films de Luc Besson, signe-là le chef d’oeuvre de sa carrière et remporte le César. Une ode à la mer, aux hommes et aux dauphins, devenue la bande son d’une génération.

Himalaya: l’enfance d’un chef, de Bruno Coulais, césarisé en 2000 pour, là encore, un film sur le rapport entre les hommes et leur  environnement.  Ce grand film d’aventure d’Eric Valli  nous plonge sur la route du sel dans les montagnes du Dolpo au Népal. Un voyage avec les caravanes de nomades sur fond de chamanisme,  de guerre des clans et de beauté sauvage.

Le thème principal de The Ghost writer puis De Rouille et d’os, deux thèmes, deux partitions originales, signées Alexandre Desplat. Toutes deux couronnées par le César de la meilleure musique de film. La première en 2011 et la seconde en 2013. Depuis 10 ans, Alexandre Desplat s’est fait un nom, aussi, à Hollywood et remportait l’an passé un second Oscar, après The Grand Budapest Hotel,  pour la musique de La Forme de l’eau (The Shape of water), de Guillermo del Toro, un conte sur la tolérance et l’acceptation de l’autre comme il est.  Film, si vous ne l’avez pas vu, que je vous recommande vivement.

La Minute Judy Garland

Cette semaine dans La Minute Judy Garland, j’ai voulu profiter de l’actualité du récent festival de la chanson italienne de San Remo, qui se déroulait du 5 au 9 février, pour faire un clin d’œil à la chanson et au cinéma italiens, deux sujets ô combien précieux chez nos voisins transalpins.  En 1970,  la chanson Chi non lavora non fa l’amore (Celui qui ne travaille pas ne fais pas l’amour en français) remporte le concours. En duo avec sa femme, la chanteuse Claudia Mori, Adriano Celentano, un monument en Italie, qui  a fêté ses 81 ans le 6 janvier, reprenait cette ritournelle conjugale.
En 30 ans, Celentano, chanteur mais aussi comédien, aura tourné autant de films notamment pour Sergio Corbucci (pas toujours très grand public), alors qu’en 1960 dans la Dolce Vita, le Maestro Federico Fellini lui confiait une apparition dans son propre rôle, celui d’un chanteur rock, enflammant les nuits romaines dans les termes de Caracala.

Quelques conseils en lien avec notre thème :
Et tout d’abord L’Essentiel de François de Roubaix, un CD contenant 24 titres, paru fin 2015 chez Emarcy et qui contient, outre les musiques des films que j’ai déjà citées, les thèmes de La Scoumoune, d’Adieu l’ami ou encore les génériques pour la télé de Commissaire Moulin et des Secrets de la mer Rouge. Un peu plus ancien, Michel Portal, Musiques de cinémas,  paru en 2013 chez  Label bleu. Quelques grands thèmes du compositeur revisités par ses amis jazzmen tels que Paolo Fresu ou Richard Galliano.
Et puis, si comme moi la musique de film vous passionne, procurez-vous alors sans délais Petites Histoires des grandes musiques de films, un livre exhaustif de 300 pages de Bruno Communal, paru cet automne. 

Play list des morceaux diffusés:
Small town boy, BOF 120 Battements par minute, Arnaud Rebotini
Albert Swing, BOF Au revoir là-haut, Christophe Julien
Seul, BOF Au revoir là-haut, Christophe Julien
Archives Ina JT d’Antenne 2, 1re cérémonie des César, 1976
Archives Ina César 1976, François de Roubaix
Clara 1939, from Le Vieux Fusil, François de Roubaix
La Wally, BOF Diva, Wilhelmenia  Weggins Fernandez et Vladimir Cosma
Deep blue dream, BOF Le Grand Bleu, Eric Serra
La Mort de Lhakpa, BOF Himalaya: l'enfance d'un chef, Bruno Coulais
The Ghost writer, main theme, Alexandre Desplat
De Rouille et d’os, main theme, Alexandre Desplat
The Shape of water, main title, Alexandre Desplat
Chi non lavora, non fa l’amore, Claudia Mori et Adriano Celentano
Le Dernier Métro, générique Georges Delerue

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L'émission

Le jeudi à 16h30

"La Symphonie du cinéma", une émission de Fabien Genest pour voyager dans l'univers des musiques de films.

Le présentateur

Fabien Genest

Journaliste de presse écrite et producteur de radio, passionné de cinéma et musique fabien.genest@rcf.fr