Et si la bioéthique était un sujet politique ?

Présentée par

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 16 septembre à 7h55

Durée émission : 3 min

Les discussions battent leur plein à l'Assemblée Nationale, pourtant, pouvait-on parler jusqu'à alors d'un réel débat ?

Enfin, on débat de la réforme des lois de bioéthique ! La semaine dernière, de mardi à vendredi, la mission bioéthique de l’Assemblée nationale a en effet examiné le projet de loi de bioéthique passant au crible les 2000 amendements déposés. Quatre jours de discussions de grande qualité, qui ont permis de cerner réellement les enjeux anthropologiques, sociétaux, commerciaux de cette révision des lois de bioéthique, qui doit, notamment (mais pas seulement !), ouvrir la possibilité d’une PMA aux couples de femmes, et aussi à des femmes seules.

Par exemple, jeudi dernier, une longue discussion s’est tenue autour des conséquences sur la filiation d’une telle réforme. Deux conceptions irréconciliables de la filiation se sont affrontées : l’une fondée sur la volonté (des parents d’intention), l’autre au contraire accordant une importance primordiale au biologique, et en particulier à la mère qui accouche. « Nos idées sont clairement antagonistes aux vôtres », a ainsi lancé Annie Genevard (LR) à son collègue Guillaume Chiche (LREM).

Ce qui me frappe, c’est que, enfin, on a le sentiment d’être entré dans une vraie discussion sur le fond. Vous allez me dire que voilà plus d’un an qu’on discute de ce texte ! Il y a eu les États généraux de la bioéthique, avec des dizaines de débats dans toute la France, et puis le rapport du Comité consultatif national d’éthique, et aussi celui du Conseil d’État. Bref, il n’a pas manqué de cénacles de discussion.

Sauf que, alors que ces consultations auraient dû, selon les mots du président Macron, construire un débat apaisé, il n’y a, justement, pas eu de débat. Les États généraux ont été des sortes de « boîtes à parole », où chacun des camps s’exprimait dans son « couloir de nage », sans que jamais on ne cherche à fabriquer du consensus, sans qu’il n’y ait une vraie rencontre ni un vrai affrontement. À l’heure où l’on parle beaucoup de démocratie directe et participative, il me semble qu’on en voit là toutes les limites.

La participation, ce n’est pas seulement donner la parole à tout le monde. C’est fabriquer ensemble une décision.

En revanche, depuis une semaine, les députés font leur boulot : ils pèsent le pour et le contre, ils s’affrontent sur le fond des choses : commercialisation des tests ADN ? gratuité des dons de gamètes, anonymat ou non de ces dons ?

On voit l’une des fonctions des débats parlementaires : traduire des enjeux qui semblent techniques en termes humains et sociétaux. On ne peut que regretter que cela ait été précédé d’un simulacre de concertation, qui fait que l’on discute aujourd’hui d’un texte où les choses sont déjà largement ficelées. Il aurait fallu, dès le début, un véritable débat de politique publique, au sens noble du terme.

Et non cette pseudo-consultation, où seuls les experts et les militants de chaque camp ont parlé. Les enjeux considérables de la bioéthique le méritaient bien.

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Le présentateur

Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn