Le mannequin virtuel

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L'image de la semaine

vendredi 11 janvier à 8h52

Durée émission : 3 min

Le mannequin virtuel

© Lilmiquela

David Groison vous parle d'une jeune fille pas comme les autres, qui a plus de un million de fans.

David, cette semaine, vous avez trouvé votre image de la semaine sur Instagram. c’est une photo de mannequin. Elle s’appelle lil miquela. 
 
Oui, alors, vous êtes allée j’imagine voir son portrait sur le réseau social préféré des ados. Sinon, je vous décris l’image tout de suite : c’est une jeune fille de 19 ans, avec les cheveux châtains, de grands yeux verts, les dents de devant légèrement écartées. Elle a de magnifiques tâches de rousseur. Sa coiffure est marrante : elle a une frange très droite, et deux chignons de chaque côté du crâne. Sur la photo postée hier, elle est assise en tailleur dans un couloir, un cahier sur les genoux, un crayon à la main. Un petit haut jaune à capuche, elle nous regarde droit dans les yeux…
 
En fait, ce n’est pas vraiment une photo. Lil Miquella a 1,5 million d’abonnés sur Instagram MAIS elle n’existe pas. On la voit pourtant au restaurant, en train de trainer au lit, de pique-niquer avec un copain, de s’habiller pour aller en soirée. Elle agit exactement comme une influenceuse de chair et d’os – ce nom donné aux filles qui donnent le LA de la mode sur les réseaux sociaux. Mais c’est une créature virtuelle – très réaliste, mais c’est virtuelle.
 
Mais tout n'est pas faux. Ses contrats sont bien réels. Les marques se battent pour apparaître dans ces images. Elle porte des vêtements et des accessoires griffés Chanel, Supreme ou Vans. Une manière pour elles de mettre en avant leurs produits de façon décalée. Ils payent pour ça. On estime 4000 à 5000 € par photo.
 
Là où un humain coûte cher et peut être incontrôlable, Lilmiquela apparaît comme le model idéal. Elle est malléable à souhait, elle ne déclenche pas de polémique, elle ne vieillit pas, elle ne se fatigue pas et ne elle demande ni nourriture ni frais de transport.
 
Les gens s'attachent à une créature virtuelle parce qu’avec ses images, elle raconte une histoire. Elle se proclame féministe et soutient le mouvement #blacklivesmatter qui dénonce les violences envers les Noirs américains. Elle a également offert deux machines à laver à un centre pour femmes sans-abris. Elle se montre au naturel, en train de refaire sa frange, ou au contraire très bien habillée. Elle a même une rivale conservatrice @bermudaisbae, qui a piraté son compte pour lui faire avouer qu’elle est un robot. C’est une vraie histoire que nous racontent ces images.
 
C’est une start up américaine, @brud.fyi, un studio qui a fait sa spécialité la création de personnages digitaux. Il a été fondé par un producteur proche de pop stars comme Katy Perry. Il a levé des millions de dollars auprès d’investisseurs. Et ça ne soulève aucune polémique. Sa virtualité ne choque même pas ! Au pire, elle interroge, au mieux, elle attise la curiosité. Tout est tellement artificiel sur les réseaux sociaux qu’un peu plus ou un peu moins… En tous cas, je vous conseille de la suivre L I L M I Q U E L A.
 
 

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Le vendredi à 8h52 et 15h15

Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est journaliste, rédacteur en chef du magazine Phosphore.