"Le traître" de Marco Bellocchio : un itinéraire au cœur de la mafia

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La chronique Cinéma

mercredi 30 octobre 2019 à 8h52

Durée émission : 3 min

"Le traître" de Marco Bellocchio : un itinéraire au cœur de la mafia

Cette semaine sort sur les écrans le 26e film du réalisateur italien Marco Bellocchio, "Le traître", qui faisait partie cette année de la sélection cannoise.

Après Ken Loach la semaine dernière, encore un cinéaste octogénaire qui nous propose, dans un tout autre style, une œuvre aussi impressionnante et aboutie.

Marco Bellocchio est un immense réalisateur italien contemporain. Il a commencé sa carrière dans les années 1960 et n’a eu de cesse depuis d’interroger l’histoire de son pays, et d’en critiquer les institutions et les dérives. Mais il n’avait pas encore abordé le thème de la mafia !

Le film commence en 1978, à la Sainte Rosalie, par une fête qui scelle un accord entre les clans de Palerme et ceux de Corleone, pour le trafic de l’héroïne. Mais très vite, la soif de pouvoir et d’argent va déclencher une guerre sanglante, où plus aucune des « règles » du Milieu ne sera respectée.

Tommaso Buschetta lui quitte la Sicile pour le Brésil à ce moment là, avec sa famille. Mais il finit par être arrêté, puis extradé vers l’Italie. Et c’est alors le premier qui va accepter de collaborer avec la justice et notamment de parler au juge Falcone.

N’EST-CE PAS UN PEU DATÉ, VU D’AUJOURD’HUI ?

Oui l’assassinat du juge Falcone est un vieux souvenir. Mais ce qui est passionnant avec Bellocchio, c’est sa capacité intacte à tresser ensemble le politique et le romanesque, à travers des images d’archives mêlées à des scènes oniriques imaginaires. Et c’est ce télescopage propre au cinéma qui produit la sensation pour le spectateur d’approcher la vérité historique.

Le film retrace donc de manière fascinante cette période et le tournant incroyable qu’a été le démantèlement de la mafia sicilienne par le juge Falcone.

Et en même temps, il nous plonge au cœur de l’intimité et de la psychologie de Buschetta, et il questionne les raisons de son choix. Était-ce pour protéger sa famille ? pour se venger ? ou au contraire pour se racheter ?
Lui réfute en tous cas le mot de « repenti », il dit avoir fait allégeance à vie à Cosa Nostra qu’il respecte, et pour Buschetta, ce sont les autres qui ont trahi.

Un « MAXI-PROCÈS » QUI S’EST OUVERT EN 1986, AVEC SES CENTAINES D’ACCUSÉS

Comme il s’est déroulé en vrai, c’est-à-dire comme un véritable spectacle où les accusés ont tout fait pour en empêcher le bon déroulement. Mais les scènes d’interrogatoires ont une forte puissance émotionnelle.

Et l’ensemble du film réussit cet exploit propre aux grandes œuvres, de créer une empathie avec les personnages tout en préservant pour le spectateur, un espace de liberté et une distance critique.

Et la bonne nouvelle, c’est que le film est sorti en salles en mai en Italie et qu’il a rencontré un très beau succès public dans une production nationale plutôt atone.
 

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Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr