Les leçons de la flèche de Rouen

Présentée par

La chronique Patrimoine

mardi 15 octobre à 8h52

Durée émission : 3 min

Les leçons de la flèche de Rouen

De la flèche de Rouen à celle de Notre-Dame de Paris : retour sur l'état de notre patrimoine

Nous allons parler aujourd'hui de la cathédrale de Rouen, en Seine-Maritime. Non pas en raison de l’affaire Lubrisol, cette entreprise chimique dont les installations ont brûlé fin septembre. Une suie grasse et des gouttes d’hydrocarbures sont retombées sur la rive droite de la Seine, mais ont épargné  le centre historique de la ville et donc la cathédrale. Mais parce que sa flèche, la flèche de la cathédrale, qui culmine à 152 mètres de hauteur, est en pleine restauration.

Les rouennais sont maintenant habitués à voir la base de cette flèche, à la croisée des transepts, emmaillotée dans un échafaudage, dont les premiers éléments ont commencé à être installés en 2017. Je n’ai pas eu la chance d’y grimper, mais il y a quelques jours, j’ai pu discuter sur place, au pied de l’ascenseur qui y mène, avec l’Architecte en chef des Monuments Historiques,  Richard Duplat,  en charge de la cathédrale de Rouen depuis 2014, et qui mène cette restauration depuis 2015.

Et cela dans le cadre d’un dossier sur l’état de notre patrimoine à paraître dans Pèlerin la semaine prochaine.

Est-ce qu’on peut faire un parallèle entre cette rénovation et la reconstruction annoncée d’une autre flèche, celle de Notre-Dame de Paris ?

Bien sûr, et c’est là où je voulais en venir. Sur la durée d’un tel chantier d’abord. Je vous redonne la date du début des études : 2015. Cette phase a été suivie par les classiques appels d’offres, pour sélectionner des entreprises à haute qualification. 2016 et 2017 : préparation du chantier. 2018 et 2019, exécution des premières tranches. Et il y en a encore pour … six ans, m’a assuré l’architecte. C’est vous dire si tout cela prend du temps : 11 ans, par une équipe rodée. On est loin des 5 ans annoncés pour Notre-Dame de Paris.

En quoi est-elle cette flèche ?

En fonte, renforcée par de l’acier Corten. A l’époque où elle a été édifiée, au milieu du XIXe siècle, en une cinquantaine d’années, précisons le, en remplacement d’une flèche en bois qui avait été incendiée par la foudre, la fonte était un matériau nouveau et prometteur. Mais sous la pression du vent qui balaye la vallée de la Seine, la fonte s’est révélé cassante et trop rigide.

Dans les années 1970, l’architecte chargé de la cathédrale a doublé sa structure avec de l’acier Corten, cet acier qui se recouvre petit à petit d’une couche d’oxydation qui le protège et lui donne une belle couleur brune. C’était sans compter sur ce petit taux de sel dans les pluies qui s’abattent sur Rouen, en provenance directe de la mer. Elles ont fini par avoir la peau de l’acier. Ce n’était pas prévu non plus.  

Voilà la leçon que peut nous donner la flèche de Rouen : réfléchir, anticiper, peser le pour et le contre, et ne pas foncer tête baissé dans le premier projet venu, aussi séduisant soit-il.

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