De la Toussaint au jour des morts, comment les chrétiens voient la vie par Martin Steffens

Présentée par

S'abonner à l'émission

Le Grand Invité

mercredi 1 novembre à 8h10

Durée émission : 15 min

De la Toussaint au jour des morts, comment les chrétiens voient la vie par Martin Steffens

© BrigitteBAUDESSON - Martin Steffens, philosophe

Pour Martin Steffens, le christianisme encourage à jouer le jeu de la vie, c'est-à-dire à assumer la contradiction entre vivre pleinement et consentir à la mort. C'est cela, la sainteté.

Souvent on confond le jour des morts et la fête de la Toussaint. Une confusion que l'on peut regretter, mais qui mérite qu'on s'y arrête, pour Martin Steffens. "La perspective de notre mort est une invitation à devenir tous saints puisque dès ici-bas, il s'agit de se demander ce que je voudrais que Dieu récapitule aujourd'hui de ma vie." Dans son livre "L'éternité reçue" (éd. DDB), le philosophe montre comment le christianisme est une religion qui encourage à jouer le jeu de la vie, c'est-à-dire à assumer cette contradiction entre la vie qu'il faut vivre pleinement et la mort à laquelle il faut consentir. ""Le chrétien est fait pour la vie", dit-il.
 

"La perspective de la mort, loin de vider la vie de tout son sens en donne l'urgence et la mesure: en ce sens elle est une invitation radicale à la sainteté"

 

La mort pour les chrétiens, faire avec sans se résigner

Au cœur de la conception chrétienne de la vie et de la mort il y a un paradoxe. Le Dieu des chrétiens, celui de la Bible, est en effet le Dieu de la vie. "Le chrétien est fait pour la vie car il est fait par un Dieu vivant", explique Martin Steffens. D'un autre côté, "une vie qui refuserait totalement de mourrir à elle-même", c'est-à-dire qui refuserait l'épreuve de la mort et de la souffrance, cette vie-là serait "captive d'elle-même".

On a souvent critiqué les chrétiens pour leur façon nier la mort et de ne voir que la vie éternelle. Or dans la perspective chrétienne, il ne s'agit en aucun cas de nier la mort, mais d'y consentir. C'est vrai que cela peut sembler contradictoire, admet le philosophe. Avec Simone Weil (1909-1943), il nous invite à trouver ce juste équilibre entre vivre pleinement et se laisser déposséder de la vie. À l'inverse, un philosophe comme Niezsche "est devenu fou de ne vouloir une vie qui ne soit que vivante". Pour Martin Steffens, ce que Nietzsche "ne voit pas" c'est que dans ce qui vient "blesser la vie" il y a le sens que les anglophones donnent au mot "blessing", c'est-à-dire "bénédiction".

 



 

les saints nous apprennent que faire de la mort

On a aussi critiqué les catholiques pour le caractère doloriste de leur religion. Niezsche, encore lui, y a vu une négation de soi, voire un suicide de soi. Or, dans la perspective chrétienne, il y a ce que Martin Steffens appelle, à la suite de Blaise Pascal, "l'idée chrétienne d'usage": on ne demande pas à Dieu une vie sans épreuve mais la grâc que cette épreuve nous rapproche de lui.

Au fond, comme le dit Martin Steffens, les saints ne sont pas des sages. "Le saint est celui qui a un désir crucifiant d'une vie toujours plus forte, toujours plus grande mais qui est invité à accueillir ce qui vient blesser cette vie comme quelque chose qui va lui demander des bras toujours plus ouverts, toujours plus accueillants." Si le sage est celui qui "est parvenu à résorber la contradiction de l'existence", le saint est celui qui l'assume, qui la vit, qui l'accueille dans toute son intensité. "La perspective de la mort, loin de vider la vie de tout son sens, en donne l'urgence et la mesure: en ce sens elle est une invitation radicale à la sainteté."

 



 

La sainteté chrétienne n'est pas l'idéal bouddhiste

Dans le bouddhisme il y a l'idée de nous détacher assez pour supporter une vie qui n'a pas de sens sans trop en souffrir, explique Martin Steffens. À l'inverse, "le saint choisit de de souffrir radicalement de ce qui est porteur de non sens et de mal". Non pas l'ataraxie de l'idéal bouddhiste mais le jeu de la vie. "Le Christ est venu jouer le jeu de la vie jusqu'au bout, avec la perspective de l'espérance qui ne l'écarte pas de la vie." Et tout le bien qu'il aura mis dans cette vie de passera pas.

 

Professeur agrégé de philosophie, Martin Steffens est l'auteur de nombreux ouvrages, dont "Petit traité de la joie - Consentir à la vie", éd. Salvator, 2011), "La vie en bleu - Pourquoi la vie est belle même dans l'épreuve" (éd. Marabout, 2014), "Rien que l'amour - Repères pour le martyre qui vient" (éd. Salvator, 2015).

 

Sur le même thème :

Les dernières émissions

L'émission

Du lundi au vendredi à 8h10

Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

Le présentateur

Antoine Bellier

Journaliste à RCF depuis 2009, Antoine est passé par le Mans et la Roche-sur-Yon, avant de rejoindre la rédaction nationale en septembre 2013. Depuis lors, il se lève aux aurores pour réveiller les auditeurs. Curieux de l’actualité sous toutes ses formes, amateur de cinéma et de littérature, il lui arrive de passer du micro à la plume.