
La Birmanie fait face à une terrible situation humanitaire depuis le séisme du vendredi 28 mars, causant plus de 2 000 victimes. Le pays observera une minute de silence aujourd'hui à 12h51. Face à la catastrophe, la junte militaire birmane a lancé un rare appel à l'aide à la communauté internationale, dont l'assistance commence à arriver sur place. Analyse de la situation avec Anne Monmoton, responsable de la Birmanie pour Enfants du Mékong.
Ce drame humain met en lumière les difficultés du pays qui souffre d’une guerre civile depuis quatre ans, dans laquelle la population civile s'oppose aux militaires de l'armée birmane. Cette dernière se dit garante de l'unité nationale du pays. En 2010, une ouverture politique, économique et sociale a été possible mais les militaires ont repris le pouvoir le 1er février 2021, relançant de plus belle le conflit.
Située dans les plaines sèches du centre de la Birmanie, Mandalay est la deuxième plus grande ville du pays avec environ un million d'habitants.
Partout, le manque d'eau et de nourriture se fait sentir et il y a énormément de dégradations matérielles dans cette ville.
Sur place, la population est essentiellement logée dans des maisons en matériaux durs ou dans des immeubles de 4, 5 étages. Certains bâtiments se sont effondrés complétement et d’autres sont à moitié en ruine. Les hôtels, avec un nombre d’étages plus important, se sont effondrés. « Partout, le manque d'eau et de nourriture se fait sentir et il y a énormément de dégradations matérielles dans cette ville », rapporte Anne Monmoton.
Les répliques, qui sont des nouvelles secousses sismiques suivant le tremblement de terre initial, inquiètent fortement les populations, « j'avais un contact local ce matin qui me disait qu'il y avait encore des secousses », assure la responsable de la Birmanie pour Enfants du Mékong. Les gens vivent actuellement dans la rue parce qu'ils redoutent de nouveaux effondrements d'immeubles.
Comme pour les épreuves précédentes endurées, les civils vont essayer de faire ce qu'ils peuvent pour aider leur communauté.
Les Birmans sont très résilients, parce que ça fait 4 ans qu'ils vivent une situation épouvantable.
Plusieurs coordinateurs locaux d’Enfants du Mékong ont pu observer l’état d'esprit de la population. « Les Birmans sont très résilients, parce que ça fait 4 ans qu'ils vivent une situation épouvantable. Donc je ne sens pas d'inquiétude particulière », confie la responsable engagée. Mais les difficultés sont là : coupures d'électricité et lignes téléphoniques coupées empêchant d’obtenir des informations fiables.
Bien que persévérants, les birmans se battent « dans un climat social de peur et de méfiance », affirme la spécialiste de ce pays d'Asie. Une méfiance vis-à-vis de la junte qui pourrait notamment manipuler les chiffres sur le nombre de victimes. Elle annonce plus de 2 000 morts alors que d'après l'Institut géologique des Etats-Unis, les chiffres sont situés entre 10 000 et 100 000 victimes. Le gouvernement parallèle a aussi annoncé des chiffres qui ne sont similaire à ceux des militaires, comme le soulève la responsable.
En outre, la minute de silence prévue en ce mardi 1er avril n'a pas été annoncée dès le départ par le général en chef.
Avant le tremblement de terre, l'aide internationale ne pouvait pas arriver, car le conflit en Birmanie est interne. Dans les zones de guerre des checkpoints étaient effectués avec des fouilles corporelles, ce qui empêchaient aux marchandises de passer.
Il y a énormément de restrictions, donc ça, ça va beaucoup restreindre l'arrivée de l'aide internationale.
Pour ce nouveau contexte nécessitant une assistance, il faut d’abord comprendre que le tremblement de terre a surtout secoué la plaine centrale, ce qui complique les déplacements. Il n’est pas possible d’acheminer facilement des matériaux et de la nourriture. « Il y a énormément de restrictions, donc ça, ça va beaucoup restreindre l'arrivée de l'aide internationale », révèle Anne Montmoton.
Pour permettre l'arrivée des secours internationaux, il serait nécessaire que les militaires assouplissent leur emprise et qu’ils soient à l'écoute des besoins de la population immédiate. Or Anne Montmoton explique que les militaires vont surtout orienter leur aide et les secours vers les lieux qui les intéressent, c’est à dire « ce qui est centenaire pour eux, la ville de Mandalay l'est et peut-être Népido". Cette dernière étant peu peuplée par les Bamars, les militaires risquent de ne pas la protéger. Les Bamars représentent à peu près 65% de la population et beaucoup de cadres de l'armée.
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