Comment est-il possible de rencontrer dans l'extrême pauvreté des hommes et des femmes qui expriment une joie sincère au coeur des difficuléts ? Béatrice Papeians est allée à Los Alagados il y a plusieurs dizaines d'années avec son mari. Albane et Xavier Wénisch ont imité son exemple avec l'association Fidesco en y vivant durant deux ans avec leurs deux enfants. Ecoutons leurs témoignages !
Béatrice Papeians : Il y a 40 ans, mon mari était envoyé en coopération à Rio. C'étaient durant les premières années de notre mariage et nous avons follement aimé le Brésil et cette vie si joyeuse. Mais nous avons aussi très vite compris qu’il y avait en réalité “deux Brésil”. Celui où vivent les habitants dans le confort matériel, et celui de la pauvreté, voire de l’extrême pauvreté.
J’ai voulu absolument, après nos deux ans de coopération à Rio, revenir et découvrir quel était ce “vrai Brésil”. A travers la rencontre d'un prêtre, je suis arrivée à Los Alagados, qui est une favela, une communauté qui se trouve à Bahia dans le nord-est du pays. Los Alagados signifie “inondé” en portugais. Il s’agit d’une petite île se situant dans la péninsule de la baie de Tous les Saints, de Bahia, au nord-est de la ville. Un lieu où les habitants vivent dans des marécages, des habitations faites de baraquements où l’on retrouve de la violence et un contexte totalement insalubre. Au fil des années, cette petite île a été entourée de poubelles, jusqu’à devenir une terre solide remblayée.
Albane Wénisch : le parcours avec l'association Fidesco est différent puisque avec mon mari nous avions depuis longtemps un désir de mission qui a peu à peu fait son chemin. Nous nous sommes rapprochés de l'association Fidesco qui est très professionnelle et habituée à envoyer des familles. Comme nous avons deux petits enfants, c'était quelque chose d’important pour nous. L’état d’esprit de Fidesco demande beaucoup d’humilité. Il consiste pour les volontaires désireux de servir les plus pauvres d’accepter une mission qui est confiée selon les besoins des pays partenaires. En 2022, mon mari Xavier et moi avons été envoyés à Los Alagados pour une durée de deux ans.
Ce volontariat était une décision de couple. Il a fallu que chacun se mette au diapason de l'autre. De plus, cette destination était très éloignée de la France et il fallait engager toute notre famille dans cette mission. Pour mon mari, l’idée de servir lui venait de ses années de scoutisme et de cette reconnaissance d'avoir beaucoup reçu. Dans nos parcours respectifs, nous avons eu de la chance et avons vécu dans des familles aimantes. Nous nous sommes sentis appelés à cette mission et nous avions envie de nous donner. Au plus on donnait dans notre mission, plus on se sentait appelés à la continuer !
B P. : le Brésil c'est d’abord le pays de la joie, c'est un tempérament chez eux ! Et c'est vraiment ce qui nous a touché le plus de toute notre vie. Étant revenue en Belgique, j'ai eu de cesse de vouloir y retourner pour retrouver cette joie. Et pour moi, Los Alagados est vraiment la cité de la joie. Cette situation est paradoxale parce que, visuellement rien ne va. Ce sont des baraques qui sont pourries, dans lesquelles personne n'a envie de vivre. Il y a des fils électriques à terre. On ne voit pas le ciel tellement il y a de fils électriques. C'est bruyant, c'est sale, c'est une favela, un quartier extrêmement pauvre !
A W. : paradoxalement, au bout de trois jours là-bas, je me suis sentie très en paix. Je sentais cette joie là, dont parle Béatrice. Je me suis demandée : pourquoi ici, dans cet endroit qui est si misérable, il y a cette joie contagieuse ? On avait donc un travail, une mission à travers laquelle on aidait dans des projets sociaux d'une paroisse brésilienne. Mais à côté de ça, nous vivions dans ce même quartier avec nos enfants. Cela dit, nous avions un logement relativement confortable, nous n’étions pas logés dans une baraque. Mais le fait d'être proches géographiquement des gens pendant deux ans, ça nous a permis, je pense, d’avoir plus de proximité du cœur. Les habitants se sentaient rejoints dans leur réalité. Cela leur montrait qu’on n'avait pas peur du bruit et de la saleté. A Los Alagados, on retrouve des situations fatigantes et parfois cocasses, aussi.
A W. : je travaillais dans un projet de soutien scolaire et un jour par semaine aussi un projet qui s'appelle rêve de maman, qui accueille les mamans. Les jeunes filles enceintes, souvent très très jeunes, pour les aider à travers la confection d'un trousseau, donc de la couture, à bien vivre leur grossesse. Tout ce qu'on fait en Europe sous l'appellation de préparation à la naissance. C'était un moyen pour les accompagner à vivre une grossesse sereine et à accueillir leur enfant le plus tranquillement possible.
B P. : La présence chrétienne est essentielle pour ces populations. Cette foi est un peu inhérente à leur caractère. Il y a vraiment dans le caractère des brésiliens cette capacité à se tourner vers plus grand que soi.
A W. : les brésiliens ont quand même une foi chevillée au corps. L'appartenance à une paroisse est très importante, elle fait partie de l'identité. Nous étions accueillis dans la paroisse Notre-Dame des Alagados, qui est une paroisse très dynamique, très gai et joyeuse. On ne voit pas ça en Europe. Toutes les semaines, il y avait une procession ou un événement organisée par la paroisse.
A W. : Il y a beaucoup de personnes qui nous ont marqué. Je pense tout de suite à un petit garçon qui était suivi dans le soutien scolaire où je travaillais. Il avait 11 ans et s'appelle Matteo. A la fin de son parcours de catéchisme, il a demandé le baptême à la fin de l'année 2023 et il m’a aussi demandé d’être sa marraine. J’ai vécu cela de façon très touchante. N'étant que de passage durant deux ans, qu’un petit garçon me demande cela en me témoignant tant de confiance m’a bouleversée. Matteo avait une vie extrêmement difficile, aujourd'hui encore, j'ai des nouvelles de lui par d'autres personnes. La réalité que vit ce garçon et tant d’autres est très chaotique, on ne sait pas ce qu'ils vont devenir.
A W. : C'est un temps de défis. Quand ces défis sont relevés, ils font grandir. D’une part parce qu'on vit ensemble des choses extrêmement fortes : on côtoie des personnes qui vivent dans une misère intense et qui témoignent d’une réalité très difficile ; d’autre part parce que le fait de vivre cela en couple nous a renforcé tous les deux.
Je n'aurais pas pu vivre cette mission toute seule et porter certaines choses qui m’ont été difficiles. Et puis, évidemment, ce sont des souvenirs incroyables que nous avons vécu ensemble en famille. Toute notre vie, nous allons nous nourrir de ceux-ci. Ce souvenir doit être entretenu comme un ciment pour notre vie familiale et conjugale.
Chaque jour de la semaine, à l'heure du goûter, la rédaction de 1RCF vous offre un temps de rencontres et de découvertes en direct de ses studios à Wavre.
Au programme, des interviews de personnalités issues du monde de la culture, de l’Église, de la politique, de la protection de l’environnement, de l’économie, des mouvements sociaux... Nous prendrons, avec vous et avec eux, le temps de décrypter l’actualité, d'interagir avec nos auditeurs, répondre à leurs questions, et de les accompagner chaque jour pour une tranche de partage, dans la bonne humeur.
C’est l’occasion pour 1RCF d’ aller à la rencontre de son public et d’échanger avec ses auditeurs.
Contact de l’émission : 16.17@rcf.be ou par téléphone de 16h à 17h au +32 (10) 23 59 04, ou sur notre page dédiée à l'émission.
Du lundi au vendredi à 16h03, rediffusions à 23h et à 04h, sur 1RCF Belgique.
RCF est une radio associative et professionnelle.
Pour préserver la qualité de ses programmes et son indépendance, RCF compte sur la mobilisation de tous ses auditeurs. Vous aussi participez à son financement !