Pour de nombreux militants en France, l’implantation des usines d’embouteillage de l'eau aurait des répercussions significatives sur l’environnement et la biodiversité. Mais au-delà de l’impact écologique, c’est aussi la privatisation de l’eau qui suscite de vives oppositions. Pourquoi ces projets réveillent-ils tant de résistance ? Que dénoncent précisément ces militants ? Une émission Je pense donc j'agis présentée par Melchior Gormand.
La France est le cinquième pays au monde qui consomme le plus d’eau en bouteille. Ce chiffre semble démesuré pour de nombreux militants, surtout au vu de la qualité de l’eau du robinet en comparaison avec d’autres régions du monde. C’est pour cela que l’embouteillage de l’eau interroge, autant d’un point de vue écologique que social.
"C’est une industrie mortifère et inutile." François Guerroué, co-fondateur de la coalition Stop Embouteillage, est catégorique. "Emballer l’eau dans du plastique et la commercialiser, c’est la privatisation de l’eau avec une grande marge sur emballage", détermine-t-il. Lui qui milite pour la mise à l'arrêt définitive de la filière de l'embouteillage industriel de l'eau, définit ce commerce comme "une manière de contrôler une donnée vitale. On privatise ce qui devrait être un bien commun universel".
François Guerroué indique "qu’il y a des centaines d’usines d’embouteillage en France, et partout sur le territoire". Il voudrait que ces usines cessent leur production, mais il fait face à des arguments de taille : cette activité est aussi une manière de faire résonner le territoire hors de France et génère des emplois, notamment en zone rurale. Stéphanie Rapoport, présidente de l'association Stop Embouteillage Divonne assure que "le côté économique doit être pris en compte mais, par exemple, pour le projet d’usine à Divonne, on parlait de 12 à 30 emplois. Que valent 30 emplois par rapport à l’impact de la privatisation de l’eau ?". François Guerroué change d’échelle en révélant que "l'embouteillage ressemble à tout autre business : ils piquent quelque part une ressource, ils en font profiter d’autres personnes qui cautionnent parce qu’elles travaillent. Ensuite, les conséquences sont invisibilisées mais pourtant bien réelles. C’est un petit secteur parmi d’autres. On dépouille d’un côté pour enrichir l’autre".
C’est une industrie mortifère et inutile.
"On a le sentiment d’être de plus en plus concernés par les problèmes liés à l’eau, comme les sécheresses et les inondations", s’inquiète François Guerroué. En effet, les problèmes affluent mais l'industrie ne semble pas changer, selon le co-fondateur de la coalition Stop Embouteillage, qui révèle qu’en Europe "l’eau est un luxe". Il dévoile que "l’eau minérale est un mensonge créé pour des enjeux de commercialisation autour du monde. L’eau pure n’existe pas. En France, l’eau du robinet est même plus contrôlée que l’eau en bouteille". "On vivra dans un monde où l’eau se déplacera plus dans les camions que dans les rivières", s'inquiète-t-il.
"Les habitudes sont prises, la publicité nous a convaincus que l’eau minérale est plus pure que celle du robinet", alerte Stéphanie Rapoport. Elle assure qu’il "faut déconstruire" cette mentalité pour faire changer les choses. Et la présidente de l'association Stop Embouteillage Divonne y est arrivée. Elle s’est longtemps battue pour protéger les eaux minérales de Divonne-les-bains dans le Pays de Gex dans le cadre d’un projet désormais avorté d’embouteillage de l’eau minérale de la ville. "Ce projet, signé en 2019, était aberrant et anachronique", accuse-t-elle. "On a cherché des informations pour réveiller les consciences et on a distribué des tracts pour alerter sur la situation à la frontière suisse. "Parfois la mobilisation peut gagner", renchérit-elle. "Si personne n'enquête, rien ne se passe", rapporte François Guerroué, qui a répertorié la centaine d'usines d’embouteillage de France sur une carte.
La publicité nous a convaincus que l’eau minérale est plus pure que celle du robinet.
"C’est un combat de terrain mais aussi médiatique", concède François Guerroué. En effet, plusieurs corps de métier sont mobilisés pour faire émerger ces révélations. "Les scientifiques, les journalistes, les institutions et les administrations", énumère l’activiste. La mobilisation prend donc de l’ampleur, "les gens se battent pour l’intérêt public", se réjouit Stéphanie Rapoport.
C’est un combat de terrain mais aussi médiatique.
La solution ? "Arrêter d’acheter des bouteilles en plastique et préférer l’eau du robinet", affirme Stéphanie Rapoport. "Les entreprises qui vendent de l’eau en bouteille vendent en premier lieu l’emballage et la logistique, plus que la qualité de leur produit", observe François Guerroué. "Il faut punir les entreprises", certifie Stéphanie Rapoport.
Cette émission interactive de deux heures présentée par Melchior Gormand est une invitation à la réflexion et à l’action. Une heure pour réfléchir et prendre du recul sur l’actualité avec des invités interviewés par Véronique Alzieu, Pauline de Torsiac, Stéphanie Gallet, Madeleine Vatel et Vincent Belotti. Une heure pour agir, avec les témoignages d’acteurs de terrain pour se mettre en mouvement et s’engager dans la construction du monde de demain.
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Bassin annécien
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