Dans l'évangile de ce dimanche, le Christ invite à renoncer à soi et porter sa croix. Voilà un verset qui a fait couler beaucoup d'encre ! Pendant des siècles on a cru qu'il fallait souffrir pour obtenir le salut. Comment sortir de cette interprétation doloriste et sacrificielle ? Et si Jésus nous invitait tout simplement à nous décentrer de nous-mêmes ?
Évangile du dimanche 30 août (Mt 16, 21-27)
En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »
Source : AELF
Quand on lit ce texte, on a l'impression que Jésus sait tout à l'avance : qu'il va être condamné à mort, qu'il va souffrir sa Passion et ressusciter... Mais ce texte a été écrit bien après la mort et la Résurrection. C'est ce que l'on appelle "le kérygme", c'est-à-dire un résumé de l'essentiel de la foi.
Ainsi, il est dit qu'il fallait que Jésus se rende à Jérusalem, pour y souffrir sa Passion. "Il y a quelque chose qui est inscrit dans les Écritures", explique la théologienne. De tous les évangélistes, Matthieu est celui qui insiste le plus sur l'accomplissement des Écritures, c'est-à-dire sur la réalisation de la promesse de Dieu dans l'Ancien Testament.
La réaction de Pierre dans ce passage est très étonnante. Quelques versets plus tôt, c'est lui-même qui déclarait : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" (Mt 16, 16). Pourquoi fait-il ces reproches à Jésus ? "On sent bien qu'il y a en Pierre un combat qui est en train de naître, décrit la théologienne, il va lui falloir faire un chemin, comme pour nous !" Certes il y a de l'ambivalence chez ce fondateur - "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église", lui a dit le Christ (Mt 16, 18). Pierre "est terriblement humain" : et "Jésus vient dans notre humanité. C'est un chemin périlleux que d'ouvrir l'humanité à la divinité, à sa divinité..."
"Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive." Voilà un verset "qui a fait couler beaucoup d'encre !" Pendant de longs siècles dans l'Église, on a cru "qu'il fallait beaucoup souffrir pour obtenir le salut". Pour Patiaré Bergeret, renoncer à soi c'est "renoncer à regarder le monde avec son propre regard, ce regard humain qui juge, pèse, quantifie, établit des normes..." Il s'agit de voir le monde avec les yeux du Christ.
On emploie parfois l'expression "porter sa croix" pour exprimer l'idée de sacrifice. "Si on parle de sacrifice à ce moment-là, selon la théologienne, ce sont des sacrifices que l'on peut avoir dans la vie pour maintenir la vie, maintenir l'altérité." Accepter de ne pas avoir raison, de se laisser déplacer, accueillir l'autre... C'est ce à quoi nous invite le Christ. Et "c'est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît !"
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