
LE MOT DE LA SEMAINE - Le salon de l'agriculture se tient actuellement à Paris. L'occasion pour Jean Pruvost de revenir sur le mot latin "ager', à l'origine de toute une série de mots français.
Le Salon de l’agriculture a ouvert ses portes samedi dernier et sera ouvert jusqu’au 2 mars, et comme le déclarent les organisateurs, « le Salon c’est tout un univers à explorer ! » Pour ce faire on peut partir d’un univers particulier, celui des racines latines et, donc de celle du mot « agriculture » : « ager », à l’origine de toute une famille de mots français.
On n’a pas de fait nécessairement connaissance de la fécondité de la racine « ager », signifiant en latin à la fois un terrain délimité et un champ cultivé. même si on devine bien que du pluriel de « ager », « agri », est né le mot « agricultura », désignant la culture des champs, à l’origine du mot français « agriculture » attesté à la fin du XIIIe siècle. Il sera suivi dès 1495 du mot « agriculteur », mais il faudra attendre la seconde moitié du XXe siècle pour qu’apparaisse l’« agricultrice ». En réalité pour bien saisir la portée d’un mot il faut souvent le situer dans son réseau d’opposition à d’autres mots, ainsi « ager, agri », les champs donc, s’opposait d’une part à la ville, « urbs », qu’on retrouve évidemment dans « zone urbaine », et d’autre part à « sylva », la forêt, d’où la « sylviculture », l’exploitation rationnelle des arbres d’une forêt, d’où encore les jolis prénoms « Sylvie, Sylvain, Sylvette, Sylvaine ». Il faut aussi dans le sillage de la racine initiale signaler le mot latin « agrestis » qui se retrouve au XIIIe siècle en français avec l’adjectif « agreste », qualifiant tout ce qui rapporte aux champs. Ce fut cependant d’abord tout ce qui n’était pas cultivé par l’être humain, par exemple un « site agreste », entendons un paysage sauvage. On put aussi parler des « plantes agrestes », croissant spontanément. On a également pu évoquer les « divinités agrestes », Enfin, moins alléchant, quelqu’un manquant de civilité s’assimile dans un style assez soutenu à une personne aux « mœurs agrestes ». Sainte-Beuve, qui n’aimait pas trop Littré, n’hésita pas ainsi en 1869 à souligner dans ses Cahiers que le lexicographe était, « malgré tout son mérite et sa science », « un esprit raide et rude, un peu agreste, tout d’une pièce. » Ce qui m’a poussé à consulter l’article « agreste » du bon Littré.
Il nous donne la différence entre « agreste » et « champêtre » : « Agreste écrit-il, n’est pas synonyme de champêtre. Agreste emporte avec lui l’idée de sauvage ; champêtre, l’idée de la culture et des agréments qui l’accompagnent. Un lieu agreste présente quelque chose de triste à la vue ; un lieu champêtre offre un spectacle gai et riant. » Alors soyons résolument champêtres ! En tout cas si on peut se sentir champêtre, on ne sera pas pour autant spécialiste de l’agronomie : le mot date de 1797, pour définir l’étude des problèmes liés à la connaissance des sols que l’on va cultiver. A existé aussi l’« agrologie », pour ainsi dire sortie de l’usage. Quant aux « lois agraires », qui ont pour objet le partage des terres, elles sont directement issues du latin « lex agraria », qui sous l’Empire romain avait pour objectif de réglementer la distribution des terres du domaine public : il s’agissait de donner leur chance aux citoyens pauvres. Avouons-le, peu de ces lois ont abouti ! Il est vrai qu’il manquait aux Romains l’essentiel…
Les auteurs de mots croisés en glissant « Elle a son salon » essaient de nous faire deviner le mot « agriculture » ! Ah malheureux petits Romains des villes qui n’avaient pas de salon de l’agriculture, être ainsi privés de vaches, de chèvres et de moutons à caresser, c’est inhumain !
Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !
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