
LE MOT DE LA SEMAINE - Cette semaine, Jean Pruvost, propose de revenir sur le mot avril. En retraçant son étymologie et les célèbres dictions qui lui sont associées.
S’agissant donc du mois d’avril, on doit à Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie, la plus belle introduction qui soit. Que
déclare-t-il en effet en 1814 dans les Harmonies de la nature ? « L’adoucissement subit de température a fait donner à ce mois le nom d’avril, du mot latin « aperire », ouvrir, et le surnom de doux, à cause de sa chaleur qui le rend singulièrement remarquable au sortir de l’hiver. » Hélas, cette étymologie est totalement fantaisiste, en vérité « avril » est tiré du latin « aprilis », issu de l’étrusque, lui-même emprunté au grec « Aphrô », abréviation d’« Aphrodite ». Cette étymologie fait ainsi d’avril le mois de la belle Aphrodite, mois de la renaissance de la nature et du sentiment amoureux. « Avril jonche la terre en fleurs d’un frais tapis », s’exclame ainsi en 1893 José Maria de Heredia à la façon d’un dicton. De fait bien des propos sur avril ressemblent à des dictons.
Avril est le mois le plus propice aux chutes de température. Comme le confirme un autre dicton ; « Ne crois pas de l’hiver avoir atteint la fin, Que la lune d’avril ait accompli son dessein. » Ou encore « Il n’est si gentil mois d’avril qui n’ait son grain de grésil. » Moins connu, il y a aussi : « Avril frais et mai chaud remplissent le grenier jusqu’en haut ». La pluie aidant, cet autre dicton : « Pluie d’avril remplit le fenil ». Sans oublier : « Quand il tonne en avril, le
laboureur se réjouit. » D’autres encore célèbrent la pluie avec un verbe en principe impersonnel, le verbe « pleuvoir ». et voici donc en 1813 extrait du Dictionnaire du Mauvais langage : « Avril pleut aux hommes ; Mai pleut aux bêtes », formule suivie de cette
explication : « la pluie d’avril promet des grains, celle de mai des fourrage, ce qui nourrit les animaux ». Il reste au bouillant Victor Hugo le mot de la fin : « S’il n’y avait pas le mois d’avril, on serait bien plus vertueux » !
Dire d’une personne qu’elle est « en son avril », c’est dire qu’elle est en pleine jeunesse. Quant à la tradition du poisson accroché dans le dos de quelqu’un, ou de la plaisanterie laissant croire à quelque chose de fantaisiste, l’origine en est obscure et les explications
innombrables. Ce qui est certain c’est qu’en 1466 le « poisson d’avril » est attesté en français en tant que jeune homme chargé de porter les lettres d’amour de son maître. Dès le XVII e siècle le « poisson d’avril » est enregistré dans nos dictionnaire comme le fait d’obliger quelqu’un « à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui ». Enfin avril, étant jadis le début de l’année, offrir un poisson en plein carême où l’on faisait maigre n’avait pas plus de valeur qu’un poisson de papier. Alors, aux verbicrucistes de rivaliser aujourd’hui de traits d’esprit pour nous faire deviner le mot : « Au premier ça sent le poisson » soulignent-ils, ou au contraire « son poisson ne sent rien », ou bien encore : « Commence par des niches », Pour ma part, je pencherai pour, l’auteur des dessins animés, de Bugs Bunny qui est Tex… Avril !
Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque lundi matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot, le mot de la semaine !
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