Pénitence, prière, aumône et jeûne…
L’Eglise invite les croyants à se préparer à la fête de Pâques. Suivre Jésus au désert pendant 40 jours, chaque année à la même époque quand les terrasses ensoleillées invitent à la fête… Pour-quoi ? Comment ?... C’est ce que la grande famille dominicaine - par une riche retraite en ligne* - et le médecin Jean-Michel Lecerf, nous aident à comprendre et à vivre. Allègrement !
Toutes voiles dehors, le teaser de Carême dans la ville ose une chorégraphie décoiffante, loin des clichés jansénistes. Depuis 20 ans, la famille dominicaine surfe sur la vague numérique pour annoncer la Parole avec une audace que leur fondateur n’aurait pas reniée.
Dominique n’a laissé aucun écrit, rappelle Sœur Anne-Claire Dangeard qui chapeaute le parcours virtuel. Cela donne une liberté formidable pour créer. Notre vocation comme celle de tout baptisé, c’est de diffuser la Bonne Nouvelle. On essaie de rencontrer les gens là où ils en sont. Sans langue de bois.
Et ce ne sont pas seulement les frères du couvent de Lille mais aussi des moniales, des sœurs apostoliques ou des laïcs dominicains qui entrent en scène pour accompagner 160 000 retraitants sur un chemin de conversion décomplexé. Par mail ou sur l’application, Prier dans la ville décline quotidiennement vidéos, méditations, vêpres avec les sœurs… Tous les moyens sont bons pour nourrir la prière du chrétien pressé, curieux, perdu ou assoiffé. Et de tous ceux qui n’osent pas ouvrir la Bible.
On se met à hauteur d’homme pour annoncer la Parole de Dieu sous des formes très variées.
7 semaines. 7 Prédicateurs. 7 approches d’un même thème. Cette année : « Le souffle du Puissant me fait vivre » (Job 33,4). Avant tout un appel à s’arrêter, en prenant soin de la vie qui nous traverse. Dans les joies comme dans les combats. Pour la famille des frères prêcheurs, l’entrée en carême marque surtout le départ vers une nouvelle aventure.
J’ai du mal avec le mot effort, ne cache pas sœur Anne-Claire. La question pour moi c’est davantage : qu’est-ce que je choisis de vivre pendant ce temps particulier ? Sur quoi vais-je me recentrer ? Comment vais-je nourrir ma prière dans la relation aux autres, rejoindre les propositions de ma paroisse pour vivre un temps de partage en communauté ?
Diacre et médecin nutritionniste, Jean-Michel Lecerf** ne dit rien de moins sur ce temps béni du carême, parenthèse de décentrement destinée surtout à nous rapprocher de Dieu et des autres. L'Eglise catholique invite particulièrement au jeûne le mercredi des cendres et le Vendredi Saint. Et puisqu’il faut bien chercher un sens au jeûne, l’auteur de l'ouvrage "La joie de manger", aux éditions du Cerf, aime se réapproprier positivement cet effort en s’attardant davantage sur sa dimension spirituelle. Si la privation volontaire de nourriture distingue l’homme de l’animal, elle lui permet essentiellement de s’approcher de quelque chose qui le dépasse.
Regardons Jésus. Avant de se lancer dans la vie publique, il jeûne pendant 40 jours. Non pas pour la performance. Et encore moins pour exalter la souffrance ou la tristesse. Pour autant il s’agit bien d’un exercice choisi. Les Pères du Désert nous parlent du combat spirituel qui se joue là, entre le bien et le mal qui nous habitent conjointement. Comme le sportif s’entraine, le chrétien est invité à se détourner au moins un peu des préoccupations matérielles, et se rendre ainsi plus disponible aux autres et à Dieu.
Démarche d’offrande personnelle, la frugalité à laquelle le carême nous convie rime avec partage. Don qui paradoxalement nourrit. Mais au-delà des velléités premières, pas facile de persévérer sur ce chemin avec le sourire. D’où l’importance de la prière.
Tout d’abord je peux demander au Seigneur de m’aider sur cette voie. Ensuite, la joie peut venir du cadeau que je fais aux autres de mon attention plus consciente. Et puis, notre religion étant incarnée, le jeûne recèle aussi une promesse : celle du plaisir renouvelé de manger quand on rompra le jeûne…
Petite astuce de nutritionniste enfin : jeûner à l’eau évite la sensation récurrente de faim procurée par un jeûne au pain ou au riz. Quel que soit mon effort personnel de carême loin des injonctions collectives, la seule perspective de la résurrection n’est-elle pas aussi un solide bâton de pèlerin ?
*caremedanslaville.org, déclinaison de la proposition prierdanslaville.org.
**Médecin spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques, responsable du Service Nutrition & Activité Physique de l’Institut Pasteur de Lille (IPL).
Politique, culture, économie, religion ou société; du lundi au jeudi à 18h10, Michel Picard reçoit en direct un grand invité issu des Hauts-de-France pour éclairer un point de l'actualité.
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