
LE FILM DE LA SEMAINE - Cette semaine, Valérie de Marnhac nous propose Deux sœurs de Mike Leigh. Entre tragédie et comédie, ce film qui parle avec finesse de la fratrie est universel.
Deux sœurs est le nouveau film de Mike Leigh, réalisateur qui a déjà reçu la Palme d’or et le Prix du jury œcuménique, en 1996 à Cannes, pour son film Secrets et mensonges. Il y brossait, de manière très fine et très subtile, les liens familiaux au sein d’un foyer de la classe moyenne britannique. Et notamment entre une mère et sa fille, qu’elle retrouvait adulte après l’avoir abandonnée à la naissance. La jeune femme était jouée par l’actrice Marianne Jean-Baptiste. Et c’est elle qui, 30 ans après, incarne Patsy, le personnage principal de ces Deux sœurs.
Patsy, c’est une femme en colère. Elle vocifère beaucoup et incrimine son entourage en permanence. Oui, tout le monde y passe : les voisins, les commerçants, les automobilistes, mais aussi son mari, Curtley, qui essaie de la gérer comme il peut, et son fils Moses, un bloc de silence et de résignation terrible face à l’ire maternelle.
Au début, le vocabulaire fleuri de Patsy peut prêter à sourire. Certaines scènes sont même assez drôles. Mais le rire devient vite jaune devant cette agressivité sans fin, à la limite du supportable. Sauf qu’elle masque en réalité une grande souffrance. Et Mike Leigh nous donne quelques indices pour tenter de la décoder…
L’actrice Marianne Jean-Baptiste qui joue son personnage est exceptionnelle et porte le film de bout en bout. Son personnage dérange et pourrait paraitre exécrable. Mais le jeu et les expressions de l’actrice lui donnent une consistance et une épaisseur humaine extraordinaire.
Patsy a une sœur, Chantal, qui est son opposé, pleine d’une joie de vivre communicative ! Sauf pour Patsy, que rien ne semble pouvoir consoler. Même quand sa sœur lui dit avec beaucoup d’amour : "Je ne te comprends pas, mais je t’aime". On devine, après un épisode au cimetière sur la tombe de leur mère, que Patsy a souffert d’être l’aînée. Mais ce n’est pas une explication et le film n’est pas un traité de psychologie. C’est plus une peinture de l’âme humaine, au cœur des angoisses et des fragilités qui façonnent nos existences, ici à la limite de la pathologie par moments.
La mise en scène de Mike Leigh offre la distance nécessaire à tout pathos excessif. Il joue sur la frontière entre tragédie et comédie, entre lucidité et légèreté. Il cherche ni à nous séduire ni à nous réconforter. Et n’offre aucune solution finale. Mais il pose sur chaque membre de cette famille un regard si plein de tendresse et de compassion qu’il nous bouleverse. Il le dit : dans les fratries, chaque enfant est différent. Et son film en cela est universel.
Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour pour écouter, à 8h45, La Chronique cinéma de Valérie de Marnhac !
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