18 mars 2025
Toucher du doigt l'universel
Dans Mélodies Intérieures, paru aux Presses de la Renaissance en 2014 Louis Chédid confesse : « Je me vois comme un chroniqueur de la société, un éditorialiste qui tente, à travers sa musique, de donner un peu de hauteur aux thèmes de société. Faire de la scène une tribune, pourquoi pas ? À condition que l’artiste l’utilise pour révéler, faire résonner la part d’humanité et la beauté tapies en chacun de nos actes. »
Dans son concert du jeudi 6 mars, Salle Poirel, auquel votre serviteur a assisté, c’est ce qu’il a fait dès le début, avec le morceau qui ouvre également son dernier cd intitulé Rêveur, Rêveur.
On y entend la strophe suivante :
Dans ce monde, si compliqué / Respect pour ces aventuriers / Qui passent leur temps à chercher / Le meilleur dans l’humanité / Y a tant d’amour à partager / Tant de beauté à découvrir / À recevoir et à donner /
Louis Chedid, 77 ans, le « père tranquille » de la chanson française y fait honneur à son surnom. C’est l’éloge d’un monde où l’on prend son temps pour les autres, comme il l’a exprimé ce soir là dans la chanson de 2015 Tu peux compter sur moi, dont je vous cite les paroles suivantes :
Si un jour tu sens le besoin / De parler à quelqu'un / De mettre des mots sur tes peurs / Si tu en as gros sur le cœur / Tu peux compter sur moi / (…) / Ce ne sont pas des paroles en l'air /
Ni de promesses à la légère / Mais ma déclaration d'ami / Peut-être un peu d'amour aussi / (…) / Quelle que soit la raison / Ni pourquoi ni comment / Ni pour combien de temps
Comme en écho, dix ans plus tard, il chante maintenant : Où que tu sois, où que tu ailles / Si t'as le cœur qui sort des rails / Douleur capitale ou vénielle / Quand les nuages ??s'amoncellent / Même si je peux pas t'empêcher d'être triste / Je plongerai dans les abysses Scaphandrier, j'irai / Au fond, te repêcher /(…) Si par moment, tu as l'âme vide / Glacée dedans et l'œil humide / Je viendrai rompre le silence / En te chantant la vie qui danse / N'hésite pas une seule seconde / Il y a quelque part dans le monde / Quelqu'un qui tient à toi / Et ce quelqu'un, c'est moi / Je suis là/
Il me semble que le temps qui passe pourrait être le fil rouge de ce concert. Mais quand Louis Chédid entonne Anne, ma sœur Anne, chanson de 1985, alors que dixit l’auteur-compositeur « La France penche dangereusement vers les rives bleu blanc rouge du FN », je me dis que les temps ne changent pas. Dans Mélodies intérieures, livre déjà cité, Louis Chédid explique en effet que « Dans « Anne, ma sœur Anne », je ne visais pas tant le FN que les extrêmes de tous bords, l’intolérance qui condamne aveuglement. » Aujourd’hui, alors que nous assistons à une montée des extrêmes, cette chanson qui dit « La voilà revenue, l’historique hystérie » reste malheureusement d’actualité.
Louis Chédid prend aussi du temps, comme il l’exprime dans le morceau Mon âme et moi, dont voici un extrait : Faut croire qu'mon âme et moi / On s'aime bien / Quand on s'envolera / Qu'on retournera Au-delà d'la lune / Léger comme une plume / Quand on ne pèsera plus / Que 21 grammes /Quand on s'ra redev'nu / Poussière d'étoile / Terriens, terriennes / Mes frères, mes sœurs / La vie ne serait rien / Sans une âme à l'intérieur / Humains, humaines / Écoutez-moi bien / C'est un cadeau du ciel / Il faut en prendre soin /
Ces quelques lignes confirment encore une fois ce que disent la plupart de celles que j’ai largement cité dans ma chronique et qu’explique le fils de l’écrivaine et poétesse Andrée Chédid : « Mon engagement est d’ordre affectif, je combats sur le front des émotions. Les chansons les plus plébiscitées sont celles qui traitent des sentiments aux proximités passionnelles. Elles parlent à tout le monde, contrairement aux vieilles rengaines politiques qui ne parlent qu’à l’intellect. Finalement, en allant au fond de soi, on touche du doigt l’universel ».
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