
Le Nutri-score, mis en place en France depuis 2017, est un système d'étiquetage nutritionnel qui vise à accompagner les consommateurs dans l’évaluation des aliments et à faciliter leur comparaison. Presque dix ans après son installation et parfois critiqué, le Nutri-score est-il fiable ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont ses avantages et ses limites ? Et quels autres moyens les consommateurs ont-ils pour juger leur nourriture ? Une émission Je pense donc j’agis présentée par Melchior Gormand.
Le Nutri-score est un indice qui mesure la qualité nutritionnelle globale des produits de grande surface. L'étiquette, avec ses cinq couleurs, est visible sur les emballages des produits, et les notes de A à E, en fonction de leur teneur en sel, en sucre ou encore en acides gras saturés. Créé entre 2012 et 2014 et mis en place en France en 2017, sa lisibilité reste parfois contestée malgré ses fondements scientifiques.
Le Nutri-score repose sur un algorithme scientifique conçu pour aider les consommateurs à mieux évaluer la qualité des aliments qu’ils achètent. Son créateur, Serge Hercberg, se souvient : "Dès le début des années 2010, j’ai commencé à travailler avec mes équipes pour créer un algorithme et un visuel, qui permettraient aux consommateurs d’avoir un aperçu fiable et rapide de la qualité des produits".
L’objectif est aussi d’inciter les industriels à améliorer leurs produits. "Pour moi, la nutrition est un combat. Je souhaite aider les consommateurs à mieux s’alimenter et aussi les industriels à distribuer des produits de meilleure qualité. D’ailleurs, aider les industriels à améliorer leurs produits était la vocation initiale", précise-t-il.
Pour moi, la nutrition est un combat
Le Nutri-score attribue une note de A à E correspondant à des couleurs (de vert à rouge) en fonction de la composition nutritionnelle des produits. "Les notes et les couleurs sont basées sur un algorithme approuvé scientifiquement", insiste Serge Hercberg. Cependant, il n’est pas obligatoire. "Le Nutri-score ne peut être apposé que sur les marques volontaires. Il y n'en avait aucune en 2014, six en 2017 et 1 459 marques aujourd’hui".
Enfin, cet outil évolue avec le temps. "Comme pour tout outil, l’algorithme nécessite des mises à jour régulières. C’est pour ça qu’en 2022-2023, un comité scientifique composé d’experts sans conflit d’intérêts s’est réuni pour améliorer le Nutri-score", rappelle son concepteur.
Ce système de notation présente plusieurs avantages significatifs. Le principal étant la rapidité et la praticité qu’il offre aux consommateurs. Il facilite les choix alimentaires et contribue à la prévention des maladies. "Le Nutri-score permet de réduire les risques de maladies chroniques en indiquant en un coup d’œil la qualité globale d’un produit", affirme Serge Hercberg.
Ça fait dix ans qu’on constate les blocages
Cependant, certaines critiques émergent. Dominique, une auditrice fidèle de l’émission Je pense donc j’agis témoigne : "Quand j’achète du thé noté A, je pense avoir un produit de super qualité, alors qu’il est plein de pesticides, mais je ne peux pas le savoir".
Serge Hercberg reconnaît cette faiblesse : "Une des limites du Nutri-score, c’est qu’il ne peut pas prendre en compte le degré de transformation des aliments, ou détecter les résidus de pesticides ou d’autres produits chimiques qui ne sont pas censés se retrouver dans des produits alimentaires”.
Le créateur de Nutri-score prévient également l'apprition de deux autres limites du système de notation : "Certains aliments comme le sel ou le sucre sont notés D ou E, alors que ce ne sont pas de mauvais aliments de base. Cependant, les consommateurs savent déjà qu’il ne faut pas en abuser. Le Nutri-score est surtout utile pour les produits industriels. Enfin, la notation ne peut pas être apposée sur des produits sans emballages".
Le Nutri-score est efficace pour comparer
deux produits identiques
Enfin, la comparaison de produit n’est pas pertinente dans tous les cas : "Le Nutri-score n’est pas efficace pour comparer de l’huile et du chocolat, il l’est pour comparer deux produits identiques, mais de marques différentes, ou simplement deux produits équivalents", rappelle la chargée de campagne chez Foodwatch.
L’absence d’une réglementation européenne contraignante constitue aussi un frein à son efficacité. "On a tenté de le rendre obligatoire en Europe, mais la Commission européenne a fait blocage, encouragée par les lobbies”, déplore Serge Hercberg.
Audrey Morice, chargée de campagnes pour l'ONG Foodwatch, insiste sur l’impact de ces pressions : "Ça fait dix ans qu’on constate les blocages. Des armadas de lobbyistes veulent décrédibiliser, désinformer ou semer la confusion sur l’utilisation du Nutri-score. À l’échelle européenne, c’est surtout l’Italie qui bloque sous prétexte de protéger sa gastronomie, alors que des lobbies sont aux commandes”.
Des armadas de lobbyistes veulent décrédibiliser le Nutri-score
Comme l’explique Audrey Morice, la France ne fait pas exception. "Annie Genevard, notre ministre de l'Agriculture et de la souveraineté alimentaire, a avoué à demi-mots faire blocage pour les lobbies. Elle reprenait tous leurs arguments", déplore-t-elle.
Face aux limites du Nutri-score, d’autres solutions existent. Alice, une auditrice assidue de l’émission témoigne : "He ne regarde pas beaucoup le Nutri-score, mais j’utilise Yuka. Les renseignements sont plus parlants". Serge Hercberg reconnaît l’intérêt de cette application."Yuka est une bonne alternative et sa notation est basée à 60 % sur le Nutri-score”, raconte le nutritionniste.
Il encourage aussi à privilégier les produits bruts et les petits producteurs, "pour éviter au maximum les produits transformés ou de mauvaise qualité, on peut se tourner vers les petits artisans, ou plus largement vers les produits bruts, très peu transformés”.
La société civile peut se mobiliser pour faire pression
Concernant la détection des pesticides, difficile par le Nutri-score, il conseille une autre certification. "On peut se baser sur la certification AB (Agriculture biologique)". Audrey Morice souligne quant à elle l’importance d’une mobilisation citoyenne pour faire pression sur les politiques : "Pour lutter contre les blocages, la société civile peut se mobiliser pour faire pression. Ça a fonctionné avec Annie Genevard".
Si le Nutri-score est un outil utile et scientifiquement prouvé, il ne suffit pas à garantir une alimentation saine. Associer cet indice avec d’autres labels et applications, ainsi que la lecture attentive des emballages, permettent une évaluation plus complète des produits alimentaires.
Cette émission interactive de deux heures présentée par Melchior Gormand est une invitation à la réflexion et à l’action. Une heure pour réfléchir et prendre du recul sur l’actualité avec des invités interviewés par Véronique Alzieu, Pauline de Torsiac, Stéphanie Gallet, Madeleine Vatel et Vincent Belotti. Une heure pour agir, avec les témoignages d’acteurs de terrain pour se mettre en mouvement et s’engager dans la construction du monde de demain.
Intervenez en direct au 04 72 38 20 23, dans le groupe Facebook Je pense donc j'agis ou écrivez à direct@rcf.fr
Suivez l’actualité nationale et régionale chaque jour
Pays de Savoie
RCF est une radio associative et professionnelle.
Pour préserver la qualité de ses programmes et son indépendance, RCF compte sur la mobilisation de tous ses auditeurs. Vous aussi participez à son financement !