L'édito de Sr Véronique Margron

Émission L'édito de Sr Véronique Margron © RCF
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Présenté par Véronique Margron

Sr Véronique Margron est religieuse dominicaine, présidente de la Corref (Conférence des religieux et religieuses de France). Chaque semaine, écoutez son édito dans La Matinale RCF.

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L'édito de Sr Véronique Margron

Présenté par Véronique Margron

Sr Véronique Margron est religieuse dominicaine, présidente de la Corref (Conférence des religieux et religieuses de France). Chaque semaine, écoutez son édito dans La Matinale RCF.

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3 min
Prière de ne pas abuser
Émission L'édito de Sr Véronique Margron présentée par Véronique Margron
Chers amis,
Jean Marc Sauvé, président de la commission indépendante sur les abus sexuels dans
l’Église, a remis son rapport il y a un peu plus de dix jours. Une déflagration. Ce n’est pas le
rapport qui est dur. Mais la réalité qu’il dévoile et analyse qui est accablante et laisse en
miettes au plus profond de son âme.
Je vous invite à lire ce rapport, à en parler autour de vous, entre vous. A lire avant tout le
recueil de témoignages, durs, bouleversants, dans le volume magnifique « de victimes à
témoins. »A vous saisir des recommandations ; dans votre paroisse, votre diocèse, votre
mouvement… C’est indispensable.
Ce matin, permettez-moi de m’effacer pour laisser la parole à Patrick Goujon. Prêtre, jésuite,
agressé sexuellement par un prêtre alors qu’il avait entre 8 et 11 ans. N’ayant pu alors
trouver une écoute de sa parole à bas bruit, le silence s’est refermé sur lui durant près de 40
ans, « déni traumatique ». Patrick Goujon écrit un bouleversant livre rare, Prière de ne pas
abuser. 90 petites pages bouleversantes, dont chaque mot compte, pudique et direct. « Ce
qui m’a poussé à écrire pour d’autres, dit Patrick Goujon, fut la conviction qu’on avait quand
même peu idée, dans la société et en particulier dans l’Église, non pas tant de la gravité de
ce qui arrive à un enfant quand il subit des abus sexuels, mais de la gravité de ce qui arrive à
un adulte quand il a subi enfant des agressions sexuelles. »
Voici quelques lignes :
«  J’ai retrouvé la parole alors que j’ignorais en avoir été privé. Enfant j’ai été abusé par un
prêtre pendant plusieurs années. Il m’a été donné un jour de me le dire à moi-même, puis
de parler. Je n’avais pas imaginé que cela aurait été si bienfaisant. Il m’aurait fallu croire que
la honte n’était pas qu’un fantôme, qu’elle n’était rien en comparaison de la paix en se
libérant des entraves. Je ne savais pas que je m’étais tu. Je ne me souviens pas m’être décidé
à me taire. La parole n’est pas venue.
Déni. J’avais confondu ces deux syllabes avec celles de l’oubli. Le déni n’oublie pas. Il
conserve. La souffrance ne disparait pas ; elle n’a pas où aller. Elle se tapit ; elle se terre. Le
déni travaille ; il fait grincer le corps entier. Le déni drape le monstre en un revenant
méconnaissable. Il voile ce qui sans lui ferait horreur. La victime ne pourra en soupçonner
l’origine : elle a été dissimulée afin que l’enfant puisse grandir.
Séquelles : « suites, complications plus ou moins tardives et durables d’une maladie, d’un
accident. » Ceux qui ne comprennent pas pourquoi les victimes se déclarent si longtemps
après leurs « prétendues » agressions entendront-ils la voix blanche du lexique ? Comme ces
pierres qui remontent des champs, ou, comme à Verdun, ces obus qui reviennent à la
surface et menacent d’exploser au visage de qui les manipulent sans précaution. Prendre la
parole m’a retiré d’un champ de mines. »


Patrick C. Goujon, Prière de ne pas abuser, Seuil.
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Se recueillir pour recevoir le rapport de la CIASE
Émission L'édito de Sr Véronique Margron présentée par Véronique Margron
Il est des jours où l’on voudrait juste se taire, faire un édito silencieux. Se recueillir tout au fond de
son âme pour espérer pouvoir accueillir ce qui va venir de douloureux.
C’est là où je suis à deux jours de la remise du rapport de la Commission indépendance sur les abus
sexuels dans l’Église (CIASE), mise en place fin 2018 par la conférence des évêques et celle de la
CORREF.
Notre dette, à tous dans l’Église catholique, sera immense envers M. Jean Marc Sauvé et l’ensemble
des membres de la CIASE d’avoir mené à terme un tel travail aussi inédit qu’éprouvant. Il est bien
difficile d’être porteur de témoignages de vies empêchées comme d’explicitations des défaillances,
des aveuglements et des complicités actives ou passives qui ont rendu possibles que ces crimes se
perpétuent sur les corps et dans les âmes de personnes vulnérables, mineures ou majeures. Dans un
entretien avec Cécile Chambraud du Monde, Jean Marc Sauvé dévoile avoir eu « le sentiment d’être
attirée vers le bas-fond de l’humanité ».
Personne de nous ne peut être préparé à un tel choc.
Désormais il reviendra à l’Église, à l’ensemble de ses responsables en 1 er lieu, de prendre ce fardeau
et de s’exposer du creux de la chair comme de la foi à ces « bas-fonds ». Affronter avec pauvreté ces
non-lieux d’humanité où les victimes virent leurs vies se briser me partait la seule manière d’espérer,
aujourd’hui, décider ce qui est juste.
J’ai bien conscience que cette impensable réalité va nous ébranler profondément. Qu’en ces heures il
n’est pas facile d’espérer. Et d’espérer dans et avec notre Église. Parmi vous chers auditeurs, il y a
des femmes et des hommes qui ont subi en leur âme et leur chair ces crimes, dont les enfances
furent emmurées, car c’est toujours l’enfance qui est touchée, y compris quand l’agression a lieu à
l’âge adulte. Alors juste être là, pour vous.
D’autres parmi vous se diront que c’est trop. Que pour continuer à croire, à faire communauté, il faut
se détourner de ses abominations. Comment ne pas comprendre ? Mais il faudra lutter contre cette
légitime tentation. Le seul chemin, en mouvements, en paroisses, en communautés, est d’en parler
ensemble. Pour ne pas nier ni désespérer. Pour faire face, soutenir les plus vulnérables, et construire.
« En ces bas-fonds, une création peut commencer et l'on devient proche les uns des autres » 1 .
Il nous faut passer par ce creuset, puiser au plus profond la force du Dieu fait chair pour avancer dans
la vie évangélique. Peut-être avez-vous lu ce petit livre du Christian Bobin, Le Très bas, à propos du
Dieu de François d’Assise. C’est là où nous sommes. Le très bas.

Véronique Margron op
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Le combat pour la vie
Émission L'édito de Sr Véronique Margron présentée par Véronique Margron
Il y a tout juste une semaine, nous célébrions dans notre pays les 40 ans de l’abolition de la peine de
mort, sans aucune restriction ni réserve ».
Alors même que l’opinion était majoritairement hostile, Fr. Mitterand mis cette résolution dans son
programme et ce sera une des premières lois votées.
« Dans la réalité judiciaire, qu’est-ce que la peine de mort? » Déclara Robert Badinter ce 17
septembre 1981. « Ce sont douze hommes et femmes, deux jours d’audience, l’impossibilité d’aller
jusqu’au fond des choses et le droit, ou le devoir, terrible, de trancher, en quelques quarts d’heure,
parfois quelques minutes, le problème si difficile de la culpabilité, et, au-delà, de décider de la vie ou
de la mort d’un autre être. Douze personnes, dans une démocratie, qui ont le droit de dire: celui-là
doit vivre, celui-là doit mourir! Je le dis: cette conception de la justice ne peut être celle des pays de
liberté, précisément pour ce qu’elle comporte de signification totalitaire. »
M. Badinter avait alors mis toute sa conviction d’âme pour dénoncer une "justice qui tue" et les
"exécutions furtives, à l'aube sous le dais noir" tendu dans une cour de prison.  Il faut lire ou relire
cette ultime phrase de sa plaidoirie, celle qui sauva la tête de Patrick Henry, Le 20 janvier 1977 : « 
un jour prochainement on abolira la peine de mort en France comme c’est déjà le cas dans toute
l’Europe occidentale. Et vous, vous resterez avec votre condamnation. Et un jour vous direz à vos
enfants où ils l’apprendront…que vous avez condamné à mort un garçon de 23 ans et vous verrez
leurs regards … »
Ne rien minimiser, excuser, nier. Regarder en face le crime, et se battre pour la vie. Car nul ne
possède l’avenir. Pas de rhétorique, mais placer chacun devant sa responsabilité personnelle,
d’hommes, de femmes.
Comment ne pas entendre en écho ces vers immémoriaux de Victor Hugo dans Les Quatre Vents de
l’esprit ( 1881)
«  Que la pierre bâtisse et non lapide !
Pas de sang ! pas de mort ! C’est un reflux stupide
Que la férocité sur la férocité
Un pilier d’échafaud soutient mal la cité.
Tu veux faire mourir ! moi je veux faire naitre ! »
Le combat de Robert Badinter, toute sa vie durant, n’est pas un combat contre la mort. Mais pour la
vie. La vie dont il connut le prix terrible, quand son père, Simon Badinter, tombe dans une souricière
dirigé par Klaus Barbie, à Lyon en février 1943. Il ne reviendra jamais, déporté au camp
d’extermination de Sobibor en Pologne. Robert décida alors de vivre intensément.
Alors oui son vrai combat, celui qui honore l’humanité toute entière, est pour la vie, pour qu’in fine,
ce soit elle qui gagne, envers et contre tout, envers et contre tous.
Oui la mort n’est jamais une victoire.

Merci Monsieur Badinter.
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Jouer dans les bidonvilles.
Émission L'édito de Sr Véronique Margron présentée par Véronique Margron
Savez-vous que le jeu d’échecs existe depuis 1000 ans ! Son origine se trouverait en Inde.
Il est sans doute le plus célèbre au monde, ayant conquis d’innombrables cultures.
Mais son introduction en Afrique restait assez confidentielle. Pourtant la situation change. Un film de
Disney y a contribué : Queen of Katwe, (La Dame de Katwe) en 2016. Il raconte l’histoire authentique
de Phiona Mutesi, jeune Ougandaise, pauvre, découvrant par hasard les échecs. Sa passion pour le
jeu l’amena à marcher des kilomètres par jour, juste pour pouvoir pratiquer les échecs. Avec deux
autres jeunes ougandais, elle gagna au Soudan un tournoi international pour enfants. Une histoire
qui a donc largement aidé à la diffusion des échecs à travers l’Afrique, montrant aux enfants et aux
parents que jouer à ce jeu pouvait offrir un avenir à certains, et surtout développer pour tous des
capacités de concentration, de stratégie, de créativité, d’adaptation. Un jeu aussi où il est quasiment
impossible de tricher.
Aujourd’hui, au-dessus de Lagos, au Nigeria, dans l’immense bidonville sur pilotis d’Ikorodu, de plus
de 250 000 personnes, les enfants reçoivent la visite de Tunde Onakoya. Ancien champion, lui aussi
originaire d'un bidonville, il est le fondateur de l'ONG « Chess in Slums »(« Les Échecs dans les
Bidonvilles »). Avec d’autres bénévoles, il vient apprendre à jouer aux échecs à ces enfants, dont la
grande majorité n’est pas scolarisé afin d’aider leur famille. Les plus jeunes ont tout juste 3 ans. Et les
voilà tous concentrés, tout occupés à leur tournoi.
"Je me suis dit que si j'arrivais à apprendre les échecs aux enfants des bidonvilles, la façon dont ils
sont perçus par tout le monde changerait. Au lieu de les voir juste comme des enfants pauvres, on
verrait qu'ils ont de grandes capacités intellectuelles", explique Tunde Onakoya. Il ajoute, lui qui a
aussi appris les échecs à l’école primaire, « croire en ce jeu, parce qu’il améliore les facultés
intellectuelles et la concentration ; c’est comme de la nourriture pour le cerveau. Au départ, le but
était d’apprendre aux enfants un jeu qui change leur vision du monde et leur donne confiance en eux,
mais c’est devenu bien plus que cela. C’est une porte d’accès à d’autres opportunités. »
D’ailleurs un architecte nigérian très connu a offert de devenir le mentor d’un garçon de 11 ans qu’il
avait vu construire des maquettes en carton !
« Ce qui fait de vous des champions, c’est la manière dont vous réagissez. Ne déprimez pas quand
vous perdez, ne vous découragez pas, concentrez-vous et faites de votre mieux », explique encore le
professeur, qui n’a que 24 ans – à ses petits élèves.
« Je veux être un grand maître », dit en riant un enfant.
Magnifique !
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« Que dois-je faire face à cette catastrophe ? » Telle est la question posée par le pape François dans sa réponse du 10 juin au cardinal Marx qui lui avait proposé sa démission...
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La Reine Élizabeth II, 95 ans, a annoncé l’interdiction des « thérapies de conversion » dans son discours pour l’ouverture de la session du parlement britannique...
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Crimes sexuels et Livre VI
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Avez-vous entendu cette information? La Réforme du Livre VI du droit interne de l’Église catholique a été rendue publique ce 1er juin, au terme d’un chantier lancé en 2007 par Benoît XVI
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Peut-être avez-vous lu ce très beau papier d’Elodie Maurot concernant le grand sociologue allemand Hans Joas qui s’intéresse au phénomène religieux...
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Comment faire un avec du multiple, comment tenir la pluralité des convictions et des croyances et l’unité d’une nation ?... Véronique Margron s'interroge
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La voix des pauvres
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Existe-t-il un point commun entre les pauvres et les chasseurs, demande Guillaume Leblanc, philosophe, dans un article du quotidien Libération. Quelle étrange question ! et pourtant...
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Hommage
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Plus de 100.000 victimes du Covid 19 en France.
Ce chiffre renvoie à une réalité informe qui nuit à imaginer ce que chaque défunt a pu endurer, ce que chaque famille souffre aujourd’hui...
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Digne
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Dans si c’est un homme Primo Levi raconte sa relation de détenu de camp avec Lorenzo, ce civil italien qui travaille avec les prisonniers et qui lui apporte tous les jours une gamelle de soupe, simplement parce qu’il est un homme...
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Le bien combattant
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Faut-il encore le rappeler ? Le génocide commis au Rwanda, en 1994, par une population civile hutue alors frappée de démence a fait « plus de 800 000 Tutsis tués en moins de cent jours dans le pays. »
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La vie avant la mort
Émission L'édito de Sr Véronique Margron présentée par Véronique Margron
Entrons dans cette semaine qui ne fait série avec aucune autre...
Semaine de fondation, de socle, de sol.
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