Donald Trump met la science sous pression. Aux États-Unis, depuis la prise de fonction du 47e président, les chercheurs subissent les coupes budgétaires, mais aussi de la censure. L’interventionnisme de l’administration Trump est tel que des scientifiques américains cherchent à quitter le pays.
Des licenciements par milliers, des subventions gelées ou encore des recherches stoppées net. Depuis son entrée en fonction, Donald Trump multiplie les actions contre les scientifiques. D’abord à travers les coupes budgétaires menées à la tronçonneuse par Elon Musk et son Département d’efficacité gouvernementale (Doge) avec en première ligne des agences fédérales comme la Nasa ou l'USAID, en charge du développement humanitaire.
Ensuite, l’administration Trump opère un véritable tri des projets scientifique "avec des mots-clés interdits comme 'changement climatique', 'racisme', 'genre', 'femmes', 'minorités', explique Kristel Chanard, géophysicienne à l’Institut de physique du globe de Paris. Bref tout ce qui dérange leur idéologie. Cela se fait en combinant plein de moyens différents, la censure, des thèmes sur lesquels on a le droit de travailler ou par, des pressions sur les universités. Quand elles ne correspondent pas à l'idéologie Trump, elles se voient couper leur financement assez radicalement".
Trump tient les cordons de la bourse. Plus de financement fléchés aux universitaires qui se hasarderaient à étudier le changement climatique, la diversité ethnique ou l’égalité d’accès aux soins.
L’attitude de l’administration Trump est "contraire au principe de liberté académique, rappelle Emmanuelle Perez-Tisserant, historienne des Etats-Unis à l’Université Toulouse Jean-Jaurès. La liberté académique, c'est l'idée selon laquelle il faut une autonomie qui soit protégée des intérêts politiques partisans, des intérêts économiques et financiers. Et c'est vraiment important, sinon on voit que la science peut servir des intérêts particuliers."
En réponse, des scientifiques se mobilisent sous la bannière "Stand up for Science" avec des manifestations aux États-Unis et partout ailleurs, notamment en France. Certains tentent aussi de conserver les données scientifiques susceptibles d’être effacées.
Ils ont peur. Ils voient l'avenir de la science aux États-Unis
comme assez sombre
Mais aux États-Unis, de nombreux chercheurs envisagent leur avenir hors du pays. Camille Parmesan est spécialiste du changement climatique au CNRS. Exilée en France lors du premier mandat de Donald Trump, elle confie être contactée de plus en plus : "Je ne peux pas vous donner leur nom car ils ont peur. Ils cherchent du travail hors des États-Unis. Pas seulement à cause des licenciements, mais aussi parce qu'ils voient l'avenir de la science aux États-Unis comme assez sombre".
Le ministre français de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, a demandé aux acteurs de la recherche de réfléchir à l’accueil de scientifiques qui quitteraient prochainement le continent américain.
Début mars, l’université d’Aix-Marseille a lancé un programme dédié de 15 millions d’euros pour recruter des scientifiques américains. Et les candidatures sont nombreuses. "On est débordé, nous sommes déjà à plus de 60 candidatures :17 traitées et 50 en attente avec des postulants venant d'institutions prestigieuses comme la Nasa ou Yale (université de l'État du Connecticut)", précise Eric Berton, le président de l’université.
On espère être le déclencheur d'un mouvement national
Les disciplines des candidats sont multiples : sciences humaines, climat, mais aussi astrophysique ou oncologie. "On espère ouvrir une quinzaine de postes, mais surtout être le déclencheur d'un mouvement national avec d'autres universités françaises, voire européennes. Car nous sommes à un moment où l'obscurantisme gagne une grande démocratie", souligne le président d'Aix-Marseille.
Mais cet élan de solidarité se heurte aux propres difficultés budgétaires françaises. "Une fois que l'on prend l'inflation en compte, le dernier budget pour l'enseignement supérieur à la recherche a baissé de 1,5 milliard d'euros et 1,6 milliard d'euros de crédit ont été annulés pour 2024 et 2025", déplore Emmanuel Perez-Tisserant. "On a besoin de soigner nous-mêmes notre propre système pour continuer à développer ces savoirs scientifiques. D’autant plus que ces attaques contre la science se développent dans d'autres pays", ajoute l'historienne.
Les chercheurs sont aussi inquiets de l’impact sur la recherche mondiale, car les Américains sont moteurs dans de nombreux domaines. Ils concentrent par exemple 60 % de la recherche sur le climat avec déjà des travaux interrompus en France. "La science, c'est quelque chose qui se fait en réseau. Les ressources sont mises en commun et les résultats et savoirs partagés", rappelle Eric Berton.
Camille Parmesan, elle, redoute une perte irréparable : "Je suis très inquiète des conséquences à long terme pour la science aux États-Unis. Trump l'a détruite à tel point qu'il faudra peut-être dix ou 20 ans pour la reconstruire. Ce ne sera pas une situation facile à inverser, même après son départ". Concrètement, la stratégie de Trump pourrait retarder de plusieurs années des avancées dans les domaines de la santé, des énergies propres ou de la protection du climat.
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