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Le Mot de l'évêque
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Le Mot de l'évêque RCF - page 8

Une émission de RCF Loir-et-Cher présentée par Mgr Francis Bestion

Regard sur l'actualité et la vie de l'Église

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Episodes

  • RCF
    18 juin 2021

    Bientôt des vacances pour se refaire et pour penser aux autres

    3 min
    « Sommes-nous responsables de l’avenir ? » C’était un des sujets du bac philo de cette année. Sujet particulièrement bien venu au moment où nous avons enfin l’impression de sortir d’une série d’événements qui ont profondément perturbé notre vie individuelle et collective depuis une quinzaine de mois, et où un avenir plus normal et moins anxiogène paraît s’ouvrir devant nous. Il nous semble donc que nous pourrons à nouveau prendre notre avenir en mains. Cet avenir, pour beaucoup de nos concitoyens, ce sera d’abord une période de vacances bien méritées. Car le retour à la normale se caractérise souvent par la surchauffe, au travail comme dans des rendez-vous en tout genre jusque-là maintes fois reportés. Les parents doivent s’occuper de la fin d’année scolaire de leurs enfants et de leur entrée dans la classe supérieure ; les paroisses rattrapent toutes sortes de rencontres qui n’avaient pu avoir lieu et préparent activement l’année à venir. Nous cherchons tous à compenser la réduction forcée de nos activités par un activisme qui nous épuise. Serons-nous plus raisonnables en vacances ? Ce n’est pas sûr ! Je suis prêt à parier que beaucoup auront la bougeotte et reviendront de vacances mal reposés : n’a-t-on pas fait tout récemment des comparaisons avec les « années folles » qui ont suivi le premier conflit mondial ? Le tout en oubliant que dans d’autres régions du monde la pandémie continue à sévir, avec son cortège de maux de toutes sortes. Il ne faudrait pas que le monde d’après, comme on l’a dit souvent, soit le monde d’avant en pire – et c’est le moment où jamais de s’en préoccuper en ne vivant pas tout à fait comme avant. Pour cela, je vous suggère un programme très simple en deux points : se refaire et penser aux autres. Se refaire, c’est prendre du temps pour se reposer et se nourrir spirituellement : pourquoi pas un temps de retraite ? Penser aux autres, c’est avoir le souci de ceux qui ne pourront pas prendre de vacances parce qu’en temps normal ils n’ont pas la vie à laquelle ils ont pourtant droit avec un travail, un logement décent, ou tout simplement un état de santé satisfaisant. Du 11 au 17 juillet a lieu notre pèlerinage diocésain à Lourdes, que nous avions dû supprimer l’an passé. Nous manquons d’hospitaliers et d’infirmiers pour s’occuper des malades : pourquoi pas vous ? Si vous avez des disponibilités et êtes prêt à rendre service, n’hésitez pas à vous manifester auprès de l’Hospitalité diocésaine à l’adresse suivante : hospitalitediocesaine@catholique-blois.net. Merci à vous !
  • RCF
    11 juin 2021

    SACRÉ CŒUR ET DIGNITÉ HUMAINE

    3 min
    Ce vendredi, c’est la fête du Sacré Cœur de Jésus. Comme un retour sur le Vendredi Saint et sur tout ce qu’il représente d’amour de Dieu et des hommes jusqu’à renoncer à sa propre vie. Le Cœur transpercé de Jésus est comme un livre ouvert où nous pouvons lire : « le Père vous a préférés à la vie de son Fils, et moi-même, je vous ai préférés à ma propre vie. » Préférer l’autre à soi, ne pas instrumentaliser l’autre pour soi, respecter sa dignité, voilà des préceptes fondamentaux qui ont besoin à toute époque d’être rappelés. Dans de nombreux domaines, notre époque a progressé dans la conscience de la dignité humaine : la suppression de la peine de mort, la condamnation de l’esclavage ou du colonialisme en sont des témoignages. Mais il faut bien reconnaître que dans d’autres domaines, notre époque régresse : l’avortement, la promotion de l’euthanasie (au nom d’une « dignité » dévoyée), le sort fait aux migrants, l’insulte ou l’invective sur les réseaux sociaux, en sont aussi des témoignages qu’on ne peut passer sous silence. Beaucoup de régressions s’expliquent par la revendication unilatérale de droits individuels. L’illusion de liberté toute-puissante que donnent les réseaux sociaux se paye de toutes sortes d’atteintes à la dignité d’autrui, ou à la sienne propre. Le refus d’un comportement de simple humanité provoque les tragiques noyades de populations déplacées en Méditerranée ou leur entassement dans des camps qui sont la honte de nos pays développés. Les pratiques toujours plus transgressives des biotechnologies sont mises au service des lois du marché, qui exercent une pression sur les législateurs jusqu’à ce qu’ils se conforment aux désirs individuels, eux-mêmes manipulés par de grands groupes industriels. Je redoute que les enfants que notre loi française s’apprête à priver de père fassent un jour des procès à leurs « parents d’intentions » au nom de leur dignité humaine bafouée. Ils auront raison, mais combien d’existences auront été abîmées dans l’intervalle ? Je voudrais reprendre ici à mon compte une proposition de Mgr Olivier de Germay, qui invite à jeûner le vendredi pendant tout le mois de juin et qui suggère des intentions de prière universelle dominicale. Voici ces intentions et la prière conclusive : En cette période de discussion des lois bioéthiques, nous te prions Seigneur pour les parlementaires et les politiques de notre pays. Qu’au-delà des luttes partisanes, ils puissent discerner au mieux ce qui est bon pour notre société, et en particulier pour les plus petits. Nous te prions Seigneur pour toutes les personnes qui doivent faire un choix bioéthique difficile. Donne-leur ton Esprit d’amour pour les aider à discerner. Dieu Tout-Puissant qui es présent dans tout l’univers et dans la plus petite de tes créatures, Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe, répands sur nous la force de ton amour pour que nous protégions la vie et la beauté. (Prière pour notre Terre, tirée de l’Encyclique Laudato si’ du Pape François)
  • RCF
    4 juin 2021

    Peut-on "historiciser le mal" ?

    3 min
    Les éditions Fayard viennent de publier une énorme édition critique de l’écrit programmatique de Hitler, Mein Kampf – en français « Mon combat ». Il s’agit là d’un travail scientifique très rigoureux, et on peut s’étonner que certains aient trouvé à redire à ce projet, d’autant que 5000 exemplaires par an d’une édition de propagande sans introduction ni notes se vendent déjà chaque année, si l’on en croit les spécialistes – sans compter tout ce qui circule gratuitement sur internet. Cette suspicion de principe attachée à une entreprise éditoriale oblige la maison Fayard à recourir à toutes sortes de précautions pour justifier son audace. L’une d’entre elles consiste à transformer Mein Kampf en simple sous-titre, le titre officiel de l’ouvrage devenant Historiciser le mal. C’est cette expression que je voudrais interroger car elle me paraît un peu étrange, et pour tout dire contestable. Je suppose que le mot « historiciser » signifie replacer dans l’histoire, avec son enchaînement des causes et des effets. Mais précisément : s’il est possible de contextualiser des événements ou des personnages, peut-on réaliser la même opération avec le mal lui-même ? Seul l’être humain, à strictement parler, est capable de faire le mal et de pactiser avec lui. Comment l’histoire pourrait-elle rendre compte de ce mystère de ténèbres ? Derrière l’expression « historiciser le mal », je soupçonne la persistance de l’illusion d’arriver à en rendre compte de manière rationnelle. Ceux qui font le mal seraient ainsi le produit d’une époque, ou d’une classe sociale, ou d’un contexte économique qui expliquerait pratiquement tout. Cette vision réductrice, jadis défendue par les marxistes, est extrêmement dangereuse. Elle aboutit toujours à une réécriture de l’histoire – réécriture à laquelle tous les régimes totalitaires se sont adonnés sans vergogne. Les assassins, comme les saints, surgissent on ne sait d’où. Mais la bonne nouvelle, c’est que là où les assassins semblent jouir d’un pouvoir illimité, les saints sont présents et leur tiennent tête. Dans l’Allemagne nazie, il y a eu Edith Stein, Dietrich Bonhoeffer, Hans et Sophie Scholl, Maximilien Kolbe, et bien d’autres. Là où des hommes pactisent avec le mal, d’autres hommes se laissent conduire par l’Esprit jusqu’à donner leur vie pour leurs compagnons d’infortune et pour leurs bourreaux eux-mêmes. Au pacte avec le mal et avec le Mauvais répond l’alliance avec le Dieu sauveur.
  • RCF
    28 mai 2021

    C'est le moment d'agir !

    3 min
    Monseigneur d’Ornellas, archevêque de Rennes et chargé des questions d’éthique médicale, vient de communiquer aux évêques de France le calendrier de l’examen en troisième lecture du projet de loi relatif à la bioéthique, et un texte de pétition. Le calendrier d’abord. L’examen reprendra le 1er juin et la séance publique au Sénat se tiendra le 24. Cela fait trois semaines de débats sur ce projet en perspective. La pétition ensuite. En voici le texte de présentation : « Les parents d’un enfant, c’est son père et sa mère. C’est évident, mais c’est encore mieux en le disant ! Signez vite la pétition sur le site de l’Assemblée nationale pour l’inscrire dans la loi ! » « Le projet de loi "bioéthique", en cours d’examen au Parlement, vise à créer des "parents" en inscrivant deux mères sur l’acte de naissance d’enfants nés de PMA et en effaçant sciemment leur père. Il est donc urgent de défendre l’enfant, la paternité et la maternité. Si plus de 100 000 personnes signent cette pétition, un député sera nommé rapporteur et il devra proposer à ses collègues de la Commission des lois d’examiner cette proposition de loi, celle-ci remettant donc en question des aspects fondamentaux du projet de loi "bioéthique". Pour que les enfants nés de PMA naissent d’un père et d’une mère dont ils ont besoin et qu’ils ont le droit, dans la mesure du possible, de connaître, comme tous les enfants du monde, merci d’avance de signer la pétition et de diffuser le plus largement possible cet appel. » C’est ce que je fais pour ma part, en vous rappelant que vous pouvez retrouver cette chronique sur le site du diocèse de Blois et sur celui de RCF Loir-et-Cher. Quant à la pétition, elle se trouve sur le site : www.petition-assemblee.fr Une dernière précision : pour garantir que vous êtes bien une personne physique existante, majeure et française, et qu’on ne signe pas plusieurs fois, le site de l’Assemblée nationale vous demandera une identification sécurisée. Vous pouvez la donner sans crainte : votre signature restera anonyme et aucune base de données ne sera constituée à partir des informations que vous aurez communiquées. Agissons pendant qu’il en est encore temps !
  • RCF
    21 mai 2021

    Pentecôte

    3 min
    Après Pâques, la Pentecôte est plus grande des fêtes chrétiennes. Le terme grec qui a donné Pentecôte signifie « cinquante », ou plus précisément « le cinquantième jour ». Le cinquantième jour après la pâque, en effet, nos frères juifs célèbrent toujours la fête de Shavouot, ou « fête des semaines », qui commémore le don de la Loi fait jadis à Moïse sur le mont Sinaï. Pour nous chrétiens, la Pentecôte correspond au jour de la descente de l’Esprit Saint promis par Jésus sur les apôtres, et par conséquent au moment où l’Église a commencé à exister. Au début de l’évangile de Luc, l’ange Gabriel avait dit à Marie : « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » (1, 35). Les Actes des Apôtres commencent de manière semblable : l’Esprit Saint vient à nouveau sur Marie et fait naître l’Église qui continuera à mettre le Christ au monde en annonçant la Bonne Nouvelle et en dispensant les sacrements. La différence est que Marie, Mère de l’Église, n’est pas seule : elle se tient au milieu des Apôtres, et ce sont eux qui seront les témoins de Jésus « jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8). Quel est au juste le rapport entre le sens attribué par les Juifs à Shavouot et la descente de l’Esprit Saint ? Un commentateur juif explique que la sortie d’Égypte n’était encore qu’une délivrance matérielle, tandis que le don de la Loi inaugurait une délivrance spirituelle (cf. E. Guggenheim, Le judaïsme dans la vie quotidienne, Paris, Albin Michel, coll. « Présences du Judaïsme », 1992 p. 164). La Loi opère une délivrance spirituelle en tant qu’elle a pour but d’amener l’homme à se comporter comme Dieu qui lui dit « vous serez saints car je suis saint » (Levitique 11, 44 ; 20, 26 etc.) : c’est un don qui « spiritualise » ceux qui le reçoivent, au sens où il leur apprend à vivre selon l’Esprit de Dieu. Et voilà qu’au début des Actes des Apôtres l’Esprit de Dieu en personne est donné. Un pas décisif est franchi par rapport à l’Ancien Testament : désormais, en effet, l’homme ne se contentera pas de connaître ce que Dieu veut pour lui, il sera rendu capable de le réaliser. La Loi de Dieu sera inscrite non plus sur des tables de pierre, mais sur son cœur (Jérémie 31, 33), devenu « cœur de chair » parce que l’Esprit sera présent en lui (Ézéchiel 36, 27). C’est ce cœur nouveau que jeunes et adultes demandent à recevoir au terme de ce temps pascal et en particulier le jour de Pentecôte, en étant marqués du sceau de l’Esprit Saint dans le sacrement de confirmation. Lorsqu’ils auront reçu l’onction du Saint Chrême dans le rite appelé « chrismation », ils deviendront pour l’Église et pour le monde ces nouveaux christs à jamais recréés à l’image du Christ Sauveur qui, poussé par l’Esprit Saint, a accompli jusqu’au bout la volonté du Père par amour pour Lui et par amour pour nous.
  • RCF
    16 mai 2021

    Jamais deux sans trois

    3 min
    Le Dieu de la foi chrétienne, c’est un Père et un Fils. Tout le monde peut comprendre que l’un ne va pas sans l’autre : s’il n’avait pas de Fils, le Père ne pourrait pas être Père, et inversement. Mais nous croyons aussi que Dieu est Esprit Saint, et le temps que nous vivons entre Ascension et Pentecôte est une sorte de neuvaine d’attente de l’Esprit Saint. Qu’est-ce que cela veut dire ? Un grand théologien du Moyen-Âge, Richard de Saint-Victor, a tenté d’expliquer pourquoi l’amour n’est parfait que s’il suscite un troisième que les deux premiers aiment ensemble et qui est en quelque sorte la personnification de leur amour. Il s’inspirait en cela de l’analogie de la famille : un homme et une femme s’aiment, et cet amour est si fort qu’il devient un troisième, l’enfant, qui sera désormais comme le sceau de leur amour. Comparaison n’est certes pas raison, mais il y a dans cette pensée une vérité profonde. L’amour n’est jamais binaire, il est toujours ternaire, ou mieux trinitaire. Des adolescents immatures peuvent se regarder dans le blanc des yeux, mais leur amour aura besoin de s’élargir pour devenir un amour fécond et capable de s’inscrire dans la durée. Une des grandes énigmes de l’histoire du salut est que Dieu semble s’ingénier à instaurer entre les êtres des dualités qui deviennent presque immanquablement des relations d’opposition ou de domination. Nous venons d’évoquer l’homme et la femme, mais on peut en dire autant du juif et du païen, à propos desquels l’épître aux Éphésiens n’hésite pas à parler d’un « mur de la haine » (2, 14) que le Christ a supprimé dans sa chair. On peut y ajouter, dans l’histoire de l’Église, une autre dualité souvent difficile à vivre et pourtant vitale, celle entre le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel. Or la foi nous enseigne que partout où Dieu établit des différences, c’est au bout du compte pour construire l’unité. Il ne distingue que pour unir, les deux termes prenant conscience qu’ils ne vont pas l’un sans l’autre et qu’ils ont chacun besoin de l’autre pour être jusqu’au bout ce qu’ils ont à être. L’Esprit Saint est justement ce troisième, ce Tiers divin qui intervient pour qu’une telle mission, humainement impossible, se réalise. Sans lui l’Église n’est pas l’Église ; sans lui juifs et païens se livrent une guerre sans merci ; sans lui l’homme et la femme demeurent dans les impasses de leur relation conflictuelle. Bien mieux, l’Esprit Saint est en nous, comme il l’est déjà en Dieu, principe de personnalisation : c’est en Lui que le Père est tel, en lui que le Fils est tel. C’est en lui que l’homme est homme, et la femme, femme. C’est en lui enfin que l’Église en ses différents membres constitue les prémices de l’humanité réconciliée et de la création nouvelle.
  • RCF
    7 mai 2021

    Les vicissitudes de l'Histoire

    3 min
    Du bout des lèvres et du bout des doigts, notre pays s’est résolu à commémorer Napoléon. « Commémorer n’est pas célébrer » a-t-on pris soin de préciser. Le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, s’est moins embarrassé de scrupules : profitant du déboulonnage pour restauration de la statue de Napoléon place de l’Hôtel de Ville, il a proposé de ne pas la remettre en place, mais de la remplacer par une statue de… Gisèle Halimi. Sans commentaire. Ou plutôt si, commentons. Indépendamment de ce qu’on peut penser de l’un et de l’autre, il est intéressant de voir mettre en balance deux personnages d’envergure à ce point différente que la suggestion prêterait à rire si elle n’était si affligeante. Mais il est plus intéressant encore de considérer les lunettes historiques qu’on utilise en la circonstance. On peut les résumer d’un simple signe arithmétique : Napoléon égale l’esclavage ; Halimi égale la libération. C’est aussi simple que cela. Il n’est pas mauvais que deux siècles après la mort de Napoléon, on prenne davantage conscience de la complexité du personnage, avec ses ombres et ses lumières. Mais n’en avait-on pas pris conscience depuis longtemps ? Ce qui caractérise notre époque, c’est bien plutôt la tendance à la caricature idéologique la plus sommaire, la plus simpliste, et donc la plus totalitaire et la plus haïssable. Comment, mais comment en sommes-nous arrivés là ? J’hésite à commenter ici le malheureux projet de « déconstruire notre histoire » avancé par Emmanuel Macron, tant les politiques se sont empressés de s’en emparer voracement pour gagner des voix. Je m’en tiendrai à dire que c’est un projet qui, s’il était appliqué, serait profondément délétère, car aucun peuple ne peut exister et se projeter vers l’avenir sans ce qu’on pourrait appeler un récit national qui lui donne foi en lui-même et en son propre génie. Or le drame de la France, comme l’écrit Marcel Gauchet, c’est que « depuis le XIXe siècle [elle] doute profondément de son destin historique ». Et la déconstruction, cette « grimace moderne du nihilisme » (Pierre Magnard), n’est qu’un travail de sape des principes de toute civilisation, « l’ennemi mortel de toutes les formes d’édification » (Jean-François Mattéi). Le génie de la IIIe république, qui fut une grande période d’enseignement de l’histoire avait été de récupérer la totalité de la grandeur passée et d’en donner un récit cohérent. La France gaullienne avait repris à son compte cette entreprise compromise par la catastrophe de la défaite et de l’Occupation. Elle a failli réussir, mais elle est venue s’échouer sur les récifs d’un nihilisme dont nous commençons à mesurer la puissance destructrice. Des généraux se sont insurgés récemment contre la légèreté avec laquelle on jetait aux chiens ce qui fait notre substance. J’ignore s’ils ont eu tort ou raison, mais je constate que la seule réponse qu’on a su leur apporter a été la sanction et la mise à la retraite : terrible aveu d’une impuissance à répondre et à débattre de l’essentiel – pour simplement tenter encore de savoir qui nous sommes.
  • RCF
    30 avril 2021

    Saint Joseph travailleur

    3 min
    Saint Joseph, auquel cette année 2021 est consacrée, est vénéré avant tout comme le père nourricier de l’enfant Jésus. Mais au siècle dernier, alors que se répandait partout la fête du 1er mai comme fête du travail et journée consacrée aux revendications des travailleurs, le pape Pie XII a souhaité que saint Joseph soit vénéré aussi à cette date comme patron des « travailleurs », c’est-à-dire en premier lieu de tous ceux qui exercent un métier manuel. C’est de saint Joseph que Jésus enfant et adolescent a appris à tirer parti de ses mains pour travailler le bois et le rendre apte à l’usage humain. Il a ainsi apporté sa contribution à l’effort de l’humanité pour dominer le monde sans le détruire ni l’enlaidir, mais en donnant une nouvelle noblesse à la matière dont il est fait : dans cet art, car c’en est un, nous sommes probablement beaucoup moins doués que ne l’étaient les gens de cette époque, et nous avons beaucoup à apprendre de ceux qui n’en ont pas perdu totalement le secret. Jadis, les Dauphins de France devaient apprendre dans leur enfance un métier manuel : c’est ainsi que Louis XVI par exemple était devenu serrurier. Les métiers manuels étaient encore considérés sous l’Ancien Régime comme tout aussi formateurs que l’activité intellectuelle pour se préparer à gouverner un grand pays. « Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore que celles-ci, et vous en serez stupéfaits » dit Jésus dans l’évangile selon saint Jean (5, 20). Sans le moindre doute, c’est d’abord auprès de Joseph que Jésus a découvert que le père aimait le Fils et lui montrait tout ce qu’il faisait ; et c’est grâce à Joseph qu’il a pu transposer sur le Père des cieux cette initiation au travail paternel et affirmer à ceux qui lui reprochaient de ne pas respecter le sabbat : « mon Père travaille toujours, et moi aussi je travaille » (Jn 5, 17). Dans la parole « le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait », on perçoit aussi le lien qui existe entre le travail et l’amour. Le travail fait avec amour suscite le désir de communiquer à ceux qu’on aime les secrets de ce que l’on fait. Ainsi, le travail n’est pas dissocié des autres relations humaines : bien au contraire, il les renforce. Là encore, bien que nous l’ayons souvent oublié, le travail existe pour être source d’unité et de fraternité. C’est pourquoi la vie terrestre de Jésus et son travail d’artisan puis de prédicateur du royaume des cieux ont culminé dans le sacrement de l’eucharistie : le pain et le vin, fruits de la terre, de la vigne et du travail des hommes, ont été rendus capables de récapituler toute l’offrande du Fils de Dieu et de nous la partager en communion.
  • RCF
    23 avril 2021

    Le Christ est notre avenir

    3 min
    On a souvent tendance à confondre deux mots qui n’ont pas le même sens : le futur et l’avenir. Vous avez sans doute remarqué que dans de nombreux films de science-fiction les dangers ou les êtres malfaisants viennent du futur. Ils ne viennent pas de l’avenir car plus ou moins consciemment nous nous souvenons encore que le mot avenir a un sens plus positif que le mot futur. Je suis un piètre angliciste, mais je crois que l’anglais ne fait pas cette distinction : pour l’avenir comme pour le futur, il dispose d’un seul mot : future. Et toute une génération désespère de l’avenir en disant : « no future ». Or les deux mots ne veulent pas dire la même chose. Le futur, c’est ce qui nous tombe dessus sans que nous n’y puissions rien. C’est pourquoi le futur est souvent présenté sous des traits plutôt sombres, car il ratifie en quelque sorte notre impuissance radicale à le conjurer. Le futur peut être fascinant, comme dans la science-fiction, mais il est surtout inquiétant, voire menaçant. On comprend que les jeunes d’aujourd’hui aient peur du futur puisqu’on ne cesse de le leur présenter comme porteur de catastrophes – catastrophes écologiques, catastrophes sanitaires, et plus simplement incertitudes quant à la vie professionnelle et quant à la stabilité affective : « la première année on achète les meubles ; la deuxième année on déplace les meubles ; la troisième année on partage les meubles » disait un humoriste désabusé. Pour l’avenir, c’est tout autre chose. L’avenir c’est ce que nous bâtissons pour nous, c’est aussi ce que nos capacités humaines nous permettent d’espérer pour les générations qui viendront après nous – ce qui suppose qu’il vaille la peine de mettre des enfants au monde. Mais surtout l’avenir, ce n’est pas « quelque chose », c’est Quelqu’un qui vient vers nous, qui s’avance à notre rencontre et nous ouvre les bras : l’avenir est le lieu de l’espérance en Celui qui est la Vie. Le pape Benoît XVI disait magnifiquement à propos de l’espérance qu’elle « attire l’avenir dans le temps présent ». Et il ajoutait : « l’existence de cet avenir change le présent ; le présent est touché par la réalité future, et ainsi les choses à venir se déversent sur les choses présentes et celles présentes sur celles à venir . » Y a-t-il plus belle définition de la résurrection ? Le Christ ressuscité est notre avenir, un avenir qui se déverse sur notre présent et en change radicalement la signification. Alors nous pouvons vivre et agir en sachant que tout notre présent a du sens, que tout notre présent est appelé à se déverser sur notre avenir, que tout, ici et maintenant, est semence d’éternité.
  • RCF
    16 avril 2021

    Ils sont 96 % à penser que... suite et fin

    3 min
    Dans ma chronique de la semaine dernière sur l’euthanasie, je relevais les résultats apparemment sans appel des sondages d’opinion sur cette question : tout porte à croire qu’une majorité écrasante de nos compatriotes seraient favorables à ce qu’on les expédie dans l’autre monde quand leur état de santé ne permettrait plus d’espérer de guérison. Mais dans la même chronique j’ajoutais ceci : « tout est dans l’art de présenter les choses, et les idéologues savent toujours les présenter comme il convient pour arriver à leurs fins. » Je voudrais aujourd’hui préciser ma pensée à ce propos. Personne n’a envie de mourir, mais personne non plus n’a envie de souffrir. Si l’on demande à quelqu’un : « que préférez-vous : mourir naturellement dans d’atroces souffrances, ou bien mourir doucement, en dormant, d’une mort provoquée ? » Aucun doute : il choisira le deuxième terme de l’alternative. Mais est-ce aujourd’hui une vraie alternative ? Il faut répondre avec force que non. Paradoxalement, la préoccupation de soulager la douleur est récente dans notre culture. Quand j’étais enfant, tout le monde trouvait normal d’avoir mal chez le dentiste ; aujourd’hui, tout le monde trouve normal de ne pas avoir mal. Longtemps, la lutte contre la douleur a été très en retard sur les progrès de la médecine, mais elle est en train de rattraper ce retard. Le développement des soins palliatifs en est l’attestation – et à cet égard, on ne peut que se réjouir de l’ouverture à Blois d’une unité de douze lits de soins palliatifs, même si beaucoup reste à faire. La Société française d’accompagnement et de soins palliatifs définit le but de ces pratiques médicales de la manière suivante : « les soins palliatifs prennent le parti d’accompagner le malade jusqu’au bout, en évitant les deux extrêmes que sont l’obstination déraisonnable et l’euthanasie. Ils prennent en soin la douleur physique, la souffrance psychique, sociale et existentielle ou spirituelle. Ils visent à sauvegarder la dignité de la personne malade et à soutenir l’entourage... L’accompagnement des soins palliatifs pose qu’en fin de vie, il est possible d’avoir d’autres projets que celui de mourir. » Je signe des deux mains ! Et j’ajoute : mourir n’est pas et ne peut pas être un projet ; mais faire de sa mort une offrande, l’ultime offrande, peut être l’accomplissement d’une vie vraiment humaine.
  • RCF
    9 avril 2021

    Ils sont 96 % à penser que...

    3 min
    Ils sont 96% à penser que les Juifs sont une espèce mi-humaine mi-animale nuisible, apparentée aux rats et aux cloportes. « Ils », ce sont les Allemands à la fin des années 30. Quelques années de bourrage de crâne et de folie raciste ont suffi pour les faire dériver du bon sens le plus élémentaire. Ils sont 96% à penser que l’euthanasie est la dernière victoire « sociétale » à remporter pour maîtriser sa mort. « Ils », ce sont les Français en 2021. Du moins, à ce qu’on nous dit. Je ne crois pas du tout qu’ils soient 96%, pas plus que je ne crois que les Allemands du temps d’Hitler aient été une écrasante majorité à croire à sa doctrine. Tout est dans l’art de présenter les choses, et les idéologues savent toujours les présenter comme il convient pour arriver à leurs fins. Je sens qu’on va m’accuser de reductio ad Hitlerum. Péché impardonnable s’il en est. J’assume ! Car l’euthanasie des inutiles (malades mentaux, mais aussi personnes en fin de vie) faisait partie aussi de l’idéologie nazie, et pour les mêmes raisons que l’euthanasie dite volontaire, mais bientôt systématique, fait partie de l’idéologie de nos pseudo-compassionnels contemporains. Les malades en fin de vie, ça coûte cher. Les malades en fin de vie, c’est la démonstration que nous ne sommes pas tout-puissants et que la mort fait partie de notre condition humaine. Insupportable pour certains. Avez-vous lu l’article courageux de Michel Houellebecq mardi dernier ? Ce n’est pas un de mes auteurs de chevet, mais il a tout compris. Il a compris le dévoiement du vocabulaire auquel se livrent les partisans de l’euthanasie – en tordant les mots « compassion » et « dignité » en particulier. Comme si la compassion consistait à se débarrasser des autres après les avoir persuadés de demander le coup de grâce ; et comme si la dignité consistait à refuser le combat – car le mot « agonie » veut dire « combat ». Il est étonnant que Houellebecq ne trouve à citer que les bouddhistes pour rappeler que l’agonie est le moment où se jouent les choix décisifs d’un être humain. Le christianisme n’aurait-il vraiment rien à dire sur le sujet, lui qui nous rend témoins de l’agonie du Christ, lui qui nous fait prier pour être préservés de « la mort imprévue » et pour pouvoir faire de notre mort l’acte suprême d’offrande de nous-mêmes ? Dites non à cette horreur de l’euthanasie. Ayez le courage de dire non, de descendre dans la rue pour dire non. Ce n’est pas parce que certains de nos malheureux voisins en sont arrivés là que nous devons faire de même. Il est encore temps de réagir. Demain il sera trop tard. Demain, au nom de la « compassion », comme ils disent, on ne vous demandera même plus votre avis : on vous éliminera, tout simplement, dans le silence de l’hôpital. Je laisse le mot de la fin à Houellebecq : « Lorsqu’un pays, dit-il, en vient à légaliser l’euthanasie, il perd à mes yeux tout droit au respect. Il devient dès lors non seulement légitime, mais souhaitable, de le détruire ; afin qu’autre chose – un autre pays, une autre société, une autre civilisation – ait une chance d’advenir. »
  • RCF
    2 avril 2021

    LA FEMME FIGURE DE L’ÉPOUSE

    3 min
    Il est toujours stimulant de recevoir des réactions à ce qu’on dit sur l’antenne : c’est pourquoi je remercie vivement l’auditeur qui a réagi à ma chronique de la semaine dernière sur la masculinité du sacerdoce et sur le rapport époux-épouse qui est celui du Christ avec l’Église – ce rapport époux-épouse que le prêtre permet à l’assemblée de concrétiser quand il lui fait face en tenant sacramentellement la place du Christ. Cet auditeur me remercie pour mes propos, mais en même temps il me fait remarquer, je le cite, que « la spécificité de la vocation consacrée féminine est trop peu expliquée, trop peu mise à l’honneur dans l’Église ». Pour appuyer sa réflexion, cet auditeur me renvoie à un texte très éclairant sur la vie contemplative et monastique féminine. Publié en 1999 sous l’autorité du Pape Jean-Paul II, il souligne que les femmes sont plus à même que les hommes de représenter l’Église-épouse, en particulier lorsqu’elles n’ont pas d’époux humain – on pense ici tout particulièrement aux moniales dans les monastères. « En raison même de leur nature féminine, dit le texte, les moniales manifestent plus efficacement le mystère de l’Église "Épouse immaculée de l’Agneau immaculé". » Si le sacerdoce ministériel est réservé aux hommes pour les raisons que j’ai développées dans ma chronique précédente, ce sont les femmes qui apprennent aux hommes ce qui ne leur est pas spontané, à savoir se situer comme membres de l’Église-Épouse devant le Christ-Époux. Que ce ne soit pas spontané pour les hommes, on le voit très bien dans les écrits des mystiques. Saint Jean de la Croix, par exemple, est obligé de recourir à des acrobaties de langage en disant que c’est « l’âme » qui est dans une relation d’épouse avec le Christ, alors que sainte Thérèse d’Avila, au contraire, n’a aucune difficulté à appeler directement le Christ son « divin Époux ». En cette Semaine Sainte où nous fêtons l’institution du sacerdoce, n’oublions pas que Marie a été présente au Cénacle avec les Apôtres pour les aider à ne jamais oublier que s’ils avaient vocation à agir au nom du Christ, ils restaient toujours membres de l’Église-Épouse. Ce sont les femmes qui peuvent libérer les prêtres du danger du cléricalisme, ce cancer spirituel qui pervertit le choix de Dieu en privilège et le pouvoir sacré en domination. Joyeuses Pâques à tous et à chacun !
  • RCF
    26 mars 2021

    DES FEMMES PRÊTRES ?

    3 min
    Le 22 janvier dernier, je commentais la décision du Pape François d’ouvrir aux femmes l’accès aux ministères de lecteur et d’acolyte, c’est-à-dire au service liturgique de la Parole de Dieu et de l’eucharistie. Un auditeur vient de me rappeler que j’avais aussi promis de traiter la question de l’accès des femmes à l’ordination. Chose promise, chose due ! Commençons par un rappel : nous avons un corps, et ce corps est sexué. Chacune des cellules qui le composent est marquée au coin de la masculinité ou de la féminité. En conséquence, lorsque Dieu a pris un corps (affirmation qui est au centre de notre foi), il a dû choisir. Il ne pouvait pas n’être ni homme ni femme, il ne pouvait pas être à la fois l’un et l’autre, il devait être ou l’un ou l’autre. Et il a choisi d’être de sexe masculin et d’assumer ainsi, en plus des autres limitations liées à notre condition, cette limitation liée à la condition sexuée. Pourquoi s’est-il fait homme plutôt que femme ? On pourrait répondre que la condition féminine de l’époque ne lui aurait pas permis de mener sa vie publique comme il l’entendait, mais cette explication sociologique est bien courte. Cherchons plutôt dans l’Évangile : on peut remarquer qu’en des passages importants (par exemple Matthieu 9, 15), Jésus se donne à lui-même le titre d’Époux. Or ce titre est un titre de Dieu dans l’Ancien Testament (par exemple Isaïe 54, 5) : Dieu se présente comme l’Époux qui veut se lier à l’humanité jusqu’à l’épouser et se donner à elle. Le Christ, de même, est l’Époux qui « a aimé l’Église et s’est donné pour elle » (Éphésiens 5, 25). C’est justement pour cette raison que le prêtre est un homme, et non une femme. S’il n’y avait pas le prêtre, l’Église ne pourrait pas vivre ce vis-à-vis de l’Épouse et de l’Époux que le prêtre représente sacramentellement. Ce face à face est encore bien plus sensible depuis que la messe est célébrée « face au peuple », comme on dit, et tout prêtre qui célèbre le ressent presque physiquement : il a besoin de l’assemblée tout autant que l’assemblée a besoin de lui. Ce que je viens de dire suppose simplement pour être compris qu’on ne confonde pas, comme c’est souvent le cas aujourd’hui, l’égal avec l’identique. Bienheureuse différence inscrite en notre corps qui nous rappelle que l’égalité se vit dans la complémentarité. Bienheureuse masculinité du sacerdoce qui nous rappelle que nous ne sommes pas des atomes d’humanité interchangeables, mais que l’un n’est pas l’autre et que nous ne sommes pas Dieu.
  • RCF
    19 mars 2021

    DE BRUIT ET DE FUREUR

    3 min
    Ces derniers temps, Arte rediffusait un film de Jean-Claude Brisseau, assez mauvais du reste, intitulé De bruit et de fureur. Le film vaut surtout par son titre emprunté au noir soliloque du Macbeth de Shakespeare : « La vie est une histoire racontée par un idiot, sans signification, pleine de bruit et de fureur. » La date de tournage du film, 1988, invite à s’interroger. C’était il y a plus de trente ans, et déjà certaines banlieues étaient en proie à l’exclusion, à la misère sociale, à l’échec scolaire et à leurs conséquences : les trafics en tous genres, la délinquance et la violence. En trente ans, le nombre de ces lieux de non-droit n’a fait qu’augmenter, et qu’a-t-on fait pour y remédier ? Des discours, beaucoup de discours, dont les tirades sarkozystes sur le nettoyage au karcher ne sont pas les moins pittoresques, mais des actes fort peu. Le bruit et la fureur se sont déchaînés dans nos rues cette semaine. Comme souvent, le prétexte était futile en apparence : une simple histoire de contrôle de police sur des petits malfrats qui n’avaient pas la conscience tranquille et qui, en prenant la fuite, ont mis en danger leur vie et celle d’autres personnes. Prétexte futile et conséquences tragiques… Mais ce qui a mis le feu aux poudres était-il si futile ? Non, car les conséquences ont manifesté une fois de plus l’existence de tout un système, de tout un monde parallèle qui fonctionne selon ses propres lois et qui ne peut tolérer d’être même effleuré du doigt. On dit que si les trafiquants de stupéfiants qui sévissent en France étaient empêchés de nuire, plus de 200 000 personnes perdraient leur gagne-pain. Un monde parallèle, une économie parallèle, des règles parallèles, dans une République qui proclame fièrement que personne n’est au-dessus de la loi. Voilà qui donne à penser. Je ne peux chasser de mon esprit l’image du camion qu’on lance à vive allure et qui fonce sur les policiers. Cela me remet en mémoire un autre camion fou, à Nice, il y a cinq ans. C’était le 14 juillet 2016, sur la promenade des Anglais noire de monde. Les mobiles sont différents, la logique est la même : le bruit et la fureur. Mais où va donc cette société qui fabrique ainsi des barbares ? Oui, où va-t-elle ? Dans la phrase de Macbeth, les deux mots les plus importants peut-être sont : « sans signification » (signifying nothing). Une société qui ne pointe vers rien, qui ne propose aucun idéal, qui reste désespérément « sans signification ». C’est à elle que s’en prennent ces barbares, et de ce point de vue ils sont autant victimes que coupables.
  • RCF
    12 mars 2021

    Un suspens

    3 min
    ​Il y a des moments qu’on appelle des suspens.
  • RCF
    5 mars 2021

    PAS D’HUMANITÉ SANS MYSTIQUE

    3 min
    Je voudrais vous partager une lecture récente qui m’a donné à penser. Il s’agit d’une conférence d’Emmanuel Gabellieri sur la philosophe Simone Weil, morte en 1943 (à ne pas confondre avec sa quasi homonyme l’ancienne ministre Simone Veil). Ayant rejoint la France libre à Londres en 1942, Simone Weil s’interrogeait sur la manière la plus adéquate de répondre au totalitarisme nazi. Et elle était convaincue qu’il ne suffisait pas de combattre Hitler avec les seuls moyens de la guerre classique, mais qu’il fallait répondre à la mystique hitlérienne par une autre mystique. En effet, pour elle – et c’est le point essentiel, qui choqua beaucoup de gens à l’époque – le nazisme proposait une mystique, et c’était elle qui fanatisait les jeunes SS. Elle écrit à leur sujet : « prêts non seulement à risquer leur vie, mais à mourir, [ils] sont animés par une autre inspiration que le reste de l’armée [allemande], une inspiration qui ressemble à une foi, à un esprit religieux. » Pour répondre autrement que par les armes à cette mystique qui poussait au sacrifice total, Simone Weil suggérait de proposer une autre mystique dans ce qu’elle qualifiait de « guerre spirituelle ». Son idée était celle d’un corps d’infirmières « de première ligne » qui non seulement soigneraient les blessés, mais opposeraient au fanatisme des SS un service d’humanité et un esprit de sacrifice animé, non par le culte de la force, mais par ce qu’elle appelait une « tendresse maternelle ». Le projet de Simone Weil fut rejeté d’emblée, et de Gaulle la traita de « folle ». Elle devait d’ailleurs mourir quelques mois plus tard. Mais ce qui m’a touché en découvrant cette initiative effectivement peu réaliste, c’est qu’elle met en lumière une des plus tragiques déficiences de notre époque. La jeunesse, qu’elle en soit ou non consciente, est toujours à la recherche d’une mystique. Et le moins qu’on puisse dire est que notre société ne lui propose rien de tel… Comment s’étonner que certains soient fascinés par les discours terroristes, ou se muent dans nos « quartiers sensibles » en chefs de bande et en assassins potentiels ? Il y a certes des fausses mystiques, des mystiques de mort, mais il n’y a pas d’humanité sans mystique : ne pas proposer de mystique, c’est à coup sûr entraîner vers la mort.
  • RCF
    19 février 2021

    "Il n'y a rien au-dessus de la loi"

    3 min
    Ce mardi 16 février, les députés ont voté solennellement une loi vouée à sauvegarder les « principes républicains » et que beaucoup, non sans raison, disent clivante et liberticide. De peur de paraître stigmatiser les musulmans, elle vise trop large et place les religions sous un régime de suspicion systématique plus proche de l’esprit du « petit père Combes » que de la largeur de vues d’un Aristide Briand par exemple. Mais le plus grave, à mes yeux, n’est pas là. Il est dans la conception de la loi civile illustrée jadis par la phrase malheureuse de Jacques Chirac « il n’y a rien au-dessus de la loi » et reprise tout récemment par Gérald Darmanin dans une affirmation plus grave encore : « nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu. » Comme le fait remarquer l’historien et sociologue Jean Baubérot, de tels propos donnent l’impression fâcheuse qu’on cherche à promouvoir une sorte de religion républicaine qui divinise la République elle-même. Or les lois humaines et la loi de Dieu ne peuvent pas être mises sur le même plan. La loi de Dieu oblige la conscience, ce qui n’est pas le cas des lois humaines : si un État se mettait en tête de demander que ses lois soient observées en conscience, il deviendrait par le fait même totalitaire. Les lois humaines sont toujours faillibles, et c’est pourquoi la conscience, religieuse ou non d’ailleurs, sera toujours au-dessus de la loi. Pour ne citer qu’un exemple, n’est-ce pas la conscience qui, en 1935, prescrivait de s’opposer aux lois de Nuremberg qui consacraient en Allemagne l’antisémitisme d’État ? ou la conscience qui restera notre dernier rempart contre l’instrumentalisation du corps humain que nous préparent certaines lois dites bioéthiques ? Mettant en garde les laïcistes radicaux de son époque, Clemenceau leur disait : « Vous rêvez de l’État idéal, et au nom de ce rêve, vous bâtissez l’omnipotence de l’État laïque qui est une tyrannie. Je ne suis pas de ce pontificat ! Nous sommes tous faillibles. » Tout est dit là par ce grand anticlérical, qui s’opposait ainsi à ceux qui voulaient remplacer le pontificat religieux par un pontificat laïque, une sorte de religion civile. C’était il y a un siècle et la leçon est toujours d’actualité. Mais il n’y a pas pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. ?
  • RCF
    12 février 2021

    Le Carême est bientôt de retour

    3 min
    Le Carême est bientôt de retour : le mercredi des Cendres, c’est la semaine prochaine ! Le message du Pape François pour ce Carême s’intitule : Voici que nous montons à Jérusalem : cette parole du Seigneur est une des clefs du Carême. En effet, la dernière montée de Jésus à Jérusalem est tout autre que fortuite : elle scelle sa décision de donner sa vie pour nous dans la Ville sainte. Elle nous rappelle par conséquent que le Carême n’est pas d’abord un temps d’ascèse, mais que c’est d’abord un temps de décision : décision de suivre le Christ pauvre, chaste et obéissant qui va accomplir jusqu’au bout la volonté du Père. Le moins qu’on puisse dire est que cela ne nous est pas naturel : il vaut la peine de relire, dans l’évangile de Marc que nous entendons cette année, l’intégralité du passage d’où est tirée la phrase nous montons à Jérusalem : Or, ils étaient en chemin, montant vers Jérusalem, et Jésus marchait devant eux, et ils étaient saisis de stupeur, et ceux qui le suivaient avaient peur. Et, prenant de nouveau les Douze auprès de lui, il se mit à leur dire ce qui devait lui arriver : « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort, et ils le livreront aux païens ; et on le bafouera, et on crachera sur lui, et on le flagellera, et on le fera mourir, et, trois jours après, il ressuscitera. (Marc 10, 32-34) Il est facile de se représenter la scène : Jésus marche devant, et tout le monde est à la traîne. Personne ne comprend pourquoi il est si déterminé : ils sont « saisis de stupeur », ils ont carrément « peur ». Et voilà que Jésus prend à part les Douze, et au lieu de les rassurer, il leur annonce qu’à Jérusalem il se produira des catastrophes : tout sera sous le signe de l’échec, ils perdront leur leader. Et le mot « ressusciter », à la fin, n’y change rien : qui donc peut savoir ce que veut dire « ressusciter » ? Nous entrons dans le deuxième Carême du temps du Covid. L’humanité entière se sent menacée par toutes sortes de dangers, elle a peur pour l’avenir. Imaginons maintenant un chef, quel qu’il soit, qui nous dise : « je vous emmène affronter la mort, et moi le premier je vais y laisser ma peau ». Nous réagirions sûrement très négativement ! Eh bien, c’est exactement ce que fait Jésus… Mais nos chefs politiques ne nous disent pas cela : ils nous disent que tout va s’arranger, que la situation est sous contrôle, et que leurs choix sont bien sûr les bons. Nous voilà rassurés. Mais cette sureté de soi est-elle si rassurante, en définitive ? Et si c’était Jésus qui avait raison ? Nous avons tout le Carême pour nous poser la question.
  • RCF
    5 février 2021

    Malades et santé

    3 min
    Le 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, est connu pour être la journée mondiale du malade. Mais le dimanche qui précède, cette année le 7 février, est la journée de la santé ! Le rapprochement de ces deux journées – journée du malade et journée de la santé – pourrait sembler plaisant et prêter à sourire, mais il est très sérieux. Au centre du dimanche de la santé, il y a en effet le « monde de la santé », c’est-à-dire les structures et surtout les personnes qui prennent soin des malades. Même si en ce moment vous êtes bien portant, non loin de chez vous existent des lieux et des personnes qui vous accueilleront peut-être un jour pour vous soigner, et qui d’ores et déjà accueillent d’autres frères et sœurs qui ont été comme vous en bonne santé et qui sont maintenant malades. Nous savons tous à quel point ces personnes, médecins et soignants en particulier, ont été sollicitées depuis un an, parfois bien au-delà de leurs forces, parfois même au point d’y laisser à leur tour leur santé. « La pandémie, écrit le Pape François dans son message pour la journée du malade, a mis en relief le dévouement et la générosité d’agents sanitaires, de volontaires, de travailleurs et de travailleuses, de prêtres, de religieux et de religieuses qui, avec professionnalisme, abnégation, sens de la responsabilité et amour du prochain, ont aidé, soigné, réconforté et servi beaucoup de malades et leurs familles. Une foule silencieuse d’hommes et de femmes qui ont choisi de regarder ces visages, en prenant en charge les blessures des patients qu’ils sentaient proches en vertu de leur appartenance commune à la famille humaine. » Ces paroles du Pape nous rappellent une réalité profonde : la maladie nous met à part ; mais comme d’autres situations de précarité et de détresse, elle peut aussi paradoxalement nous rapprocher, et en ce sens nous faire grandir en humanité, que nous soyons du côté des malades ou de ceux qui les soignent et les visitent. En effet, là où le mal abonde, l’amour peut surabonder : « l’amour fraternel dans le Christ, écrit encore le Pape, engendre une communauté capable de guérison. » Et le ciment de cette communauté, c’est le Christ-Médecin, Lui qui n’est pas venu pour les bien-portants mais pour les malades et qui n’appelle pas les justes mais les pécheurs (cf. Matthieu 8, 12-13).
  • RCF
    29 janvier 2021

    Auprès de Saint Jean-Marie Vianney

    3 min
    L’avant-dernière semaine de janvier est la date habituelle de la retraite pastorale proposée aux prêtres et diacres du diocèse de Blois. Petite retraite cette année, car la situation sanitaire a dissuadé un certain nombre d’aînés de partir avec nous. Nous nous sommes donc retrouvés une quinzaine pour partir à la rencontre de saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars. Saint Jean-Marie Vianney est né en 1886 aux portes de Lyon, à Dardilly, dans une famille de cultivateurs relativement aisés. La Révolution et les persécutions contre les prêtres lui valent une formation chrétienne un peu différée et une scolarisation à 17 ans seulement. Ses difficultés dans les études sont restées légendaires, mais il était fort intelligent, ainsi que cela se révèlera plus tard. Notons que son formateur en vue du séminaire fut l’abbé Charles Balley, qui était avant la Révolution curé de Choue dans notre diocèse et qui en avait été chassé par l’évêque constitutionnel, l’abbé Grégoire. Ordonné prêtre à 29 ans en 1815, Jean-Marie Vianney est nommé en 1818 desservant d’Ars, un village qui se trouve dans l’Ain, à une trentaine de kilomètres de Lyon. Il y restera 41 ans jusqu’à sa mort en 1859, et sa réputation de sainteté y attirera des foules de plus en plus nombreuses. Il a été proclamé patron de tous les curés de paroisse. Notre retraite-pèlerinage ne se limitera pas à Ars, car la région lyonnaise au 19e siècle a vu fleurir partout la sainteté. Nous ferons donc une visite à Lyon au Prado, une ancienne salle de bal transformée en chapelle par le bienheureux Antoine Chevrier, prêtre lyonnais de quarante ans plus jeune que saint Jean-Marie Vianney et converti par la détresse des plus démunis. Dans cette retraite et ce périple que nous avons la grâce de faire à la suite des saints, nous portons tout le diocèse de Blois dans notre prière. Merci de prier de votre côté pour que le fait de mieux connaître de saints prêtres fasse de nous tous de saints pasteurs qui sauront vous aider à vous rapprocher de Dieu.

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